‹ Les irrigations en ÉgypteChapitre 154 sur 159 · MODE D'EXPLOITATION DES TERRES · texte numérisé non relu

MODE D'EXPLOITATION DES TERRES

Le mode d'exploitation des terres varie naturellement suivant l'importance des propriétés.

En dehors de la petite, de la moyenne et de la grosse propriété, qui se retrouvent dans tous les pays, il existe en Egypte de grandes exploitations foncières. Ces dernières, tout récemment encore, étaient surtout, et sont encore, en partie, entre les mains de deux administrations de l'État, les Domaines et la Daïra Sanieh, qui possédaient ensemble 400 000 hectares, soit un sixième de la superficie cultivable de la contrée. Ces deux administrations, dont les revenus sont affectés au paiement de certaines dettes publiques, sont actuellement en liquidation; mais, dans ces derniers temps, des sociétés foncières agricoles se sont formées et ont acquis de grands domaines de plusieurs milliers d'hectares provenant soit de cette liquidation, soit de ventes effectuées par de gros propriétaires. Toutefois la plus forte partie des terres des Domaines et de la Daïra a été acquise par des particuliers.

Comme dans tous les pays agricoles, le petit propriétaire cultive luimême ses champs ; pour des domaines un peu étendus, il se crée une association entre le propriétaire et le paysan, ce dernier se réservant une part des produits ; enfin, le gros propriétaire traite avec l'ouvrier en lui payant son salaire en argent et quelquefois en nature, ou bien il se borne purement et simplement à lui louer ses terres ; les sociétés ou administrations foncières louent autant que possible leurs terres.

Le gros propriétaire qui exploite lui-même a généralement son domaine

géré par un intendant ayant sous ses ordres plusieurs agents pour conduire ]es travaux des champs. Avec cet arrangement, les fellahs ou paysans qui travaillent la terre reçoivent un salaire en argent et un salaire en nature ; le prix de la journée est en général de 1 franc pour les hommes et 50 centimes pour les enfants ; la rémunération en nature consiste dans le quart de la récolte d'automne, c'est-à-dire de maïs ou de sorgho, le fellah faisant cette culture sans rétribution en argent. En outre, un demi-hectare de terre est cédé à chaque père de famille qui y cultive du trèfle et y nourrit ses bestiaux ; mais on lui retient, sur son salaire en argent, une somme égale à la valeur de Timpôt de ce demi-hectare; le propriétaire irrigue ce terrain avec ses machines élévatoires et compense cette dépense en utilisant le fumier des bestiaux pour fumer en partie sa récolte de maïs.

Le propriétaire dont le domaine est moins considérable et qui ne dispose pas de ressources suffisantes pour l'exploiter lui-même, s'associe au fellah. Dans ce cas, le propriétaire prend à sa charge l'impôt, les frais d'irrigation, les semences, le bétail et le matériel agricole ; le fellah ne fournit que la main-d'œuvre jusqu'à complète maturité des produits. Pour son travail, le fellah reçoit le cinquième de la récolte d'été, coton et légumes, le quart de la récolte de maïs ; il n'a droit à rien sur les récoltes d'hiver; un demihectare de terre est aussi alloué à chaque père de famille pour cultiver du trèfle. La cueillette du coton, la moisson, le battage et le vannage des récoltes d'hiver, la mise en magasin de ces produits, sont à la charge du propriétaire. La coupe des tiges du cotonnier ne se paye pas.

Quelquefois, le fellah n'a droit qu'au sixième des récoltes d'été et d'hiver, non compris le trèfle, et au quart de la récolte de maïs; quand il fournit pour celte dernière culture l'engrais et la semence et qu'il laboure avec ses bestiaux, il a droit à la moitié de la récolte. Enfin, lorsqu'il couvre tous les frais de culture et paye la moitié de l'impôt, il a droit à la moitié de toutes les récoltes.

Mais la combinaison qui est la plus répandue est celle dans laquelle le fellah prend le cinquième des récoltes d'été et le quart de la récolte d'automne.

Toutefois la classe d'agriculteurs la plus nombreuse est celle des petits propriétaires qui cultivent leurs champs avec leurs femmes et leurs enfants.

Dans les contrats de location qui sont faits par l'administration des Domaines de l'État dans le Delta, la durée du bail est fixée en général à trois ans, avec l'obligation de ne faire sur la même terre qu'une seule culture d'été pendant cette période. Mais, dans les terres que cette administration cultive elle-même, elle passe ordinairement des baux spéciaux pour la seule culture d'automne ; dans ce dernier cas, la fumure est à la charge du locataire.

En Haute Egypte, sur les propriétés de la Daïra Sanieh, pour les céréales seules, la durée des baux est d'un an ; pour les cannes seules, elle est de trois ans ; pour les cannes et les céréales ensemble, elle est de six ans. Les locataires vendent aux sucreries leurs cannes à sucre suivant un tarif déterminé. La Daïra se charge le plus souvent des labours en ce qui concerne les plantations de cannes à sucre, rarement pour les céréales. Dans les contrats pour la culture des céréales, elle exclut toute récolte d'été et d'automne ; dans les contrats de location qui comprennent la plantation des cannes, elle interdit toutes les autres cultures d'été.

EXEMPLE D'UNE GRANDE PROPRIÉTÉ RURALE (pL XVII)

On ne peut citer de meilleur exemple d'une grande exploitation rurale que la propriété que M. Beyerlé, administrateur délégué du Crédit Foncier Egyptien, possède à Bordein, à quelques kilomètres de la ville de Zagazig, dans la province de Charkieh. M. Beyerlé s'est appliqué à doter ses terres d'une bonne distribution d'eau, à les assainir au moyen d'un réseau étendu de rigoles d'évacuation, à ne pratiquer que des assolements rationels, à maintenir la fertilité du sol par l'emploi d'engrais judicieusement choisis et à augmenter les rendements par des méthodes perfectionnées de culture et par l'emploi des machines agricoles; en procédant ainsi, il a amené son domaine à un degré de prospérité que ne connaissent guère les terres d'Egypte. Il arrive, dans les bonnes années, à produire par hectare 1 000 kilogrammes de coton* et 30 hectolitres de blé*.

Cette propriété contient 500 hectares et longe le grand canal Abou el Akdar sur 3200 mètres. De ce canal partent perpendiculairement deux petits canaux publics situés l'un à l'extrémité nord, l'autre dans la partie sud du domaine. Comme le niveau de l'eau du canal est, la plus grande partie de l'année, moins élevé que le sol, il faut presque toujours pomper l'eau d'arrosage, sauf pendant les mois d'août, septembre et octobre; mais la hauteur d'élévation est faible et ne dépasse pas 3 mètres aux plus mauvais moments. Deux machines à vapeur, l'une de 12 chevaux et l'autre de 10 chevaux, avec pompes centrifuges de 0,30 m. et de 0,25 m. de diamètre assurent ce service.

L'eau ainsi amenée au niveau du sol est distribuée, au moyen de deux canaux principaux, dans des rigoles parallèles espacées de 250 à 400 mètres.

L'évacuation des eaux s'effectue par un canal de ceinture se déversant dans un drain public qui passe à l'extrémité sud-est de la propriété. Les rigoles de drainage sont creusées, les unes parallèlement aux rigoles d'arrosage et dans le milieu de Tespace qui les sépare, les autres tout à côté des

* 10 cantars par feddan.

* 15 ardebs par feddan.

Barois Irrigations en Egypte.

iL\Tl.

PROPRIETE BEYERI.E A BORDEIN

Echelle 1: 20000

^CanalJPliJ^

Page 1