ENGRAIS
L*eau et le limon du Nil sont à peu près les seules matières fertilisantes que reçoive la terre d'Egypte; le cultivateur indigène y ajoute, en effet, fort peu d'engrais, et il est permis de croire que, s'il en employait de plus grandes quantités, il améliorerait notablement le rendement du sol et la qualité des produits.
Ainsi, dans les parties des bassins où Ton fait seulement la culture d'hiver après l'inondation, on peut dire que Tusage de Tengrais est inconnu ; la seule fumure qui soit donnée à la terre consiste dans les déjections des animaux qui mangent le trèfle sur pied. On ne met guère d'engrais que sur les terres où Ton fait de la culture de dourah, et parfois, sur celles où 1 on fait de la culture d'été ; mais la quantité en est généralement trop faible.
Les engrais qui sont le plus employés en Egypte sont le fumier de ferme , la colombine et la poussière provenant des ruines des anciennes villes.
Le fumier de ferme est peu abondant, à cause du manque de pâturages pendant la plus grande partie de Tannée, et à cause de la nécessité qui s'impose, par conséquent, au cultivateur de restreindre autant que possible le nombre des têtes de bétail qu'il élève.
La colombine provient des nombreux pigeonniers qui existent dans tout le pays ; les principes actifs qu'elle contient sont l'azote et l'acide phosphorique. D'après de nombreuses analyses faites, à Paris, par Gastinel Bey, sous la direction de Payen, 100 grammes de colombine d'Egypte renferment :
Azole 3,93 grammes.
Acide phosphorique (correspondant à 3^64 de phosphate
de chaux) 1,27 —
Les nombreux monticules, qui frappent l'œil du voyageur parcourant
l'Egypte et qui marquent la place des villes antiques ou des anciens villages,
fournissent deux sortes d'engrais : en premier lieu, des matières salpêtrées
qui renferment jusqu'à 6, 50 gr. d'azotate de potasse, et en second lieu, une
sorte d'engrais terreux qui peut contenir, sur 100 grammes de matière,
d'après les analyses de Gastinel Bey, jusqu'à :
Azote 0.88 gramme.
Acide phosphorique (correspondant à 2,76 de phosphate
de chaux) 1,27 —
Potasse et soude 2,25 —
Ces produits, provenant de détritus divers accumulés par le temps dans les ruines et soumis aux influences atmosphériques, sont portés sur les champs dans un état pulvérulent qui facilite l'assimilation des principes
actifs. Dans les monticules d'où on les extrait, ils sont mélangés avec des débris de pierres ou de briques; les paysans, avant de les transporter, ont soin de les tamiser ; ils abandonnent ainsi sur place les gros matériaux et n'enlèvent qu'une poussière fine qu'ils chargent dans de grandes couffes sur le dos des baudets ou des chameaux et qu'ils répandent ensuite sur leurs terres.
En dehors des engrais qui viennent d'être indiqués, les agriculteurs emploient encore les cendres de certains végétaux; ils se servent aussi, comme amendement, du limon qui est extrait du lit des canaux pendant le curage.
Depuis quelques années, par l'initiative des propriétaires européens et des riches propriétaires indigènes les plus éclairés, les engrais chimiques ont été introduits en Egypte sur une assez grande échelle et l'usage s'en répand ; mais on doit les employer avec prudence, l'eau d'arrosage entraînant dans le sous-sol beaucoup de sels dissous.