EMMAGASINEMENT DES EAUX DE LA GRUE DU NIL
d'étendue ; le pays se prêle mieux qu'ailleurs à leur élablissement, à cause de ses pentes, et c'est probablement là un reste de tradition qui s'est perpétué depuis la disparition du lac Mœris.
Dans les temps modernes, le vice-roi Méhémet Ali avait chargé Linant bey d'examiner si on pourrait créer dans la Haute Egypte des réservoirs * ; c'est à cette occasion que cet ingénieur fit des recherches sur l'ancien lac Mœris. Il fit en môme temps ressortir que, si l'on voulait créer des réserves d'eau de la crue, sur des terrains endigués, pour arroser les cultures d'été des terrains voisins pendant quatre mois et demi d'éliage, il faudrait, en tenant compte de l'évaporation et des infiltrations, une hauteur d'eau de 4,60 m. sur une surface égale au cinquième de la surface à irriguer. C'était impraticable dans ces conditions, du moment qu'il s'agissait d'établir de pareils bassins sur des terres cultivées, alors fertilisées chaque année par l'eau de crue.
Le seul réservoir qu'ait établi Méhemet Âli est un bassin de 4 000 hectares de superficie, formé par des digues en terre sur un terrain marécageux côtoyé par le canal Mahmoudieh ; se remplissant pendant la crue, ce bassin restituait son eau au canal pendant l'étiage.
En 1867, sir Samuel Baker avait signalé l'intérêt pour l'Egypte d emmagasiner les eaux du Nil et de construire un réservoir à Assouan ; mais c'est surtout vers 1880 que Taltention du gouvernement égyptien fut de nouveau appelée sur la question de l'emmagasinement des eaux du Nil.
Après plusieurs années de recherches et d'exploration sur le Nil, un français, nommé de la Motte, fonda à Paris, à cette époque, sous les auspices de plusieurs notabilités égyptiennes, parmi lesquelles Nubar pacha, la Société d'études du Nil. Le but que poursuivait M. de la Motte, avec l'aide de cette société, était vaste : rétablir, tout le long du Nil, le régime qui parait avoir existé avant que les seuils des diverses cataractes n'aient été usés et abaissés par la violence des courants, et créer ainsi une série de retenues destinées à régulariser le régime du fleuve et à rendre le gouvernement égyptien « enfin le maître des eaux du Nil ». Inspiré d'abord par des considérations d ordre général historiques, ethnologiques et économiques, ce plan d'ensemble commença à se préciser lorsque la société d'études du Nil se mit à envisager les moyens de le réaliser. Entamant le programme d'aménagement du Nil par l'aval, elle résolut d'étudier le projet d'un barrage à Gebel Silsileh, point situé à 70 kilomètres au nord d'Assouan; c'est l'endroit où la vallée franchit les dernières couches de grès pour entrer dans le calcaire. Là, le fleuve est resserré entre deux promon-
* Mémoires sur les principaux travaux publics en Egypte par Linant de Bellefonds bey, p. 418.
toires rocheux, son lit a 350 mètres de largeur. Un ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, L. Jacquet, fut envoyé par la société, dans Thiver 1881- 1882, pour visiter les lieux ; il présenta le 15 juillet 1882 un rapport avec indication sommaire des ouvrages qu'il proposait. C'étaient : un barrage plein , insubmersible, pouvant supporter 20 mètres de retenue, établi en travers du Nil ; le creusement dans le rocher d'un nouveau lit de 300 mètres de largeur fermé par un barrage mobile ; un déversoir latéral de 700 mètres de longueur sur la rive droite ; une dérivation éclusée pour la navigation et un canal d'irrigation sur la rive gauche. Gebel Silsileh avait été choisi par la société, en raison des conditions favorables d'exécution résultant de ce que le lit et les rives du Nil étaient constitués par un massif rocheux, mais aussi, et surtout, parce que, en amont de ce défilé, s*étend une vaste plaine, désignée sous le nom de plaine de Kom Ombo, sur laquelle on espérait former un réservoir de 140 000 hectares de superficie, pouvant contenir 7 à 8 milliards de mètres cubes d'eau. M. Jacquet terminait son rapport en conseillant d'entreprendre les études définitives nécessaires pour recon* naître si le projet était réellement pratique. Mais l'affaire resta là pour le moment.
En 1886, un américain, M. Cope Witehouse^ signala, à 30 kilomètres du bord de la vallée du Nil, une vaste dépression nommée Ouady Rayan , située dans le désert, au sud-ouest du Fayoum, comme pouvant servir de réservoir d'emmagasinement. Le fond de cette dépression est à 42 mètres audessous du niveau de la mer, et , à l'attitude de 23 ou 24 mètres, cote minima nécessaire pour que Teau mise en réserve sur cet emplacement puisse être déversée dans la vallée, elle a une superficie de 67 000 hectares. Les eaux de ce réservoir auraient pu être utilisées pendant Tétiage pour le Fayoum, la Basse Egypte et la province de Ghizeh.
Le Ministère des Travaux Publics, séduit par cette idée, en fit une première étude et conclut à la possibilité et à l'utilité de l'exécution, tout en déclarant que la situation financière et la nécessité de dépenser alors des sommes considérables pour le drainage de la Basse Egypte, ne permettaient pas d'envisager encore Textension des cultures d'été par l'emmagasinement des eaux de crue.
La question restait ainsi slationnaire, lorsque M. Prompt, inspecteur général des Ponts et Chaussées, alors administrateur français des chemins fer égyptiens de l'Etat, imprima aux idées une nouvelle direction qui allait hâter la solution du problème.
En proposant TOuady Rayan comme réservoir, M. Cope Witehouse s'était manifestement inspiré du souvenir de l'ancien lac Mœris dont remplacement était tout voisin. En choisissant Gebcl Silsileh, la société des études du Nil avait devant les yeux la vision de la vaste plaine de Kom