DÉVERSOIRS, SIPHONS, OUVRAGES DIVERS
Déversoirs. — Dans les bassins d'inondation, ces ouvrages sont destinés à rejeter dans le Nil ou dans des chenaux d'évacuation les eaux surabondantes ou les eaux de vidange. Tantôt ils fonctionnent avec une faible chute et daûs une grande profondeur d'eau, 4 à 6 mètres en moyenne; tantôt, notamment quand le Nil a beaucoup baissé au moment de la vidange, la dénivellation peut être très forte et le courant très violent.
Dans le réseau des canaux d'irrigation permanente, des déversoirs sont aussi ménagés en certains points, pour écouler dans le Nil ou dans les drains Texcédent d'eau non utilisée pour les irrigations.
Ces ouvrages ne sont autre chose que des ouvrages régulateurs, dont le radier est plus fortement protégé à l'aval contre les érosions que pourrait y produire la violence du courant. Il y en a quelques-uns, dans la
région des bassins, qui sont très importants^; ainsi celui dAboutig qui dessert la plus grande partie de la chaîne des bassins du Sohaghieh, au sud d'Assiout, et celui de Kocheicha, qui est situé en aval de la chaine des bassins de la région du Bahr Yousef etdellbrahimieh, au nord d'Assiout.
Déversoir de Kocheicha. — Cet ouvrage, situé dans la partie aval du bassin de Kocheicha, est destiné à évacuer dans le Nil, sous une charge qui peut varier de quelques centimètres jusqu'à près de 5 mètres, suivant les niveaux respectifs du bassin et du fleuve, 2000 millions de mètres cubes d'eau en vingt jours, dans une année de forte crue, et 1 500 millions de mètres cubes en dix jours, dans une année de basse crue, ce qui correspond à un débit moyen de i20 et 175 mètres cubes par seconde.
Le déversoir de Kocheicha a été construit en 1890-91 ; il a coûté 1630000 francs, (pi. XV, fig. 1, 2 et 3.)
Il se compose de 60 arches de 3 mètres d'ouverture supportées par des piles de 1,30 m. d'épaisseur, de 12,50 m. de longueur à la base et de 6,50 m. de hauteur, construites en briques et pierres de taille
L'ouvrage est fondé sur un sol de limon argileux au-dessous du niveau des basses eaux du Nil. Le radier comprend une partie centrale de 13 mètres de largeur sur 2,75 m. de hauteur, un avant-radier de 10 mètres de largeur et de 1 mètre d'épaisseur, un arrière-radier de 12 mètres de largeur sur 2 mètres d'épaisseur avec pente superficielle de 1 sur 26; le tout en maçonnerie hydraulique, avec revêtement d'une couche de maçonnerie ordinaire de ciment sur l'avant et l'arrière-radier et d'un lit de pierre de taille avec mortier de ciment sur la partie centrale. Une ligne de pieux est enfoncée jusqu'à 4 mètres de profondeur, à 2 mètres du rebord extérieur de Tarrière-radier ; celui-ci est protégé par quatre files de blocs artificiels de 2 mètres X 2 mètres X 1 mètre, retenues elles-mêmes par une file de pieux enfoncés à 6 mètres de profondeur et par un massif d'enrochements de 1 mètre d'épaisseur sur 20 mètres de largeur ayant une pente superficielle de 1 sur 40.
Les piles sont reliées par deux arcs superposés formant ainsi deux orifices d'écoulement dans chaque arche. L'ouverture inférieure a une section de 5,80 m'; elle est fermée par une porte en tôle de fer élevée et abaissée au moyen de treuils roulant sur des rails, qui reposent eux-mêmes sur des longrines portées par des piliers construits sur les avant-becs des piles. L'ouverture supérieure a 8,68 m' de section; elle est fermée par une porte en tôle à bascule, tournant autour d'un axe horizontal situé à sa partie inférieure ; celte porte est maintenue verticalement par des chaînes et tombe
* Voir page 101.
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d'un seul coup, au moyen d'un déclanchement, sur la plate-forme horizontale qui surmonte Tare inférieur.
Quand le Nil commence à monter, on ferme les portes supérieures et on ouvre les portes inférieures; l'eau entre alors dans le bassin de Kocheicha à contre-pente» jusqu'au moment où l'alimentation, venant des bassins situés en amont, est assez abondante pour produire un retour d'eau au fleuve par le déversoir. On ferme alors complètement les portes inférieures, qu'on manœuvre ensuite, s'il y a lieu, dans de certaines limites, pour régler les niveaux dans la chaîne des bassins. Lorsque le moment de la vidange est venu, toutes les portes sont fennées ; on ouvre d'abord toutes les portes supérieures et, deux ou trois jours après, toutes les portes inférieures pour augmenter le débit. Souvent, il n'y a que quelques centimètres de diflférence entre le niveau du Nil et celui du bassin au moment où commence cette opération.
