DE L'EAU
La nécessité d'élever l'eau est une coûteuse sujétion imposée à l'agriculteur en Egypte, et tout projet d'amélioration de l'irrigation dans ce pays doit se donner pour but la suppression aussi complète que possible des machines élévatoires. Nous avons vu combien d'hommes et d'animaux nécessite la mise en mouvement des natalehs, des chadoufs et des sakiehs. Si, d'autre part, nous considérons la pompe à vapeur, dans une terre d'altitude moyenne, elle dépense 110 kilogrammes de charbon ou 290 kilogrammes de bois de cotonnier pour donner un arrosage à un hectare, ce qui représente à peu près une somme de cinq francs. Mais ce chiffre est bien souvent inférieur à la réalité, parce que les machines sont mal entretenues et consomment beaucoup plus de combustible qu'il ne faudrait. En 1883, l'administration des Domaines de l'État calculait qu'elle avait, pendant l'année, irrigué à la vapeur une superficie qui, multipliée par le nombre d'arrosages, formait un total de 102817 hectares irrigués chacun une fois seulement. Sur un pareil nombre d'arrosages, la moyenne des dépenses en charbon, huile, etc., a été de 3,56 fr. par arrosage et par hectare. Si l'on compte des arrosages espacés de vingt jours pour le coton, soit 8 arrosages pour une récolte, la dépense d'arrosage d'un hectare de coton revient ainsi à 20,50 fr.non compris l'intérêt et l'amortissement du matériel.
Cette dépense est naturellement beaucoup plus forte pour le fellah qui n'a ni les connaissances techniques, ni le personnel expérimenté, nécessaires pour obtenir un fonctionnement économique de ses pompes et qui, s'il ne possède pas une machine ou une part dans une machine, est obligé de recourir aux bons offices de voisins plus riches qui l'exploitent sans merci.
M. Villcocks, dans son ouvrage « Egyptian Irrigaliofi » estime que, en moyenne, Tarrosage par pompe à vapeur d'un hectare de coton coûte au fellah 38 francs dans les conditions ordinaires, non compris l'intérêt et l'amortissement du matériel, les réparations et tous les faux frais.