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Vis d'Archimêde

deux hommes. Ces vis ont environ 1,80 m. de longueur sur 0,30 m. de diamètre. Avec deux hommes, elles font autant de travail que le nataleh avec quatre.

CHADOUP (fig. 49).

Lorsque la hauteur d'élévation dépasse un mètre, Teffort que les hommes sont obligés de développer pour ""soulever le panier du nataleh devient trop fatigant. On fixe alors le panier à un levier, qui permet d'augmenter Famplitude de son mouvement, et Ton obtient ainsi un nouvel appareil, qu'on appelle chadouf, et qui suffit pour élever Teau jusqu'à 3 mètres de hauteur.

Le chadouf se compose essentiellement de deux supports verticaux, de 1,20 m. de hauteur environ, écartés l'un de l'autre de 1 mètre, supportiint à leur partie supérieure une traverse en boisa laquelle est suspendu un grand levier de 3 mètres environ de longueur; des cordes en fibres de palmier et un

petit axe en bois forment l'assemblage de suspension du levier sur sa traverse; les deux supports verticaux sont généralement formés soit de branches d'arbres fourchues, soit de faisceaux de roseaux fichés verticalement dans le sol et consolidés au moyen d'un empalement de limon desséché.

% 1 ^DVm.

Fig. 49. — Chadouf.

A Tune des extrémités du levier pend un panier^ analogue à celui du nataleh, attaché par Tintermédiaire d'une tige mobile de 2,50 m. environ de longueur et de cordes en fibres de palmier. A Tautre extrémité du levier est un contrepoids en terre séchée, assez pesant pour qu'il entraîne le panier rempli d'eau.

L'appareil est mis en place de façon à ce que le levier soit parallèle à la rigole à alimenter et perpendiculaire au canal d'amenée ; une petite tranchée conduit l'eau de ce canal jusqu'au pied du chadouf, et l'homme chargé de manœuvrer l'appareil s'installe sur une étroite plate-forme établie à 1 mètre environ au-dessous de la rigole et formée soit d'un petit rebord en

* Ce seau ea cuir est assez souvent aujourd'hui remplacé par un vieux bidon à pétrole en ferblanc.

terre, soit de quelques branchages. Dans cette position, il pèse de son poids sur la tige de suspension du panier jusqu'à ce que celui-ci atteigne l'eau et soit rempli; le contrepoids agit alors pour faire remonter le panier jusqu'au niveau de la rigole dans laquelle l'homme le vide par un mouvement de bascule.

Parfois, dans certains endroits éloignés du Nil et des canaux, on utilise le chadouf pour puiser de l'eau d'irrigation dans des puits creusés jusqu'à 4 et 5 mètres au-dessous du sol, mais ces hauteurs sont tout à fait exceptionnelles.

En général, lorsqu'on veut monter de Teau à plus de 2,50 m. de hauteur, on superpose deux chadoufs, chacun des appareils puisant Teau dans le bassin où le chadouf inférieur l'a déjà élevée ; pour plus de 4,50 m. on superpose trois chadoufs. Souvent, sur les bords du Nil, dans la Haute Egypte, le voyageur rencontre des ateliers de chadoufs fonctionnant ainsi sur des rangées de trois ou quatre de front et sur trois et môme quatre étages différents; il est saisi de l'aspect pittoresque de tous ces leviers montant et descendant lentement en cadence, sous l'impulsion régulière que leur impriment des nègres ou des fellahs bronzés du soleil, presque nus, ruisselants d'eau et maintenus en haleine par le chant nasillard que pousse de temps en temps l'un des travailleurs et qui se mêle au bruissement de l'eau qui tombe.

Comme le nataleh, le chadouf est d'une installation tellement simple qu'il peut s'établir où l'on veut et se déplacer avec la plus grande facilité et, pour ainsi dire, sans frais; deux paquets de tiges de maïs ou de roseaux, deux bâtons, un peu de corde, un panier et un peu de cuir sont les matériaux qui le composent; tout fellah les possède et le limon du Nil suffit pour les mettre en œuvre.

