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PROVINCES DE L'OUEST

La région située à l'ouest de la branche de Rosette et qui forme la province de Béhéra est la moins importante des trois parties du Delta; elle ne contient, en effet, que 291 500 hectares de terres cultivées. Elle comprend au sud une étroite bande qui s'étend le long du Nil, en aval de la pointe du Delta, sur 70 kilomètres environ; vers le nord, elle s'évase en un triangle limité par le désert à l'ouest, par le Nil à l'est et au nord par la mer.

L'histoire de Tirrigation de cette province est intéressante à suivre. Du temps de la culture par bassins, les terres étaient inondées au moyen d'une série de canaux parallèles partant de la branche de Rosette et s'en éloignant dans la direction de l'ouest. Plus tard, lorsque Méhémet Ali voulut développer les arrosages d'été, il creusa un grand canal sefi, appelé canal Katatbeh, ayant sa prise à 40 kilomètres environ en aval de la pointe du Delta. Ce canal; sur 80 kilomètres, était parallèle à la branche de Rosette et coupait ainsi tous les anciens canaux d'inondation auxquels il devait dorénavant fournir de Teau pendant Tétiage et pendant les crues; il se retournait ensuite à angle droit sur 22 kilomètres jusqu'à la ville de Damanhour et reprenait une direction nord-ouest (voir fig. 23). Ce canal avait 123 kilomètres de longueur et aboutissait dans le canal Mahmoudieh. Celui-ci avait été également creusé par Méhémet Ali; il était destiné à apporter de l'eau douce à Alexandrie, à relier cette ville avec le Nil par une voie navigable et en même temps à arroser environ 2000 hectares*. Le canal Mahmoudieh a un parcours de 77,500 km. du Nil à la mer et suit une direction générale de l'est à l'ouest. 11 reçoit vers le kilomètre 15 les eaux du canal Kalatbeh. Son origine est à 56 kilomètres de l'embouchure de la branche de Rosette ; le niveau moyen des crues en ce point est de 3,80 m., la cote du sol étant environ 3 mètres ; mais, en étiage, l'eau s'élève à peine au-dessus du niveau de la mer.

D'après Linant, on avait choisi pour la prise un point aussi bas afin de pouvoir laisser le cours de l'eau libre dans le canal sans barrage ni écluse intermédiaires.

Naturellement cette solution amena toutes sortes d'inconvénients et il se produisit, à la prise et à la jonction avec le Katatbeh, des dépôts considérables dont l'enlèvement devint avec le temps de plus en plus difficile et coûteux.

Le tracé du Mahmoudieh est d'ailleurs extrêmement défectueux et se ressent des conditions dans lesquelles il fut établi.

Les travaux furent en effet exécutés par des hommes de corvée dont le nombre dépassa 350000, qui vinrent sur les lieux et se mirent à l'œuvre avant tout piquetage *. Chaque contingent commença à creuser à l'endroit où il se trouvait en suivant une direction sommairement indiquée sur le terrain; les alignements ainsi adoptés par chaque groupe d'ouvriers formèrent une ligne brisée qu'on dut raccorder ensuite par des coudes brusques et nombreux. En outre, le point de départ à Alfeh ayant été choisi trop au nord, il fallut, pour éviter de tomber dans le lac Edkou, faire un

* Depuis cette époque, la surface arrosée par le canal Mahmoudieh s'est beaucoup développée ; en 1887, elle était déjà de 70 000 hectares et depuis elle a encore augmenté.

* D'après Linant de Bellcfonds bey dans ses Mémoires sur les principaux travaux publics d'tgypte.

grand coude vers le sud qui allongeait encore le parcours malgré l'insignifiance' de la pente disponible.

Pendant la crue, le Mahmoudieh recevait son eau à la fois par le Nil et par le canal de Katatbeh ; mais, pendant Tétiage, l'alimentation par le Nil n'existait pour ainsi dire pas, et on ne pouvait guère compter non plus sur le Katatbeh qui ne débitait pas plus qu'il n'était nécessaire à ses propres besoins. On y suppléait au moyen d'un réservoir peu profond, créé par Tendigueraentde terrains bas situés près du Mahmoudieh vers le kilomètre 8. Ce réservoir couvrait environ 4 000 hectares, était rempli pendant la crue par le Mahmoudieh lui-même et se déversait dans le canal au moment des basses eaux.

A celte époque, bien que le canal fût destiné à la navigation, il n'avait pas d'écluses à sa prise sur le Nil; on y transbordait les marchandises. C'est en 1842 seulement qu'on construisit deux écluses accolées à Âtfeh, Tune de 12 mètres de largeur avec son radier à la cote — 1,37 m., l'autre de 8,50 m. Le radier de l'écluse d'Alexandrie fut établi à la cote ( — 1,90 m.). Ainsi disposé, le canal Mahmoudieh était le premier chaînon de la route des Indes à travers TÉgypte, route qui comprenait une voie navigable d'Alexandrie au Caire par le canal Mahmoudieh et par le Nil, et une voie de terre, par le désert, du Caire à Suez.

