CANAUX D'ALIMENTATION
Les canaux d'alimentation des bassins ont deux rôles à remplir. Ils doivent servir : 1* à donner l'irrigation aux cultures nabari faites sur les terres hautes des bassins ou sur les terres situées entre la digue longitudinale des bassins et le bord du Nil, cultures qui poussent pendant la crue ; 2^ à répandre l'eau d'inondation dans les bassins.
Pour établir les dimensions de ces canaux, on considère en premier lieu que, afin de permettre l'enlèvement des cultures qedi (maïs ou sorgho) qui existent sur les terres basses avant la crue, on ne peut guère com-
mencer à envoyer Teau dans les bassins que du 8 au 18 août, environ vers le 15 août. C'est donc à partir de cette époque de Tannée seulement qu'il faut prendre la crue au point de vue de son utilisation pour les bassins. Le Nil monte d'ordinaire très rapidement dans la dernière semaine du mois d'août; sauf dans les très fortes années, il atteint rarement 8,37 m. (15 p. 12 k.) à Âssouan avant le 15 août, et il est presque invariablement plus haut dans la troisième que dans la seconde décade du mois d'août ; il atteint en moyenne son maximum dans la première décade du mois de septembre.
D'un autre côté, l'alimentation doit ôtre terminée avant la fin du mois de septembre, pour que la submersion des terres les moins favorisées ait encore assez de durée avant le moment de la vidange commandé, comme on Ta déjà dit, par l'époque des semailles.
Pour remplir ces conditions, on prend comme base que Talimentation des bassins doit se faire complètement, dans les plus mauvaises années, pendant les seize derniers jours du mois d'août et les vingt-quatre premiers jours de septembre, soit pendant quarante jours.
D'autre part, les dimensions des canaux doivent aussi ôtre calculées de façon à ce qu'ils puissent faire profiter les bassins d'un supplément d'alimentation d'eau limoneuse pendant les bonnes années ; car il est évident que plus il passe d'eau limoneuse sur une terre, plus il s^'y dépose de matières fertilisantes.
De l'étude du régime du Nil pendant les dix-huit années antérieures à 1889, le colonnel Ross a conclu qii'un bas Nil avait une cote moyenne de 7,45 m. (13 p. 19 k.) à Assouan pendant la période des quarante jours indiquée plus haut; un moyen Nil, une cote moyenne de 8,32 m. (15 p. 10 k.) et un haut Nil une cote moyenne de 8,77 m. (16 p. 6 k.) pendant la même période ; et il a admis en chiffres ronds qu'une basse crue serait fixée à la cote 7,45 m. à l'échelle d'Assouan, une crue moyenne à 1 mètre plus haut que la basse crue, et une forte crue 0,50 m. plus haut qu'une crue moyenne.
Partant de ces données, on a fixé le débit des canaux à 2,755 litres par seconde et par hectare de bassin, ce qui donne, pour la surface inondée, une hauteur moyenne de submersion de 1 mètre en quarante-deux jours de débit, 0,75 m. en trente et un jours et demi et 0,60 en vingt-cinq jours pour une basse crue de 7,45 m. à Assouan. On calcule en outre que les canaux doivent débiter 0,826 litre par jour et par hectare cultivé en nabari. La somme de ces deux débits donne le débit total du canal.
Une hauteur moyenne de 1 mètre de submersion, y compris les pertes par évaporation, n'est pas tout à fait suffisante. Mais les mêmes canaux, pendant un Nil moyen, débiteront un quart en plus, ce qui donnera une
bonne hauteur del mètre de submersion en moyenne, évaporation déduite; et, dans une grande crue, le débit sera 50 p. 100 plus fort qu'en basse crue. Et même quand, dans les plus hautes crues, le Nil atteint 10 mètres à l'échelle d'Assouan^ la totalité de Teau portée par ces canaux est dangereuse à admettre dans les bassins ; il faut alors régler l'entrée de Teau dans les canaux, à moins qu'on n*ait à sa disposition des moyens suffisants pour évacuer l'excès du débit.
Les principaux canaux d'alimentation sont, en général, creusés à un niveau tel que le plafond soit atteint par Teau lorsque la hauteur du Nil correspond à la cote de 4,32 m. (8 pics) à l'échelle d'Âssouan pour les plus grandes artères et de 4, 86 m. (9 pics) pour les autres. Quelques canaux ne reçoivent l'eau que lorsque le Nil est à Assouan à la cote 5,40 m. (10 pics) et même 5, 94 m. (11 pics). La largeur du plafond, à la prise, varie de 7 à 21 mètres ; quant à la pente, elle est ordinairement de 0,04 m. par kilomètre et correspond ainsi à une bonne vitesse permettant au limon de rester en suspension dans Teau jusqu'au moment où celle-ci arrive sur les terres à inonder.
Avec ces dispositions, on obtient les débits suivants pour des largeurs de plafond de 10, 15 et 20 mètres, selon qu'on se trouve en présence d'un Nil mauvais, bon ou haut.
Canal dont le plafond correspond à la cote de 8 pics (4,32 m.) à Assouan,
LARGEUR au plafond.
CRUB BASSE