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IL LA PRAIRIE NATURELLE OU PERMANENTE

La prairie est de toutes les cultures celle qui, sous les climats moyens, utilise le mieux les eaux abondantes pendant le cours de l'année ; c'est aussi dans la prairie que les grandes irrigations sont surtout employées. Sans eaux disponibles pour l'irrigation , la culture de la prairie, d'après Boussingault, manquerait le but principal, celui d'assurer du fourrage au domaine. Le sol ne doit être ni trop meuble , ni trop perméable ; quand la silice prédomine , le sol n*est pas favorable. Comme d'autre part, elle doit être accessible à l'action de l'air et de la chaleur, une terre trop argileuse n'est pas non plus recommandable. Il s'ensuit que si, au point de vue de la composition chimique, certains éléments font défaut au sol d'une prairie, et que les eaux ne doivent pas les lui apporter, le rendement ne pourra guère s'élever à l'aide de l'irrigation pure et simple.

A moins que la couche végétale ne puisse retenir les eaux, un sous-sol trop perméable offre de grands inconvénients; de même un sous-sol imperméable amène forcément la stagnation des eaux, s'il n'a pas été préalablement drainé.

Les sols calcaires étant trop secs, et les argiles marneuses étant préférables pour l'irrigation, les meilleurs sols de prairie sont ceux dans lesquels l'argile est mélangée avec le sable. L'humus, en raison de ses propriétés physiques et chimiques, c'est-à-dire de son peu

de cohésion, de sa disposition à condenser Teau atmosphérique et de son état hygroscopique, ainsi que de sa faible teneur en matières minérales, tandis qu'il est riche en acides organiques, ne convient pas au régime des irrigations. Il est possible toutefois de remédier en partie au désavantage de Texcès d'humus dans les sols de prairie.

L'irrigation tend, en effet, à mettre en liberté et à répartir plus également les principes nutritifs contenus dans le sol, à régulariser les conditions de température pour la végétation des herbes, et à détruire celles de mauvaises espèces, mousses et joncinées, qui croissent à la faveur des acides du terrain. Il s'ensuit que les prés irrigués montrent en automne, et dès le printemps, une couleur verte luxuriante et une active croissance ; tandis que la végétation des prés secs est éteinte, ou n'a pas commencé. Un pré irrigué donne en conséquence un fourrage plus abondant, plus sain et plus nourrissant qu'un pré sec.

Qu'un sol léger puisse recevoir des arrosages de plus longue durée et plus fréquents qu'un sol argileux; ou bien, s'il est en faible pente, qu'il doive être moins souvent et moins longtemps arrosé que celui en pente rapide, il n'en est pas moins avéré qu'une foule de terrains ne se prêtent qu'à faire des prairies ; telles sont les pentes des montagnes. Au reste, dans une grande partie de l'Europe, dès qu'il est possible d'établir un bon système d'irrigation, la culture de la prairie est préférée, à cause de la sécurité de ses produits et du peu de maind'œuvre qu'elle réclame.

Les irrigations méthodiques, basées sur l'apport des matières en suspension et en dissolution que renferment les eaux, suffisent rarement pour maintenir constant le rendement des prairies. Dans beaucoup d'exploitations,

le fumier est affecté aux terres arables, tandis que la prairie n'a que Tirrigation pour entretenir sa fertilité. Vincent a cru devoir caractériser sa méthode rationnelle d'irrigation en ce que « la matière qui a servi à la tt production de Therbe et qui a été enlevée à Tétat de •( foin , doit pouvoir être remplacée par les matières en « suspension et dissoutes dans Peau (i) »; c'est là toutefois un résultat exceptionnel que la théorie des restitutions peut justifier, sans que la pratique le sanctionne, à moins de masses d'eaux de nature particulièrement fertilisante.

La qualité a pour effet, si Teau provient des colaturcs ou des égouts d'une ville, qu'elle permet d'arroser des prairies d'hiver, à cause des matières minérales et végétales enlevées aux terres fumées, ou des résidus des lieux habités. Mais, de toutes manières, la fumure devient indispensable pour suppléer au manque d'eau et compléter son utilisation; c'est ce qui ressort à l'évidence de l'examen du tableau I qui donne, d'après le professeur J. Ktihn de Dresde, la composition moyenne de l'herbe des prairies, du foin et du regain.

Tableau I. — Composition moyenne de l'herbe et du foin de prairie.

MAtiîre

Herbe de prairie.

I''oin

Regain

(I) Vincent, Der rationelle WiescnbJUy dcssen l'Iieorii und Praxis; Leipzig. 1870.

Les Italiens couvrent leurs prés de fumier court, en hiver, puis ils les inondent; on peut penser qu'avec un tel traitement la production de Therbe ne saurait manquer d'être très abondante.

La fumure, d'ailleurs, n'est pas sans exercer une action sur la fréquence de Tarrosage. D'après Zappa, dans un sol léger, peu profond, les prairies lombardes sont arrosées tous les trois ou quatre jours; un sol tassé par le pâturage du bétail, est arrosé tous les sept ou huit jours, et un sol argileux, au plus tous les quinze jours : il s'agit de prairies fumées et irriguées par les eaux ordinaires.

Dans les prés tourbeux dont le sol doit être modifié. à cause de l'excès de substances organiques, il est essentiel de donner plus d*eau qu'aux prés ordinaires. Lorsque le drainage est facile et complet, l'arrosage s'y pratique généralement dès l'automne, pendant un mois, et après un intervalle d'assèchement de vingt jours, pendant une seconde période de quinze jours de durée. On procède ainsi jusqu'en mars, tant que l'hiver n'est pas rude; puis les arrosements se succèdent de deux à trois jours, après des périodes doubles d'assèchement (i).

D'autres considérations que celles déjà notées de la nature du sol, de la fumure, de la qualité et de la température des eaux et des saisons, guident la pratique des arrosages des prairies, à savoir : l'orieniation, et les conditions atmosphériques.

Outre que les prairies en pays découvert doivent être plus abondamment arrosées que celles en pays ombragés et abrités où Tévaporation est moindre, il convient de ménager les eaux sur les prairies exposées au levant, par

(i) Pu vis. Direction pratique pour les irrigations; Journ. agric. prat.. 1848, t. XI.

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rapport à celles situées au nord, la végétation y étant plus active et les gelées blanches plus fréquentes. L'exposition du couchant, plus chaude que celle du levant, réclame aussi un peu plus d'eau.

Les meilleures irrigations ont lieu par des temps couverts et pluvieux. Les pluies chaudes coïncidant avec le vent du sud, activent la végétation de Therbe. L'eau d'arrosage tempère Taction des pluies froides; toutefois dans les années pluvieuses, Tarrosage ne peut être aussi abondant que si Ton dispose de bonnes eaux fertilisantes.

Les vents du nord, dans certains climats, ont une fâcheuse influence sur la végétation, aussi importe-t-il, quand soufflent les bises de mars et d'avril, d'arrêter Tarrosage, pour le reprendre plus tard avec abondance, et au besoin le prolonger. En prévision des gelées blanches, dans les mômes mois, on devra suspendre l'arrosage, à moins de pouvoir irriguer à grande eau.

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