CONDITIONS D'UNE BONNE INONDATION
La fertilité des bassins dépend de deux conditions principales :
1* La submersion par de Teau limoneuse appelée dans ce pays « eau
rouge » ;
2° Le séjour de Teau pendant un temps suffisamment long sur les terres
inondées.
Eau rouge. — La quantité de limon contenue dans Teau du Nil est maxima au mois d'août* ; elle est alors de 1,566 gr. par litre en moyenne; en septembre elle est de 1,304 gr. et en octobre de 0,928 gr. Comme la proportion n'est que de 0,148 gr. pendant le mois de juillet, on voit par là combien la quantité de limon charriée par le Nil et qui augmente avec l'intensité de la crue est considérable pendant les derniers jours du mois d'août.
Une longue expérience a montré que c'est à cette époque qu'il convient de commencer à répandre l'eau sur les terres pour les engraisser et leur conserver la fertilité.
Quand le colonel Ross, après la mauvaise crue de 1888, étudiait les modifications à «apporter au système d'inondation, il constata une fécondité remarquable dans les grands bassins qui reçoivent l'eau de bonne heure et pendant longtemps; il reconnut au contraire que les terres des petits bassins en bordure du Nil, dont l'inondation était précaire et peu abondante parce qu'elle dépendait d'une crue de plus de 8,50 m. (16 p.) environ à Assouan, étaient pauvres et de peu de valeur; il en était de même pour les terres qui ne recevaient qu'une eau débarrassée en grande partie de son limon à travers une longue suite de bassins supérieurs.
Un exemple frappant de ce fait s'est produit pendant la crue de 1885. Le grand bassin de Kocheicha, situé dans la province de Benisouef, recevait ordinairement des bassins d'amont une eau presque claire et les récoltes y étaient peu abondantes. En 1885, la digue qui sépare le bassin du Nil s'étant rompue au moment où le fleuve était à son maximum de hauteur, les eaux rouges l'ont ainsi envahi et submergé. Les agriculteurs obtinrent de si belles récoltes sur les terres qui avaient subi cette inondation accidentelle qu'ils ont demandé et obtenu que des mesures fussent prises pour
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introduire, à Tavenir, directement dans leur bassin Teau du Nil chargée de limon.
Le même résultat s'est d'ailleurs vérifié partout où les travaux de transformation exécutés pendant les dernières années ont eu pour conséquence d amener Teau rouge régulièrement sur des points où elle n'arrivait pas auparavant, ou du moins, où elle ne parvenait que fortuitement ou en petite quantité.
Ainsi, pour que les terres retirent de l'inondation tout le profit qu'elle peut donner, il faut que les ouvrages de prise d'eau et les canaux soient disposés de façon à assurer une alimentation régulière en eau rouge et il sera avantageux de faire circuler, pendant la crue, dans les bassins, une aussi grande quantité d'eau rouge que le permettront le niveau du fleuve et les dimensions des ouvrages.
Il sera en outre toujours préférable que l'eau rouge, au moyen de prises faites sur le canal d'amenée, soit distribuée à la fois sur plusieurs points d'un même bassin, surtout suivies points hauts, de façon à ce que le limon se dépose autant que possible partout, et que les terres élevées ne soient pas seulement submergées par l'envahissement lent des eaux débouchant d'abord sur les terres basses et se clarifiant ainsi avant de se répandre sur les champs éloignés du courant d'alimentation.
Durée de la submersion, — La durée pendant laquelle les bassins restent sous l'eau est très variable. Elle dépend de circonstances locales, telles que le niveau du sol, sa situation par rapport aux canaux d'amenée et aux ouvrages d'évacuation, la section des canaux d'alimentation et toutes autres dispositions qui peuvent accélérer ou retarder l'arrivée des eaux et leur vidange. Elle dépend aussi d'éléments variables chaque année et qui sont notamment les différences du régime de chaque crue.
Comme règle générale, l'introduction de l'eau dans les bassins ne peut commencer que lorsque les cultures de maïs ou de dourah (cultures qedi) qui y sont faites dans les parties basses sont mûries et enlevées. Or cela n'arrive guère avant le 10 août. C'est donc en moyenne vers cette époque que les terres des bassins commencent à recevoir l'eau d'inondation. D'autre part, la meilleure époque pour faire les semailles après l'inondation s'étend du 10 au 30 octobre. Les terres qui sont submergées le plus longtemps restent donc sous l'eau du 10 août au 20 octobre, soit pendant soixantedix jours.
Mais si l'on tient compte de la durée du remplissage, on ne peut guère compter pour la moyenne des terres plus de cinquante jours, en ne prenant que celles qui se trouvent dans de bonnes conditions et en ne considérant que les crues favorables. Dans les mauvaises années, beaucoup de bassins.
en raison du peu de jours pendant lesquels le niveau du fleuVe reste élevé, n^ont pas le temps de se remplir avant la baisse de la crue, et ne peuvent être entièrement inondés qu*en utilisant les eaux qui ont déjà servi dans les bassins d'amont de la même chaîne ou des chaînes supérieures. On se trouve alors obligé de réduire la durée de la submersion complète de chaque bassin, la même eau devant être promenée d'un bassin dans l'autre pendant la période de soixante-dix jours indiquée plus haut.
Dans ces cas-là, on cherche à obtenir une submersion aussi prolongée que possible et durant au moins cinq à six jours. Bien que ce soit peu.
le ira
Fig. 15.
c'est cette durée de six jours qui est adoptée dans beaucoup de bassins pour la submersion des terres hautes qui sont en partie couvertes pendant la crue par les cultures nabari de maïs ou de sorgho. On maintient l'eau du bassin au-dessous du niveau des champs ainsi cultivés et on ne lui donne sa hauteur normale que six jours avant le moment de la vidange. Le fellah protège alors sa culture au moyen d'un épaulement en terre (fig. 15), ou laisse noyer sa récolte pendant ces quelques jours sur 0,40 m. à 0,50 m. sans grand dommage pour elle. Cette pratique n'est pas d'ailleurs très favorable à la conservation de la fertilité du sol. En résumé, pour obtenir de l'inondation tous les effets qu'on doit en attendre, il faut qu'elle dure le plus longtemps possible entre les premiers jours du mois d'août et le milieu du nlois d'octobre; bien entendu, quand on ne peut donner l'eau que pendant une partie de cette durée, c'est vers la fin de celte période, c'est-à-dire juste avant l'époque des semailles, qu'il faut le faire, sans quoi la terre resterait tout à fait inculte.