Avec une différence de niveau de 1 mètre, la vitesse dans les ouvertures inférieures est de 3,10 m. par seconde; avec 4 mètres de charge, elle atteint 6,20 m. par seconde.
Le déversoir de Kocheicha est tout à fait exceptionnel par sa grandeur et par l'importance de son rôle*; en général, les déversoirs des bassins ne comportent qu'un petit nombre d'arches et sont fermés par le système ordinaire des aiguilles ou des poutrelles.
Déversoir du bassin Hamed. — Cet ouvrage est situé sur la rive droite du Nil, un peu au nord de Keneh, à l'extrémité aval d'une chaîne assez importante de bassins. Il remplace un déversoir qui s'était effondré en novembre 1900, au moment où on l'ouvrait, avec une rapidité imprudente, sous une charge d'eau de 4,88 m., le radier étant à sec en aval à la suite d'une forte baisse du Nil. 11 sert en même temps pour le passage du chemin de fer et du public (pi XV, fig. 4 à 9.). 11 se compose de six ouvertures de 3 mètres de largeur fermées au moyen de poutrelles glissant dans des rainures en fonte. Les piles ont 16,60 m. de longueur à la base et 1,50 m. d'épaisseur; elles sont en briques et pierres de taille; elles supportent un tablier métallique pour la voie ferrée, et deux passerelles, l'une pour le public et l'autre pour la manœuvre des poutrelles.
Le radier a 1,50 m. d'épaisseur sur 26 mètres de largeur, avec parafouilles de 2,50 m. en amont et de 2 mètres en aval ; il est formé d'une couche de béton hydraulique de 1 mètre d'épaisseur et d'un revêtement en briques de 0,50 m. avec chaînes en pierres de taille ; à Taval des piles, sa surface présente une inclinaison de 1 sur 10 ; à l'aplomb des poutrelles, existe un seuil formant saillie de 1 mètre. Ce radier est prolongé en aval
' Voir pages 99 et suivantes sur le rôle du déversoir de Kocheicha.
par un arrière-radier de 0,75 m. d'épaisseur sur 10 mètres de largeur soutenu par un parafouille de 1,50 m. de hauteur et par une file de palplanches enfoncées à 7,60 m. au-dessous du radier. Cet arrière-radier est formé d'une couche de béton et d'un lit de briques.
L arrière-radier esl protégé lui-même par onze rangées de blocs de béton de 2 mètresX 1,50 m. X 0,75 m. reposant sur des enrochements et par une douzième rangée de blocs de 2,30 m. X2 mètres X 0,75 m.
Les murs en aile s'étendent, des deux côtés du chenal d'évacuation, sur 20 mèlres de longueur en aval du parement des culées, et, à la suite, des perrés à pierres sèches sont construits sur 20 mètres de longueur, jusqu'au droit de la dernière ligne des blocs artiiicicls.
Cet ouvrage a à supporter des charges qui peuvent atteindre une hauteur de 5 mèlres, le radier n'étant alors noyé que de 0,50 m. et, quand il est ouvert dans ces conditions, il est naturellement soumis à l'action de courants d'une extrême violence.
Petit déversoir (fun canal d'irrigation permanente. — Les figures 10 à i 6 de la planche XV représentent un petit déversoir récemment construit dans les bassins transformés de la Moyenne Egypte et ayant pour objet d'écouler dans le Bahr Yousef le trop-plein des eaux du canal Badraman. 11 y a une différence de niveau de 2,40 m. entre le plafond du canal d'amenée et le plafond du canal de fuite, qui ont tous deux 2 mètres de largeur. L'ouvrage se compose d'un puits en briques de 3 mètres de diamètre intérieur et de 6,70 m. de hauteur. Le fond de ce puits est à 1 mètre au-dessous du plafond du canal de fuite. L'eau pénètre dans le puits par une ouverture de 1 mètre de largeur et de 1,50 m. de hauteur, pouvant être fermée par une vanne en tôle, et dont le seuil est au niveau du plafond du canal d'amenée. Elle s'en échappe par une autre ouverture de 1 mètre sur 1 mètre, dont le seuil est au niveau du plafond du canal de fuite et qui peut également être fermée par une vanne métallique, lorsque le niveau du Bahr Yousef est trop élevé pour que le déversement puisse s'y faire.
Beaucoup de petits déversoirs ou ouvrages de chute de cette nature, avec puits de 1 mètre de diamètre, existent sur les canaux à forte pente du Fayoum.