L'alimentation du canal ayant été reconnue insuffisante pendant Tétiage, on établit en 1849, à Atfeh, des pompes à vapeur pouvant élever environ 6 mètres cubes d^eau par seconde à 2,50 m. de hauteur, soit 500 000 mètres cubes par jour, et on supprima le réservoir du kilomètre 8. Vers 1870, cette usine fut agrandie de façon à fournir 800,000 mètres cubes par jour (9 mètres cubes par seconde). Les machines fonctionnaient à peu près cent cinquante jours par an, tant que le Nil et le Katatbeh ne pouvaient alimenter le canal par gravitation.

Mais les besoins d'eau augmentaient par suite du développement des cultures et les curages se faisaient mal. Malgré le relèvement du plan d'eau d'étiage par l'emploi des pompes, on fut obligé d'extraire du lit du canal, en 1870, deux millions de mètres cubes de limon.

A ce moment, le profil type du canal fut fixé à 20 mètres de largeur au plafond, avec talus à 2 de base pour 1 de hauteur au maximum, et banquettes de 4 mètres à 50 centimètres au-dessus des basses eaux. La profondeur d'eau à Tétiage fut réglée à 2,60 m. ; en hautes eaux, elle pouvait atteindre 4 mètres. La cote du plafond au départ était — 0,87 m. et à Alexandrie

* La traversée de terrains marécageux et du lac d'Aboukir présenta de grandes difficultés et nécessita la construction de murs en maçonnerie pour soutenir les berges du canal sur une dizaine de kilomètres.

En 1880, on résolut encore d'accroître la quantité d'eau élevée à Atfeh. L'usine fut complètement transformée et sa puissanee augmentée de façon à donner, de 1882 à 1885, 1 500 000 mètres cubes d'eau par jour (17 mètres cubes par seconde) et, à partir de 1886, 2 à 3 millions de mètres cubes par jour (23 à 35 mètres cubes par seconde). Les pompes travaillaient pendant toute la durée des basses eaux, du mois de décembre au mois d'août, environ deux cent cinquante jours.

Mais, en 1890, le système d'irrigation de la province de Béhéra ayant été transformé de façon à ce que, pendant l'étiage et au commencement de la crue, elle reçut toute son eau d'un canal s'alimentent en amont [du barrage du Delta, et, pendant la période des plus hautes eaux, du canal de Katatbeh, les machines d' Atfeh cessèrent, à partir de cette année-là, de fonctionner pendant l'étiage. On ne les fait plus marcher aciuellement que dix ou quinze jours au commencement du mois d'août, lorsque la crue est en retard et qu'il faut un supplément d'eau pour l'arrosage du maïs, ou encore pendant les très bas étiages, comme en 1900.

Bien des difficultés surgirent aussi du côté du Katatbeh. La construction du barrage du Delta entraînait naturellement l'alimentation de la province de Béhéra par un canal ayant sa prise en amont de cet ouvrage. Ce canal fut creusé en 1860 sous le nom de rayah de Béhéra avec 20 mètres de largeur au plafond. Il partait du Barrage même et longeait le Nil jusqu'au Katatbeh, qu'il rejoignait après un parcours de 41 kilomètres. Il était projeté pour donner l'eau d'arrosage à toute la province pendant toute l'année.

Mais, le barrage du Delta ne fut pas en état de supporter pendant longtemps la retenue pour laquelle il était fait. Il en résulta que le rayah de Béhéra ne recevait pas assez d'eau. On ne pouvait d'ailleurs ni augmenter ni même espérer qu'on maintiendrait bien longtemps ce débit insuffisant avec les moyens d'action dont on disposait alors. Car ce canal envahi, sur presque tout son parcours, par les sables du désert et creusé dans un sol très meuble, exigeait des curages énormes dont l'exécution incombait à la corvée fournie par les villageois de la province. Or, comme la province est petite et que ses corvées étaient déjà surchargées par d'autres travaux, on était obligé de recourir aux contingents fournis par d'autres provinces, ce qui soulevait de justes protestations. Malgré tous les efforts, 20 000 hommes travaillant pendant vingt-cinq à trente jours parvenaient à peine à assurer en juin 1880 un débit de 15 mètres cubes par seconde et en 1882, 11 mètres cubes seulement. La situation était grave, la province manquait d'eau pendant l'étiage. D'autre part, pendant la crue, on barrait la prise du rayah de crainte que le courant ne bouleversât de fond en comble le lit et les berges dans les parties sablonneuses. L'eau de crue continuait donc à être fournie par le Katatbeh.

