TERRASSEMENTS A SEC
Les terrassements à sec pour l'entretien des digues et des canaux s exé-^ culent pendant l'hiver. Pour le curage des canaux seli, des périodes de chômage sont fixées pendant les mois de janvier et de février ; c'est l'époque où les terres n'ont que de très faibles besoins d'eau.
Les seuls instruments employés pour ces travaux sont l6 fdss, espèce de houe en fer assez large et à manche court, et le couffin^ sorte de panier cylindrique tressé en feuilles de palmier. Le fass sert à piocher la terre et le couffin à la transporter. Le couffin ordinaire est muni de deux anses en corde de palmier et il contient une charge utile de 10 à 15 litres, bien qu'il ait une capacité d*une vingtaine de litres. Les couffins soignés sont bordés et renforcés avec des cordes de palmier. Les couffins ordinaires peuvent être utilisés, avant d'être mis hors d'usage, au transport de 40 mètres cubes de terres sèches ou de 30 mètres cubes de terres humides, et les couffins bordés peuvent servir à transporter jusqu'à 50 et 60 mètres cubes de terres sèches ou humides. Le prix d'un couffin est de 0,35 fr. à 0,40 fr. ; les couffins bordés coûtent 0,50 fr. à 0,60 fr.
Les hommes sont échelonnés le long du canal à curer ou de la digue à renforcer et partagés en fouilleurs et transporteurs ; ces derniers sont souvent des enfants. L'homme, avec son fass, pioche le lit du canal ou la
* Sur ce crédit une somme de 6 500 000 francs est fournie sur les fonds de la Caisse de la Dette Publique avec le consentement des grandes puissances.
chambre d'emprunt et pousse la terre dans le couffin que Tenfant soulève par ses deux anses et porte sur la tête jusqu'au cavalier ou au lieu du dépôt.
Il est rare que les transports de terre aient lieu autrement que dans des profils transversaux. Les remblais pour les digues des bassins ou du Nil sont généralement pris dans les chambres d'emprunt qui ont servi à leur construction et qui sont chaque année plus ou moins remblayées par les eaux de submersion limoneuses. Quant au produit du curage des canaux, il est déposé en cavaliers sur les berges. Ces travaux ne comportent donc pas de longues distances de transport. Dans les contrats de terrassements d'entretien, le prix de base est établi sur un transport horizontal de 26 mètres et sur un transport vertical de 5 mètres. Au delà de ces distances, l'entrepreneur a droit à une plus-value. Dans les contrats de travaux neufs, la distance limite de transport est fixée à 30 mètres. Lorsque cette distance, ce qui arrive rarement, approche ou dépasse une centaines de mètres, l'emploi de l'homme devient trop coûteux comme transporteur ; on le remplace par l'âne ou le chameau.
De chaque côté du bât de l'animal est accroché un panier en tresses de palmier, de forme tronc-conique, dont le fond, mobile autour d'une sorte de charnière en corde de palmier à la façon d'un clapet, peut être maintenu fermé au moyen d'un bout de corde et d'un crochet en bois. Chaque panier a 0,80 m. à 0,90 m. de hauteur et 0,60 m. à 0,70 m. de largeur à son ouverture ; il contient environ 75 litres. Ces paniers sont remplis au moyen de couffins ordinaires ; pour les vider, il suffit d'en ouvrir le fond. Le chameau se couche pour la charge et reste debout pour la décharge ; souvent on substitue des caisses en bois aux paniers tressés.
En Egypte, tout paysan est un terrassier ; cependant, pour les travaux, on préfère les hommes de la Haute Egypte ; on les désigne sous le nom de saïdiens. Les terrassiers se paient, en général, de l franc à 1,50 fr. et les enfants de 0,60 fr. à 0,75 fr. pour la journée. Le plus souvent, sur les chantiers, ces ouvriers se réunissent par groupes et prennent de petites tâches. Le prix de la journée du chameau est de 5 francs, conducteur compris.
Les terrassements d'entretien sont payés 0,30 fr. par mètre cube pour le curage des canaux nili et pour le rechargement des digues, et 0,50 fr. pour le curage des canaux sefi. Dans ce dernier cas, l'administration manœuvre les ouvrages régulateurs de façon à empêcher l'entrée des eaux dans le bief à curer et à faciliter l'écoulement de celles qui y sont contenues ; c'est aux entrepreneurs qu'il appartient de terminer l'assèchement de la manière qui leur convient le mieux. Ils obtiennent ordinairement ce résultat en partageant le bief à curer en plusieurs parties par des barrages provisoires en terre et en rejetant les eaux qui restent d'une section dans l'autre.
Barois. — Le* irrigations en Egypte. 18
Ces barrages sont enlevés avant qu'on ne remette Teau dans le canal, après les mesurages. Tous ces frais sont compris dans le prix unitaire du mètre cube. Le curage des canaux se fait lorsque les dépôts atteignent au moins 0,20 m. d'épaisseur. Pour mesurer les cubes exécutés, les entrepreneurs laissent tous les 200 mètres une bande de terrain de 5 mètres de largeur sans y toucher. La surface de ces profils témoins, qui ne sont enlevés qu'après la vérification du travail, multipliée par la distance de deux profils, donne le volume des déblais.
En général, on confie à un même entrepreneur, par adjudication, chaque année, tous les travaux d'entretien des digues et canaux d'un même district. Un même entrepreneur peut prendre plusieurs districts.
Au point de vue de la rapidité de l'exécution, on fixe les bases suivantes à chaque entreprise :
Pour un cube total de moins de 15 000 mètres cubes, i 000 mètres cubes par jour ; pour un cube total compris entre 1 5 000 mètres cubes et 20 000 mètres cubes, 1 500 mètres cubes par jour ; pour un cube total supérieur à 20000 mètres cubes, 2 000 mètres cubes par jour.
De fortes amendes sont prévues dans les contrats pour les retards dans lexécution; il est en effet important, surtout pour les canaux sefi, que la période de chômage soit strictement limitée d'après les besoins des cultures.