BARRAGE D'ASSIOUT
Le barrage d'Assiout (fig. 73) vient d'être construit sur le Nil au kilomètre 423. Il a pour objet de régler la hauteur du fleuve à l'entrée du canal Ibrahimieh, cette grande artère qui arrose déjà 230 000 hectares de terres dans la Moyenne Egypte et au Fayoum, et qui doit en arroser 195 000 en plus, soit en tout 425 000 hectares.
Commencé en décembre 1898, cet ouvrage fut inauguré en décembre 1902. Tous les travaux d'infrastructure furent terminés dans les trois campagnes de 1899, 1900 et 1901, dont la durée s'étend chaque année du mois de décembre au mois de juillet, soit pendant la période des basses eaux.
Le barrage d'Assiout a la forme d'un pont en maçonnerie dont les arches sont munies d'appareils mobiles de fermeture. Il se compose de 111 arches de 5 mètres d'ouverture avec piles de 2 mètres d'épaisseur. Toutes les dix arches sont des piles-culées de 4 mètres d'épaisseur. Les piles ordinaires ont 12,80 m. de longueur à la base et 11,20 m. au sommet et les piles-culées 15,40 m. de longueur à la base et 14,40 m. au sommet. Les piles supportent des arches en arc de cercle surbaissé, sur lesquelles est établie une route.de 4,50 m. de largeur, à 12,50 m. au-dessus du radier. Sur le côté de la route, les arches portent en outre le chemin de roulement des treuils de manœuvre des appareils de fermeture qui se composent, pour chaque arche, de deux portes de 2,30 m. de hauteur chacune et de 5 mètres de largeur; ces portes, mises en place Tune au-dessus de l'autre, forment une fermeture de 5 mètres de hauteur au-dessus du radier (pLX,fig. Ià8).
A l'extrémité rive gauche du barrage est une écluse de 80 mètres de longueur et de 16 mètres de largeur.
La longueur totale de l'ouvrage entre le mur extérieur de l'écluse et la culée rive droite est de 833 mètres.
Sauf les voûtes des arches, qui sont en briques, toute la superstructure
* Le projet fut dressé et exécuté sous la dlrectioa du major R. II. Browa, Inspecteur général des irrigations.
est en maçonnerie de moellons et de pierres de taille calcaires avec mortier hydraulique de chaux et de pouzzolane artificielle.
La naissance des arches est établie à la cote des plus hautes eaux, soit 53,95 m., et le dessus du radier est à 1,25 m. au-dessous de la cote des
plus basses eaux, qui est de 44,50 m. La retenue d'amont pendant les basses eaux est fixée à la cote 47 mètres, soit 2,50 m. au-dessus des plus basses eaux. L'ouvrage doit, en tout temps, laisser passer l'eau qui est nécessaire à Firrigatîon des provinces situées en aval.
Le radier est fondé sur un lit de béton de ciment de 0, 90 m. d'épais seur et de 26,50 m. de largeur, compris entre deux files de pieux en fonte jointifs enfoncés de 4 mètres dans le sol. Sur le béton est posé un massif de maçonnerie de moellons et de mortier de ciment à quatre parties de sable pour une de ciment, ayant 2,10 m. de hauteur et 26,50 m. de largeur. L'épaisseur totale du radier maçonné est donc de 3 mètres. Un lit de pierres de taille encastrées dans la maçonnerie de moellons forme seuil sous les appareils de fermeture. Le radier est protégé sur 20 mètres de largeur, en amont et en aval, par des enrochements, et en plus, en amont, par un corroi d'argile.
Le sol de fondation est du sable pur sur toute la longueur de l'ouvrage.
Ce qui caractérise principalement cet ouvrage, c'est la double ligne de pieux en fonte établie pour former autour du radier une ceinture étanche qui s*étend en profondeur jusqu'à 7 mètres au-dessous du seuil du barrage.
Ces pieux ont une longueur totale de 4,90 m. et une largeur de 0,698 m. (pi. X, fig. 6, 7 et 8). Chacun d'eux présente sur toute sa longueur, d'un côté, une languette et, de l'autre côté, une rainure dans laquelle s'engage la languette du pieu voisin ; l'arôte inférieure du pieu est coupée en biais. Ces pieux étaient enfoncés au moyen de sonnettes à vapeur avec mouton du poids d'une tonne.
La rainure de chaque pieu étant plus profonde de 28,5 mm. que la longueur de la languette, il restait dans le fond de la rainure, entre deux pieux jointifs, un vide ayant la forme d'un carré de 28,5 mm. de côté. Quand les pieux étaient à profondeur, on nettoyait ce vide au moyen d'une pompe à sable ayant un tuyau de 12,5 mm. de diamètre, et on y coulait du ciment de façon à le boucher complètement.
Lorsque les pieux étaient enfoncés avant que le sol de fondation fût complètement déblayé à niveau, on les surmontait d'un autre pieu de 3 mètres de longueur, emmanché sur la tête du pieu inférieur au moyen de plaques de tôle et de boulons, qu'on enlevait ensuite.
Deux sonnettes à vapeur pouvaient enfoncer sept pieux de 4,90 m. dans une journée, ou onze pieux en travaillant nuit et jour.
Toute la construction fut exécutée à sec, en épuisant dans de grandes enceintes formées par des digues en terre qui e'ntouraient tout le chantier d'une campagne. Ces digues étaient faites au moyen des déblais dragués à remplacement du barrage ou provenant du lit du fleuve.
La première campagne commença le 1" décembre 1898, lorsque les eaux étaient descendues à la cote 48,98 m., et cessa le 7 août, lorsquelles étaient montées à la cote 48,37. Les digues d'enceinte du chantier comprenaient l'écluse de rive gauche et 210 mètres de barrage; elles enfermaient une surface de 42 000 mètres carrés dans laquelle il fallait épuiser à 4,80 m. de
Bapois — Irrigatioas en Egypte.