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Allemagne

De nombreux systèmes d'irrigation, comme on l'a vu, sont appliqués aux prairies de l'Allemagne; chacun trouve d'ardents partisans, comme aussi des critiques passionnés, sans que la question d'excellence ait pu être tranchée ; ce qui s'explique par le fait que les avantages et les inconvénients de chaque méthode résultent avant tout des conditions particulières de l'application (i).

Tandis que les provinces rhénanes demeurent tidè* les à l'ancien système de Siegen, qui exige des nivellements coûteux et des remaniements de terrains, la province de Prusse donne la préférence au système Saint-Paul (de Sacknitz, près de Zuites), qui procède par infiltration, au moyen de fossés et de rigoles dans

(I) E. Marie, Revue étrangère; Journ, agric, prat. 1867, t. I, p. 623.

lesquels l'eau séjourne et pénètre le sol. Tous les quatre ans, d'après ce système, on répand à la surface des prairies-, des composts terreux , et on les rajeunit par des hersages dont Pohl et Sprengel ont fait connaître les effets avantageux.

En Poméranie, prévaut le système Vincent, qui se règle par le volume d'eau disponible. Les pentes et les accidents du terrain sont utilisés, de telle sorte que la dépense des installations soit toujours en rapport avec le profit à attendre de l'irrigation. Les ados par étages, essayés à Regenwald, rentrent dans ce système. .

Enfin, dans la Silésie et le Holstein, le système Petersen compte de nombreux adhérents; le drainage, à défaut de grands volumes d'eau disponibles, sert de régulateur à l'arrosage (i).

Dans le cercle de Siegen, situé à 36o mètres environ d'altitude, les méthodes de planches en ados permettent d'obtenir en trois coupes, 120 quintaux de fourrage par hectare, alors que les meilleurs prés naturels en fournissent de 70 à 80. Dans les vallées, notamment de la Sicg et de la Dill, favorisées par une faible pente transversale du terrain, celle dans le sens du thalweg étant prononcée, trois facteurs essentiels : le sol, l'eau et le climat, ont concouru au développement des irrigations, malgré le coût de leur installation. Le sol, formé par le délitement des roches, est fin et perméable; l'eau riche en matières minérales en suspension, exhausse le sol des prairies de o™,025 par an, ce qui exige leur remaniement au bout de 20 à 25 années; malgré cet amendement naturel, il est de règle de fumer aussi abondamment que possible les prairies irriguées. Le climat est particulièrement approprié aux arrosages. Enfin, comme les

(1} Voir tome I, pp. 82 et 117; tome II, p. 585, et tome \U, p. 3o2.

exploitations ont peu d'étendue (60 ares en moyenne), et que la population jouit d'une grande aisance, la main-d'œuvre abondante a permis d'établir avec avantage un système que l'Italie a pu développer en pays plat, sur de grandes propriétés, mais avec Taide de grands canaux, et d'une main-d'œuvre plus chère. Il ne faut pas oublier, en effet, que dans le pays de Sic- gen, pour des rendements qui atteignent en moyenne 100 quintaux par hectare et par an, les frais d'installation d'une prairie arrosée s'élèvent à i5oo fr. par hectare,

La partie de la Prusse rhénane qui s'étend depuis la route d'Aix-la-Chapelle à Cologne, entre le Rhin et la frontière hollandaise, jusqu'au Nord, n'a de prairies que sur les bords du Rhin, de la Roër et de l'Erft, qui coulent entre des bords bas et plats, rendue par cela même marécageux. Les surfaces gazonnées sont alternativement prairies et herbages; c'est-à-dire, que pendant trois années au moins, elles servent de pâturage aux bestiaux d'élève, et l'année d'après, on les fauche.

De l'autre côté des digues, ou mieux entre les digues et le Rhin, les herbages ont une valeur bien supérieure aux autres, quoique exposés comme les segonauXy le long du Rhône, aux crues et aux débordements; mais le gros limon dont ils sont périodiquement couverts, augmente d'année en année leur fertilité. On ne fauche ces herbages que tous les 7 ou 8 ans, et Lobbes évalue leur produit moyen, en foin et en regain, entre 80 et 90 quintaux métriques par hectare.

Comme le lit du Rhin tend constamment à s'élever, tandis que les terrains en contre-bas des digues ne haussent pas, il y a toujours à craindre leur rupture par les crues exceptionnelles. Le système des chaussées perpendiculaires eût offert l'avantage de maintenir le

courant libre, en provoquant un exhaussemeot égal et simultané des rives; il n'a pas été adopté (i).

Dans le Wurtemberg, les irrigations sont générales, les prairies occupant du quart au cinquième des terres cultivées ; aussi le nombre des animaux suit-il une progression constante, pendant que leur qualité s'améliore.

Les contrées montagneuses de la Bavière, très propices à la production du bétail, offrent aussi des pâturages et des prairies d'une grande importance, dont bon nombre doivent leur fertilité à l'irrigation. Adam Mûller a consacré une notice spéciale aux irrigations de Martinshôhe (2) visitées par le comice agricole de Hombourg I Bavière rhénane). Le sol du canton montagneux de Sickingen, où Martinshôhe est situé, est entrecoupé de ravins et formé d'argile légèrement calcaire qui devient sablonneuse au fur et à mesure que Ton descend dans les vallées. Partout où cela était possible, les pentes escarpées ont été converties, à force de travail, en prairies qu'arrosent les petites sources du terrain, ou des rigoles à eaux pluviales. Ces prairies, que l'on fume souvent avec des cendres et des composts, fournissent un foin de qualité bien supérieure à celle du foin des vallées. L'arrosage se fait par plans inclinés, et la distribution de l'eau de chaque source est réglée par acte authentique; chaque cultivateur sait d'avance le jour et l'heure où il peut disposer de l'eau.

Les prairies de Poméranie sont généralement établies dans des terrains de sable granitique, ou des tourbières, et les eaux qu'on y amène ont traversé des

(i) L. Moll, Excursion dans la province rhénane; Journ. agric. prat. 1841-42, t. V, p. 109.

(2) A. MùWer^ Description et un village delà Bavière rhénane; Journ. agric. prat. 1859. t. XXXI, p. 232.

sols marneux, parfois des lieux habités. Ces terrains ont une très faible valeur locative, car il en est qui, avant l'irrigation, ne rapportaient guère plus de i5 francs par hectare. La main-d'œuvre étant à bas prix^ on les a installés en prairie, à raison de 45o francs environ par hectare, tous travaux compris ; ce qui représente rintérêt de 22 fr. 5o par an. L'entretien des rigoles et la surveillance des arrosages sont évalués à 3o francs, les frais de fenaison, à 28 francs, de façon que les dépenses annuelles atteignent io5 fr. 5o. Or le produit moyen est de 8000 kil. de foin, dont 5ooo kil. en première coupe, et 3ooo kil. en regain.

Pour obtenir au meilleur compte Fengraîs correspondant à cette production, les cultivateurs Poméraniens nourrissent des moutons à laine, qui consomment I kilogramme, valeur en foin, par jour. A ce taux, un hectare de prairie nourrit par an près de 22 têtes dont le produit en laine laisse plus de 40 francs net à l'hectare, et 10.000 kil. de fumier pour rien. Tel est le calcul présenté autrefois par Vincent, pour engager les capitaux dans l'établissement de prairies irriguées d'après sa méthode (i).

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