Italie
Marcites ou prairies d'hiver. — L'étendue des marcites n'est limitée que par le volume des eaux hivernales qu'exige leur irrigation. Dans le Milanais, elles occupent de 9.000 a 10.000 hectares, dont une moitié près de la ville môme, et l'autre, dans le Pavesan et la Lomelline. Il y a aussi des marcites dans les pro-
(i) Zeilschri/t fur Deutsche Landw,; /8M>,
vînces de Lodi et de Crémone, à Verolanuova (district de Brescia), qui donnent de 5 à 7 coupes annuellement. En Piémont, le Novarais et le Verceillais comptent un grand nombre de marcites (4 à 5ooo hectares)» arrosées par les eaux de sources {fontanili)^ fumées deux ou trois fois dans Tannée, et qui se fauchent cinq ou six fois.
Milanais. — Les marcites, comme production de fourrage, constituent la richesse principale de Tagrîculture Lombarde, mais particulièrement de la culture milanaise. Leur rendement, grâce aux coupes dont le nombre peut aller jusqu'à neuf, est merveilleux. Jacini révalue en moyenne à i5o quintaux de foin. Au sud de Milan, les marcites arrosées par les eaux de la Vettabbia et du Bolanos qui reçoivent les liquides et les déjections de la ville, rendent sans engrais jusqu'à 25o quintaux de foin par hectare (i). Aussi n'y a-t-il pas lieu d'être surpris que des fermes de 20 hectares, cultivées presque exclusivement en marcites, puissent entretenir 60 vaches laitières, ou bien, que des exploitations de 70 hectares, dont les deux tiers en marcites, entretiennent 1 1 o vaches.
Zanelli confirme le rendement des marcites milanaises, équivalant à 200 quintaux de foin, c'est-à-dire à i5oo francs de produit par hectare. Le prix du loyer de ces marcites varie entre 1000 et i5oo fr. (2). L'herbe est consommée en plus grande partie à l'état vert, par les vaches dont la production est forcée pendant toute l'année, grâce à l'excellence du fourrage.
Au temps où Berra cultivait ses marcites et écrivait
(1) Inchiesta agraria^ etc.; vol. VI, f. I.
(2) ZancUï, Del pascolo, delprato e délia marcita; Enciclopedia agraria, t. II, p. i55.
son remarquable traité (i), la production annuelle se répartissait en cinq coupes par hectare, à savoir :
Qaintanx.
i*^* coupe en février i3o
2* — de mars à avril 194
3* — d'avril à mai *.. 202
4'' — de mai à juillet Ii3
5« — de juillet à septembre 277
Total 916
(équivalant en foin sec, à 23o quintaux.
« Quand on coupe pour faire du foin, ajoutait-il, il faut donner à Thcrbe le temps de mûrir, et se borner à quatre coupes par an. Mais comme le but des marcites est d'obtenir le plus de lait possible, en nourrissant les vaches plus longtemps d'herbe fraîche, on doit faucher avant que Therbe ait atteint sa maturité; ce qui donne 5 et 6 coupes par an, au lieu de 4. Le calcul qui consiste à convertir en 23o quintaux de foin sec, les 916 quintaux d'herbe fraîche, pour le môme objet, ne serait pas exact. »
Ce même agronome a établi le compte d'exploitation de 8 hectares et demi de marcites, utilisées depuis 7 années pour l'entretien de 55 vaches d'âges différents, et de 2 taureaux; en tout, de 5y animaux. La nourriture en herbe fraîche était fournie à l'étable pendant toute Tannée, à l'exception de quelques jours de pâturage sur le regain. Aussi bien le fourrage vert que le foin, avaient été pesés. D'après les relevés de ses livres, Berra constate que pendant le mois de février, une vache laitière consomme par jour, en moyenne, 23 kil. d'herbe en mélange avec du foin, et 60 kil. d'herbe seule, pendant les six mois
(i) Bcrra, Dei prati del tassa Milanese detti a marcita; Miiano, 1823.
et demi qui suivent, jusqu'au i5 septembre. Il en résulte que 8 hectares et demi de marcites suffisent à la nourriture de 49 vaches et d'un taureau, pendant les sept mois d'été, et comme 6 hectares et demi suppléent amplement à leur nourriture d'hiver, d'octobre à février, on trouve que 1 5 hectares de marcites permettent d'entretenir une vacherie de 5o têtes. Aucune autre culture ne fournirait un exemple pareil de produit à l'hectare.
Comme le revenu net des marcites dépend de celui de la vacherie, c'est-à-dire, du rendement en lait et en fromages, Berra établit le bilan de culture de ses 8 hectares et demi, en évaluant la quantité de fourrage que consomme chaque béte, au prix du marché d'alors. Ce bilan qui figure dans le tableau XXXII, indique, comme produit net par hectare, 582 francs environ, et en ajoutant la valeur de 200 tombereaux de fumier qu'ont produit les bêtes pendant 7 mois, après déduction du prix d'achat de la paille et d'autres frais, un bénéfice net de 725 francs. Le produit des saules et des oseraies plantés le long des canaux augmente encore ce revenu.
Quand les marciies reçoivent des eaux fertilisantes, comme celles de la Vettabbia, et qu'elles peuvent se passer d'engrais, leur revenu dépasse i .000 francs.
Pavesan, — Dans le Pavesan, les marcites fournissent annuellement, en 5 ou 6 coupes, une moyenne de 95 quintaux à l'hectare. Le revenu principal provient des coupes en vert de novembre et de mars ; Therbe fraîche exerce alors une action décisive sur la quantité et la qualité du lait; aussi, dans ces deux mois, une seule coupe de marcite vaut-elle jusqu'à 3oo francs par hectare, et en moyenne 23o francs (i). Certaines marcites donnent iio et ii5 quintaux en 7 coupes.
(1) Saglio, Inchiesta agrariajoc. cit., p. 118.
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