Le mouvement du chadouf est lent; un homme n'élève guère à i mètre de hauteur moyenne que dix paniers par minute; à 10 litres par panier, cela fait 100 litres par minute et 6 mètres cubes à l'heure. Un homme travaille au chadouf à peu près deux heures de suite; on admet, en général, qu'un appareil avec deux hommes arrose, en douze heures, 4 à 500 mètres carrés et qu'il suffit pour desservir un demi-hectare de culture.

Des nombreuses observations faites, sur ce sujet, par les ingénieurs de l'expédition française d'Egypte, il résulte que le travail produit parle fellah avec le chadouf est de 330 kilogram mètres en moyenne par minute, tandis que l'action dynamique d'un homme de force moyenne, élevant des poids avec une corde et une poulie et faisant ensuite descendre la corde à vide, est considérée ordinairement comme n'étant que de 216 kilogrammètres pendant le même temps. Le chadouf utilise donc d'une manière avantageuse la force musculaire du travailleur.

SAKIEH (fig. bO).

Pour des hauteurs supérieures à 3 mètres, le chadouf est une machine

onéreuse, aussi empioie-t-on plus fréquemment, dans ce cas, une sorte de noria qui est appelée sakieh.

La sakieh est très répandue en Egypte ; elle est disposée de la façon suivante : une roue en bois de 1,50 m. environ de diamètre est garnie d'al-

Barois. — Les irrigations en Egypte. 16

luchons de 20 centimètres de longueur; l*arbre de celle roue est vertical ; il porte à la partie inférieure, au-dessous du niveau du sol, sur une crapaudine grossière formée de pièces de bois juxtaposées et il est assemblé par des cordes, d'une façon invariable, avec un levier horizontal de 3 mètres de longueur qui, mis en mouvement par un bœuf ou un autre animal, entraîne dans sa rotation la roue horizontale. L'extrémité supérieure de Taxe vertical passe dans un tourillon grossièrement fait en fer ou en bois et fixé à une traverse horizontale de 6 à 7 mètres de longueur, dont les bouts reposent sur deux piliers en terre séchée, en briques crues ou en maçonnerie, établis en dehors du manège sur lequel marche Fanimal moteur. Souvent Tarbre vertical de la roue est formé par une forte branche non équarrie et se bifurquant en haut on forme de grande fourche, dont les deux bras facilitent la liaison avec le levier horizontal du manège. Parfois, pour de petites sakiehs, la traverse supérieure est supprimée, l'arbre est alors maintenu vertical au moyen de pièces de bois horizontales établies au niveau du sol.

La roue horizontale engrène une route dentée verticale en bois, de 1 mètre environ de diamètre, portant des alluchons analogues à ceux de la roue horizontale et dont Tarbre passe au-dessous du niveau du sol, sous le manège, et porte à son autre extrémité une roue de 1,50 m. à 2 mètres de diamètre qui supporte la chaîne de la noria. Cette chaîne est simplement formée par une échelle de corde portant des pots de terre cuite espacés de SO centimètres environ, qui s'élèvent pleins d'eau jusqu'au sommet de la roue et se déversent dans une auge placée latéralement.

En résumé, la sakîeh se compose d'un manège mettant en mouvement un engrenage à lanterne qui entraîne une roue verticale portant une chaîne de noria. Tout l'appareil est grossièrement fait, avec les bois d'acacia ou de sycomore tout tordus qu'on trouve dans le pays et qui sont employés à peine équarris. Aussi la présence d'une sakieh s'annonce de loin par un grincement continu, dont la plainte incessante, s'élevant dans le calme de la plaine ou troublant le silence de la nuit, marque Teffort au prix duquel l'homme apporte la fertilité à la terre desséchée.

Souvent les sakiehs sont installées sur le bord du Nil ou des grands canaux, pour ainsi dire, provisoirement ; la terre de la berge leur sert de fondations, le puits dans lequel descend la noria a ses parois verticales creusées dans le limon ; il est simplement masqué en partie par quelques branches recouvertes de terre sur lequelles passe l'animal qui fait tourner le manège ; les supports de la traverse supérieure sont dans ce cas de simples massifs de terre.

