DRAGAGES
Avant 1885, les trois canaux Ibrahimieh, Ismaïlieh et Mahmoudieh étaient les seuls qui fussent régulièrement entretenus au moyen de dragues ; tous les ans, on faisait aussi quelques dragages en certains points du Nil, pour dégager les prises de quelques grands canaux.
Jusqu'en 1884, le gouvernement exécutait lui-même ces travaux en régie avec un matériel lui appartenant; à cette époque, un entrepreneur fut chargé de draguer l'ibrahimieh pendant plusieurs années avec le matériel même du gouvernement; l'entretien du Mahmoudieh fut traité dans des conditions analogues avec un autre entrepreneur.
Puis, en 1885, l'entretien et la mise au profil par dragages furent étendus à d'autres canaux, et on confia à deux entrepreneurs, dans de certaines limites de cube annuel, l'exécution générale, au moyen de dragues, du curage des canaux sefi de la Basse Egypte pendant une période de huit années, ces entrepreneurs pouvant utiliser en partie leur propre matériel et en partie le matériel du gouvernement ; l'entretien du canal Ismaïlieh se trouvait compris dans l'un de ces deux contrats. Depuis cette époque,
tous les dragages se font par entreprise, le gouvernement ayant complètement renoncé à l'exécution en régie des travaux de cette nature.
Il y a actuellement trois entreprises de dragages : Tune, pour le canal Ibrahimieh ; Tautre, pour la province de Béhéra, et la troisième, pour les autres provinces de la Basse Egypte. La première entreprise a exécuté pendant les cinq années 1896-1901, un cube annuel moyen de 262000 mètres ; la seconde, un cube moyen de 497 000 mètres, dont 323 000 pour l'entretien des drains et des canaux et 174 000 pour travaux neufs; la troisième, un cube moyen de 1471000 mètres, dont 979 000 pour Tentrelien et 492000 pour travaux neufs.
L'ancien matériel du gouvernement égyptien encore employé dans ces travaux se compose, pour la plus grande partie, d'appareils achetés autre* fois aux entrepreneurs du canal de Suez. Quelques-uns sont des dragues à long couloir qui déposent les déblais directement sur les berges ; d'autres sont de simples dragues à godets qui se déchargent dans des chalands ou dans des gabarres à vapeur. Ce vieux matériel avait été augmenté en 1884 de deux fortes dragues à godets commandées en Angleterre. Les entrepreneurs l'emploient concurremment avec leurs propres engins, qui se composent de dragues à pompes, de dragues à godets et de dragues à cuiller des types ordinaires.
Les dragues à pompes sont celles qui paraissent, de l'avis des ingénieurs du service des irrigations, convenir le mieux au curage des grands canaux sefi, lorsque les dépôts à enlever sont récents ou sableux ; elles peuvent produire 500 à 600 mètres cubes de déblai par jour quand la hauteur d'élévation n'est pas trop forte. Mais, quand les dépôts sont anciens, il faut avoir recours aux dragues à cuiller et à godets ; et, dans ces dernières, il faut avoir soin que les godets aient une forme assez évasée pour que le limon ne reste pas attaché aux parois.
On dispose du produit des dragages de diverses manières.
Lorsque le travail se fait près de la prise du canal, les déblais sont chargés dans des gabarres et jetés au Nil. Dans les biefs intérieurs, ils sont portés, par des ouvriers, des chalands sur les cavaliers, ou bien, quand les arrangements des dragues le permettent, ils sont rejetés directement sur la banquette du canal dans des cunettes longitudinales de 6 & 8 mètres de largeur et de 1,50 m. à 2 mètres de profondeur, creusées à cet effet (fig. 70). Ces cunettes sont vidées avant chaque nouveau curage et leur contenu, alors bien sec, est facilement mis en cavalier à bras d'homme à quelques mètres en arrière. D'autres fois encore, les dragues à godets se déversent dans des chalands où des pom'pcs centrifuges reprennent les déblais pour les refouler soit dans les cunettes, soit sur des terrains bas ou incultes situés non loin du canal.
Les clauses les plus intéressantes du contrat de dragage des provinces centrales et orientales du Delta sont les suivantes :
La durée du contrat est de huit ans et peut être portée à quinze ans.
Le matériel, les ateliers, magasins, etc., appartenant au gouvernement et mis à la disposition des entrepreneurs, doivent être entretenus en bon état de réparation et restitués au gouvernement à l'expiration du contrat dans le même état où ils se trouvaient au moment de Tinventaire, sauf l'usure due aux effets du temps et aux causes naturelles.
Dans le cas où le matériel de dragage prêté par le gouvernement se trouverait hors d'usage avant l'expiration du contrat, ou ne serait pas adapté à une partie quelconque du travail à exécuter, l'entrepreneur n'a
Fig. 70.
aucun droit de réclamer du gouvernement ni un nouveau matériel, ni un prix supérieur à celui qui est spécifié.
