DESCRIPTION GÉNÉRALE
L'Egypte proprement dite s'étend depuis les rivages de la mer Méditerranée jusqu'au 22* degré de latitude nord, soit à quelques kilomètres au nord de la cataracte de Ouady Halfa, seconde cataracte du Nil. De ce point jusque vers la hauteur du Caire, elle développe une étroite bande cultivée le long des rives du Nil ; près de cette ville commence le Delta qui s'épanouit en éventail vers le nord et dont le point le plus septentrional est à la latitude de 31^36'. A la pointe du Delta, le Nil se divise en deux branches, celle de Damiette qui s'éloigne vers l'est et celle de Rosette qui s'incline du côté de l'ouest (pi. 1).
De la frontière sud jusqu'au Delta la longueur de la vallée du Nil est à peu près de 1 200 kilomètres. Le Delta forme un grand triangle ayant une base d'environ 240 kilomètres de l'est à l'ouest, sur les bords de la mer, et une hauteur de 150 kilomètres du nord au sud.
Entièrement recouverte par le limon que le fleuve a déposé depuis les temps les plus reculés dans la dépression qui sépare le plateau lybique du plateau arabique, l'Egypte forme ainsi une longue oasis entourée à l'est comme à l'ouest par de vastes déserts qui avancent leurs ondulations stériles jusqu'aux limites où la nature et l'industrie des hommes amènent les eaux fertilisantes du Nil.
Très resserrée jusque vers Gebel Silsileh, point situé à 24^36' de latitude nord, la partie cultivable de la vallée ne comprend dans cette région que quelques petits lambeaux de plaines découpées entre les promon-
Baiou. -> Les irrigah'ons en Ég>'pte. 1
toirs rocheux qui bordent le fleuve. Tout près du 24* degré de latitude se dressent les pittoresques ruines de Philœ, au milieu des iles granitiques qui dominent la cataracte d'Assouan. Là aussi^ à peu de distance du débouché de ces rapides, en face de Tîle célèbre d'Éléphantine, s'élève la petite ville d'Assouan; c'est la première ville qu'on rencontre en venant du sud; grâce à la beauté de son site et à son merveilleux climat, elle est devenue un lieu très fréquenté pendant l'hiver par les touristes.
A Gebel Silsileh, le Nil franchit un dAfilé rocheux ; puis la vallée s'ouvre et présente jusqu'au Caire des contours assez réguliers ; sa plus grande largeur est d'une vingtaine de kilomètres et sa largeur moyenne de dix kilomètres.
Le Nil est ordinairement plus rapproché du désert arabique que du désert lybiquo. Sur sa rive droite, sauf dans la province de Kéneh, il n'existe guère que des parties cultivables peu étendues qui forment en général des plaines discontinues séparées par des contreforts désertiques.
Ainsi de Ouady Halfa au Caire il n'y a sur la rive droite que 160 000 hectares cultivables tandis que sur la rive gauche il en existe 688 000. Aussi à partir de Kéneh les principaux centres de population, Guirgueh, Sohag, Assiout, Minieh, Bcnisouef, sont tous à l'ouest du fleuve.
Toute la région située au sud d'Assiout est cultivée presque exclusivement par bassins d'inondation. L'aspect en est très différent suivant l'époque de l'année où on la parcourt.
En hiver, c'est une mer de verdure, coupée de distance en distance par les digues en terre qui limitent les bassins, et d'où émergent les villages bâtis sur des monticules qui sont les seules aspérités de cette plaine limoneuse nivelée par les apports du Nil.
Au printemps, ce n'est plus qu'un sol noir, fendillé, desséché, d'apparence stérile sur lequel se détachent quelques oasis fertilisés par les eaux d'arrosage que le fellah élève à grand renfort de bras ou de machines à vapeur. Au-dessus de cette plaine, dans le lointain, émerge la longue ligne des plateaux qui bordent de chaque côté la vallée et qui, tantôt sous l'aspect de croupes onduleuses jaunies par le sable, tantôt sous la forme de roches abruptes brûlées par les ardents rayons du soleil, montrent de loin la barrière que ne peut franchir le domaine des cultures.
Enfin en été, pendant la crue, toute cette terre, sauf quelques champs verdoyants de maïs qui serpentent le long des rives du fleuve, est noyée sous une nappe d'eau que divisent les rubans sinueux des digues et d'où surgissent les taches noires des villages (lig. 1).