Mais certaines sakiehs sont aussi établies à demeure soit sur des puits creusés au milieu des champs, soit sur le bord des canaux ; elles sont alors entourées d'arbres qui protègent les hommes et les animaux contre les

ardeurs du soleil; elles sont installées sur des massifs de maçonnerie; les puits des norias sont également maçonnés. Quelquefois on réunit ainsi deux, trois ou quatre norias aux angles d'un même puits. Ces puits sont

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Fig. 53. — Plan.

Échelle de Û",02 pour 1 mètre.

Fig. 51 à 55. — Noria.

Fig. 55. — Coupe suivant AB.

construits sur des rouets en bois au-dessous desquels on enlève la terre pour les faire descendre au fur et à mesure que la maçonnerie s'avance ; ils sont en général en briques et sont recouverts partiellement de petites voûtes destinées à supporter les axes des norias et les auges de décharge.

Les grandes sakiehs sont attelées de deux bœufs, mais souvent on n'en emploie qu'un seul, ou un buffle, parfois un âne, parfois un cheval, quelquefois même un chameau. Les bœufs ou les buffles qui travaillent aux sakiehs sont relayés toutes les trois heures.

D'une série d'expériences rapportées dans Touvrage de l'expédition française en Egypte, il résulte que le volume des pots d'une sakieh étant de 1,60 litre et le poids d un pot de 1 kilogramme à peu près, le débit de cette sakieh varie de 4 200 à 4 800 litres par heure, suivant la hauteur d'élévation, et cette hauteur atteint parfois 10 à 11 mètres. Mais le rendement de ces appareils est très variable; car, le volume des pots n'étant pas ordinairement mis en rapport avec la hauteur d'élévation, il en résulte que, pour de faibles diS'érences de niveau, l'animal moteur n'est pas obligé de développer toute sa force. De plus, même pour des hauteurs de 10 et 11 mètres, le rendement est médiocre à cause de la grossièreté de la construction des engrenages et de l'ajustement fort imparfait des diverses parties du mécanisme. Ainsi, dans les expériences signalées ci-dessus, il a été reconnu qu'un cheval, faisant mouvoir une sakieh et élevant de l'eau à 10 mètres de hauteur, ne produisait que 718 kilogrammètres par minute; or la puissance d'un cheval attelé à un manège et tournant au pas est évaluée, en Europe, à 2430 kilogrammètres par minute; même en admettant une grande difl'érence de force entre les chevaux d'Egypte et les chevaux d'Europe, on trouve donc que le travail de la sakieh est peu productif. Tandis qu'un bœuf peut donner normalement un travail de 2 160 kilogrammètres par minute, il n'utilise avec une sakieh élevant l'eau à 10 mètres de hauteur qu'un travail de 700 kilogrammètres environ.

Ainsi, si la sakieh est un appareil peu coûteux comme construction et comme installation, elle est peu économique au point de vue du rendement. Elle présente d'ailleurs l'inconvénient d'élever l'eau, au moins en partie, jusqu'à une hauteur de 1 mètre à 1,50 m. au-dessus du point où elle doit être délivrée.

Les rendements qui viennent d'être indiqués sont plutôt théoriques. Dans la pratique du serviee des irrigations, on admet, pour la fixation de |

la durée des chômages pendant l'époque des rotations d'été dans la Basse |

Egypte, qu'une sakieh, établie dans les conditions moyennes de la région, i

avec une élévation d'eau de 3 à 4 mètres, peut débiter 300 mètres cubes en I

vingt-quatre heures, c'est-à-dire arroser un tiers d'hectare par jour. Pour '

travailler ainsi, elle a besoin de trois buffles et de deux hommes. On compte en outre qu'une sakieh peut desservir une superficie cultivable de 5 à 6 hectares dont une proportion de 30 à 40 p. 100 est cultivée en coton.

Dans quelques endroits de la Basse Egypte et au Fayoum, la sakieh a subi certains perfectionnements qui en ont fait un appareil plus écono- |

mique ; les extrémités des axes et les coussinets ont été garnis de ferrures qui diminuent les frottements, et la chaîne des pots en terre a été remplacée

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par une noria dont les augets, construits en zinc ou en bois, ont 60 centimètres de longueur sur^30 centimètres de largeur et 30 centimètres de profondeur. Ces sakiehs, avec un seul animal moteur, suffisent presque pour arroser un demi-hectare en douze heures, tandis qu'une sakieh

ordinaire n'arrose guère plus d'un tiers d'hectare pendant le même temps (fig. 51 à 55),

TABOUT, TYMPAN (fig. 56,57, 58).