Les entrepreneurs fournissent à leurs frais le reste du matériel de dragage, les chalands, remorqueurs, etc.
Le gouvernement se réserve le droit de curer tout canal ou drain à bras d'hommes ou par dragage.
Si l'entrepreneur n'achève pas un travail dans le délai qui lui a été fixé, le gouvernement a le droit d'arrêter le dragage et de faire le curage à bras d'hommes en faisant supporter à l'entrepreneur l'excédent de dépenses.
Aussitôt que possible après le premier novembre de chaque année, le gouvernement notifie le plan de campagne qui peut être d'ailleurs modifié par suite de circonstances imprévues.
Les entrepreneurs s'engagent à draguer tout canal ou drain dont la largeur au plafond n'est pas inférieure à 5 mètres et dont la profondeur est suffisante pour permettre aux dragues de flotter.
Aucun minimum de dragage annuel n'est fixé; mais l'entrepreneur n'est pas obligé do draguer plus d'un million de mètres cubes dans une campagne, à moins qu'avis ne lui en soit donné deux mois avant le 1" novembre, et alors il est tenu d'exécuter les ordres en tant qu'il lui est possible de le faire.
La saison de dragage des canaux s'étend du 1" novembre au 1" juin. Les drains peuvent être dragués à n'importe quelle époque.
L'entrepreneur doit maintenir un matériel de dragage avec équipages,
combustible, etc. ^ suffisant pour draguer 130 000 mètres cubes par mois entre le 1*' novembre et le 1*' juin et 20 000 mètres cubes par mois entre le 1" juin et le 1*' novembre.
La banquette sur laquelle doit être déposé le produit du dragage est réduite une fois pour toutes à une hauteur n'excédant pas 4 mètres au-dessus du niveau moyen des eaux en avril, et cela par les soins du gouvernement, ou à ses frais, moyennant paiement de 0,40 m. par mètre cube. La largeur de la banquette n'est pas moindre de 6 mètres. C'est ensuite à l'entrepreneur qu'incombe le nivellement ultérieur de cette banquette lorsqu'elle a été surhaussée par les dépôts.
Les quantités de dragage exécutées sont déterminées au moyen de profils relevés quinze jours au plus avant le commencement et après la fin du travail.
On ne drague un canal que lorsqu'il y a au moins une épaisseur de 0,30 m. à enlever. Si la cote du fond après le dragage est 0,15 m. trop basse ou plus, on paie ce surplus jusqu'à 0,15 m. seulement. On ne paie rien pour toute portion de canal dont le lit a été laissé au-dessus du niveau prescrit. Si certaines parties sont laissées à une hauteur supérieure de 0,20 m. au niveau prescrit, on peut exiger de l'entrepreneur qu'il ramène sa drague pour faire le déblai nécessaire.
Le prix fixé est de 0,92 fr. par mètre cube dragué.
Pour les dragages du canal Ibrahimieh, le prix du mètre cube est de 0,97 fr. ; les autres clauses sont peu différentes de celles qui viennent d'èlre indiquées, toutefois des conditions spéciales ont été introduites pour préciser le mode de mesurage.
On comprend, en effet, que, la détermination du travail effectué résultant de profils relevés dans le canal avant et après le passage de la drague, on doive prendre certaines précautions pour que le montant du cube à payer ne soit pas faussé par les déplacements de vase que produisent l'action des godets et le courant. Supposons, par exemple, une drague ayant attaqué par l'aval un dépôt d'une certaine longueur; dune part, les godets soulèvent une certaine quantité de limon qui n'est pas élevé par la drague, mais qui est entraîné par le courant, jusqu'à une certaine distance où il se dépose, et qui rehausse ainsi le fond déjà dragué. D'autre part, l'eau, appelée vers les sections à plus grande profondeur qui viennent d'être draguées, augmente de vitesse sur le banc vaseux en amont de la drague et en écrète une partie pour la déposer en aval, dans les endroits oii la drague a déjà passé.
Après de nombreuses expériences, on a admis les règles suivantes pour le canal Ibrahimieh :
En avant de la drague, on ne doit pas relever de section à moins de 25 mètres de distance de la chaîne à godets à la ligne d'eau, ni à plus de 165 mètres du même point;
En arrière de la drague, on ne prend pas de profil à moins de ISO mètres de la drague elle-même.
On tient compte ainsi, dans une mesure équitable, des quantités de limon qui sont seulement déplacées et non enlevées. D ailleurs, Tentrepreneur, étant donnés les termes de son contrat, doit se préoccuper des dépôts qui se font sur les parties déjà draguées ; aussi, il creuse toujours un peu audessous de la cote fixée.
Pour éviter ces inconvénients, on drague autant possible en commençant par l'amont ; mais on ne peut toujours le faire. Des difficultés de cette nature ne se présentent pas du reste dans les sections à petite vitesse et à profondeurs plus fortes que 2 mètres à 2,50 m., mais seulement dans les endroits peu profonds où le courant est rapide.