Si, au lieu de prendre la voie de terre, le voyageur s'abandonne au cours du Nil, son horizon, pendant l'étiage, se trouve généralement limité au cours même du fleuve, à ses îles et à ses bancs de sable ; ses yeux ne
rencontrent guère que de hautes berges couronnées de digues sur lesquelles apparaissent de distance en distance des bourgades construites en terre et
entourées de palmiers. Parfois, du côté de la rive droite, sur plusieurs kilomètres de longueur surplombent des falaises escarpées. Mais, pendant la saison des hautes eaux, le spectacle change, le pont de la dahabieh ou du bateau à vapeur domine alors la plaine qui apparaît, suivant l'époque, soit couverte de récoltes, soit noyée jusqu'aux confins du désert sous Teau d'inondation.
Quelques points de la vallée se présentent toutefois sous un aspect différent ; ce sont ceux où lantique culture des bassins a été remplacée par la pratique des irrigations, soit qu'on y élève Teau du fleuve au moyen de puissantes pompes à vapeur, comme à Erment, Mentana, Dabayah, au sud de Louxor, ou dans la région de Nag Hamadi; ou, sur la rive droite, à Cheikh Fadel, ou encore en certains endroits de la province de Guizeh ; soit, comme entre Assiout et Benisouef, qu'une grande dérivation, appelée le canal Ibrahimieh, distribue Teau sur une bande de 5 à 6 kilomètres de largeur et de plus de 200 kilomètres de longueur. Là, la culture est permanente ; la canne à sucre en constitue l'élément le plus important et de grandes usines échelonnées le long du Nil dressent leurs énormes bâtiments et leurs hautes cheminées qui coupent le paysage large et monotone. La végétation y règne presque toute Tannée, l'inondation n'y répand pas ses eaux sur les terres ; le fellah travaille chaque saison aux récoltes que l'irrigation lui permet de confier à la terre généreuse.
On donne ordinairement les noms de Haute Egypte à la partie de la vallée du Nil située au sud d'Assiout et de Moyenne Egypte à la région qui s'étend entre Assiout et le Caire. La Haute Egypte a SCO kilomètres de longueur et la Moyenne Egypte 300 kilomètres.
Dans la Moyenne Egypte est comprise une province dont la topographie présente un caractère tout particulier ; elle se nomme le Fayoum. C'est une dépression, presque circulaire, découpée dans le désert lybique qui la domine de toute part et au fond de laquelle est un lac sans issue, le lac Keroun. Le Fayoum est situé à 80 kilomètres environ au sud du Caire, en dehors de la vallée môme du Nil, avec laquelle il communique seulement par une trouée qui donne passage à une dérivation du fleuve appelée Bahr Yousef, unique source d'alimentation des canaux d'arrosage de cette province. La pente du sol y étant relativement forte, beaucoup de ces canaux forment de véritables ravins creusés par la chute naturelle de l'eau jusqu'à des profondeurs qui atteignent parfois 13 mètres au-dessous de la surface du terrain. La culture s'y fait par irrigation.
6i enfin, en sortant du Caire, on pénètre dans la Basse Egypte ou Delta, on n'aperçoit, à perte de vue, qu'une vaste plaine, uniformément plate, aménagée en cultures varices auxquelles un immense réseau de canaux distribue toute l'année l'eau d'arrosage. De nombreux et grands villages couvrent la campagne, un peuple de travailleurs est répandu en toute saison dans les champs, prodiguant spécialement ses soins au cotonnier, source principale de la richesse du pays, et au maïs qui est l'aliment traditionnel du fellah. La contrée est parsemée de pompes à vapeur qui élèvent les eaux d'irrigation et d'usines où affluent le coton pour y être égrené et comprimé.
COUP DŒIL GÉNÉRAL SUR LÉGYPTE 5
Mais au fur et à mesure qu'on avance vers le Nord, la terre devenant plus basse, sa fertilité diminue ; les cultures se font pauvres et rares ; de vastes surfaces de terrains incultes, en partie marécageuses, commencent à apparaître pour se fondre plus loin dans les grands lacs qui forment une ceinture presque continue entre le Delta et la mer.
Ces lacs reçoivent le trop plein des eaux des canaux, les eaux de colature et les eaux d'infiltration de la vallée. Ils sont au nombre de quatre : le lac Mariout et le lac d'Edkou, à Touest de la branche de Rosette ; le lac Bourlos, entre les deux branches du Nil, et le lac Menzaleh, à Test de la branche de Damiette.