Dans la Basse Egypte, toutes les fois qu'on a à élever leau à moins de 3 mètres de hauteur, on se sert, non d'une noria, mais d^une roue, sur le pourtour de laquelle sont ménagés des encoffrements dans lesquels Teau est élevée, et d'où elle se déverse dans une auge latérale et de là dans la rigole d'irrigation. Cette roue est mise en mouvement comme la roue qui porte la noria de la sakieh. L'animal moteur est généralement un buffle ou un bœuf.

L'eau est amenée par une rigole dans un puits creusé sous la roue éiévatrice ; celle-ci est disposée de telle façon que le fond de l'auge, dans laquelle Teau se déverse, soit à peu près au tiers de la hauteur totale de la roue à partir du sommet ; cette condition détermine la hauteur du haut de la roue par rapport au niveau du sol. Contrairement à ce qui arrive pour les autres machines d'irrigation employées en Egypte, cette roue est faite avec soin et bien ajustée. La charpente en est composée de quatre bras formés chacun de quatre montants fixés autour du moyeu. Le pourtour en est formé comme celui d'une roue ordinaire à augets dont les aubes seraient remplacées par de simples palettes, dont les augets seraient complètement fermés par un bordage circulaire présentant seulement une ligne d'ouvertures ménagées à la base de chaque auget, et dont Tune des couronnes latérales serait également percée d'un trou à la base de chaque auget, tout près du bord inférieur de la couronne.

L'eau pénètre dans les augets par les trous du pourtour, est élevée dans le mouvement de la roue et se déverse par les trous latéraux dans une bâche en bois lorsque l'auget arrive vers le sommet de sa course.

On rencontre également, dans la Basse Egypte, depuis quelques années, pour l'élévation de l'eau à de faibles hauteurs, des tympans construits en bois et mus par des animaux.

ROLE HYDRAULIQUE A PALETTES (fîg. 59 et 60).

Tous les appareils précédents ont pour moteur l'homme ou les animaux.

Dans le Fayoum, où les canaux ont une pente beaucoup plus considérable que dans le reste de l'Egypte, on utilise les chutes d eau pour actionner des roues à palettes, qui portent sur leur pourtour des pots en terre au moyen desquels l'eau est élevée jusqu'au niveau des terres. Ces roues sont analogues à celles qui existent aux environs de Palma et qui

sont décrites dans Touvrage de M. Aymard sur les irrigations du midi de l'Espagne.

Certaines de ces roues sont disposées dans le lit même du Bahr Yousef, dans des endroits où la pente de ce cours d'eau est à peu près de 50 centi-

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mètres par kilomètre et elles sont mises en mouvement par la force du courant. Mais, le plus souvent, elles sont établies à la prise même des canaux ou sur leur parcours ; le canal est alors resserré entre deux murs en maçonnerie qui comprennent la roue et en supportent Tarbre ; on ménage en ces points, comme force motrice, des chutes d'eau de 30 centimètres à

60 centimètres de hauteur. Quelquerois plusieurs roues sont établies de cette façon, en batterie^, à côté ou à la suite les unes des autres.

Les dimensions de ces roues sont très variables. Ordinairement elles ont 4,50 m. de diamètre, sont munies de 12 palettes de 90 centimètres de longueur sur 60 centimètres de largeur et portent une couronne de 24 vases en terre de 7 litres de capacité. Elle font à peu près, dans ces conditions, quatre tours par minute et élèvent, par conséquent, 40 mètres cubes d'eau par heure à une hauteur moyenne de 3 mètres ; elles peuvent donc donner en dix-huit heures un fort arrosage à un hectare. On calcule qu'une seule de ces roues suffit pour irriguer pendant Télé une superficie de 13 hectares en culture.

Certaines roues portent deux couronnes de vases en terre disposées chacune d'un côté des palettes. Il existe du reste des roues à grand diamètre qui peuvent porter jusqu'à 96 vases en deux couronnes.

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