Siphons, — De nombreux siphons se rencontrent, aussi bien dans le réseau des canaux d'irrigation permanente, que dans le réseau des canaux d'inondation de la Haute Egypte. Dans le premier cas, ils ont surtout pour but de faire traverser les canaux d'irrigation par les lignes de drainage. Dans le second cas, ils servent principalement à amener les eaux des canaux d'alimentation d'une chaîne de bassins sur les terres hautes de la chaîne
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aval en leur faisant franchir les biefs supérieurs des canaux d'alimentation de cette dernière chaîne *.
Ces ouvrages sont ordinairement construits, aujourd'hui, avec des tuyaux en tôle ; Texécution en est facile et rapide. Toutefois, il existe de nombreux exemples de siphons entièrement en maçonnerie.
Siphon sous le canal Sabakah (pi. XVI). — Ce siphon sert à faire passer les eaux du drain principal Mouhit sous le canal Sabakah, qui arrose, dans la province de Minieh, d'anciens bassins récemment supprimés.'
Les dispositions de cet ouvrage sont très simples. Il se compose de trois tuyaux en tôle posés côte à côte sur un lit de béton. Ces tuyaux ont 1,50 m. de diamètre et 0,006 m. d'épaisseur; ils sont formés par bouts de 2 mètres de longueur, ayant alternativement 1,50 m. et 1,512 m. de diamètre de façon à pouvoir s'emboîter Tun dans l'autre; ces bouts sont assemblés au moyen de rivets ; ils sont renforcés en leur milieu par un cercle en cormère de r .
Les extrémités des tuyaux sont encastrées dans les murs de tète de l'ouvrage, qui a une longueur totale de 42,30 m. d'une tête à l'autre.
Le plafond et les talus du canal Sabakah, qui passe au-dessus du siphon, sont entièrement perreyés sur 12 mètres de longueur.
Siphon sous le canal Sohaghieh. (fig. 87). — Cet ouvrage porte les eaux
Hautes ectux^du. Canal So7ia^hièK {6z,So) Mciuier ecuia> cbc ûxnat ûùyaoïûeA^ a Vcjctrémitd du. siphon (62,20 J
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Â:\\ -,^^^^rr^i;s,^^7r^'ï:T<^-^r^■,^,^^ •■•J^Jiv^^ Fig. 87. — Coupe du siphon du canal Guirgaouieh.
du canal d'inondation Guirgaouieh sous le canal Sohagieh, pour inonder ou arroser les terres hautes situées au nord de Sohag*.
II a 117,50 m. de longueur et comprend quatre ouvertures de 3 mètres de largeur sur 2,30 m. de hauteur, séparées par des piliers de 1 mètre d'épaisseur; les culées ont 2,50 m. d'épaisseur. Les ouvertures sont couvertes par des voûtes et leur radier est en forme de voûtes renversées; voûtes et piliers sont en briques; le tout repose sur un lit de béton de 1 mètre d'épaisseur et est chargé par un massif de maçonnerie de 2 mètres d'épais-
• Voir pages 57 et suivantes.
« Voir fig. 46, p. 232.
' Voir pages 84 et suivantes.
seur, dont la surface forme le plafond même du canal Sohaghieh qui passe au-dessus.
Pendant une année de très basse crue, en octobre 1899, le canal Sohaghieh était très bas et au contraire le canal Guirgaouieh donnait le plus d'eau possible pour arroser les terres hautes situées en aval, de sorte qu'il se produisit une sous-pression de 3,08 m. d'eau sous les voûtes du siphon, qui se fissurèrent. On dut les renforcer et donner des instructions sévères pour régler les niveaux respectifs des deux canaux, de façon à éviter de nouveaux accidents.
Prises cTeaii. — Les prises d^eau sur les canaux sont construites par les particuliers ; ce sont de petits aqueducs maçonnés ou des tuyaux en métal, en poterie ou en ciment, suivant leur importance ; elles ne présentent pas de dispositions spécialement intéressantes.
Toutefois dans le réseau des canaux d'arrosage actuellement en cours d'exécution pour la transformation en terres d'irrigation des bassins d'inondation de la Moyenne Egypte, le gouvernement s'est décidé à établir luimôme tous les 400 mètres, sur les canaux de distribution, des prises d'eau mises à la disposition des cultivateurs riverains. De cette façon, il n'y a plus du tout de prises d'eau appartenant aux particuliers sur les canaux publics ; c'est une grande amélioralion apportée au service des irrigations et au contrôle de l'eau.
Sur les figures 81 à 86, page 328, sont représentés deux types de prises d'eau qui sont fermées par des vannes en tôle avec tige à vis pouvant être cadenassée à volonté.