Pour parer au défaut d alimentation du rayah de Béhéra pendant i'éliage, on résolut, en 1880, de faire pour le Katatbeh comme pour le Mahmoudieh, c'est-à-dire de lui fournir de Teau par des machines élévatoires. On installa à sa prise une grande usine hydraulique pouvant élever du Nil dans le canal 2 millions et demi à 3 millions de mètres cubes par jour (29 à 33 mètres cubes par seconde). Ces machines fonctionnaient pendantles basses eaux de décembre à fin juillet, deux cent vingt jours environ.

Le rayah de Béhéra continuait d'ailleurs à donner encore pendant Tétiage un peu d'eau qui s'ajoutait à celle des pompes. En 1884 et 1885, avec le relèvement qu'on commençait à obtenir au Barrage jusqu'à la cote '12,50 m., il débitait 17 à 18 mètres cubes par seconde. Mais une expérience malheureuse, faite pendant la crue de 1885 pour obtenir l'enlèvement des apports dans le canal au moyen du courant produit par les eaux, le boucha presque complètement et, en 1888, pendant l'étiage, il ne donna plus que 5 mètres cubes par seconde, malgré les retenued" de 3 mètres et 3,50 m. que produisait alors le Barrage.

On prit alors le parti d'exécuter sur ce canal de grands travaux de dragage et des consolidations de berges, et, quand ils furent achevés, à partir de l'année 1890, les pompes de Katatbeh cessèrent, comme celles d'Atfeh, de fonctionner; elles ont même été enlevées et utilisées ailleurs; toute l'eau de la province arrive donc maintenant pendant les basses eaux par le rayah de Béhéra, la prise du Katatbeh n'étant plus utilisée que pendant une partie de la crue.

De grandes modifications ont également été apportées dans ces dernières années au tracé de la partie inférieure du Katatbeh. Nous avons dit que, vers le kilomètre 90, il faisait un coude brusque vers l'ouest sur 22 kilomètres environ ; il traversait ainsi à un niveau élevé les terres basses de la région et les détériorait par des infiltrations; il coupait aussi les lignes naturelles de drainage. Pour faire cesser ces inconvénients, on fit de grands travaux de 1891 à 1895 pour rectifier cette section du canal et lui donner à partir du kilomètres 42 une direction plus rationnelle.

Après toutes ces vicissitudes et ces modifications, voici comment est actuellement établi le système des canaux de la province de Béhéra.

Le rayah de Béhéra, qui fournit aujourd'hui toute l'eau de la province pendant l'étiage et au commencement de la crue, a sa prise située à l'ouest du barrage du Delta (branche de Rosette) avec un ouvrage de tête composé de trois arches de 4,10 m. d'ouverture et d'une écluse de 8 mètres de largeur; le radier est à la cote 10,60 m. Ce canal a 41 kilomètres de longueur ; la largeur du plafond est de 20 mètres et la pente 0,065 par kilomètre.

Au kilomètre 6 est un pont-barrage tout récemment construit, com-

posé de trois arches de 5 mètres et d'une écluse de navigation de 35 mètres de longueur sur 8 mètres de largeur. Cet ouvrage a un but très spécial. En cet endroit, le rayah de Béhéra se trouve bordé, sur sa rive gauche, par le bassin Iswid, le dernier de la chaîne de la province de Ghizeh, et, sur sa rive droite, par de petits bassins s'étendant jusqu'à la branche de Rosette. La vidange du bassin Iswid s'écoule dans le rayah même au moyen d'une coupure de digue, le traverse pour inonder en passant les petits bassins situés sur sa rive droite et de là se déverse dans le Nil soit directement, soit en refluant en partie par le rayah jusqu'à son ouvrage de tête. Le pont^barrage du kilomètre 6 a pour but surtout, au moment du passage de la décharge du bassin Iswid, de régler le volume d'eau qui doit s'écouler en aval par le canal et de relever le niveau d'amont pour donner une bonne inondation aux petits bassins. Au commencement de la crue, il sert aussi, par la retenue qu'il peut produire, à lancer de bonne eau limoneuse dans le bassin Iswid qui, par sa situation, en est totalement privé sans cela. Au kilomètre 21, est un autre ouvrage régulateur composé de trois arches de 5 mètres et d'une passe navigable de 8,50 m. de largeur.

 son extrémité aval, le rayah de Béhéra débouche librement dans le Katatbeh qui forme son prolongement. Ce dernier canal a, tout près de son confluent avec le rayah de Béhéra, un court branchement de prise sur la branche de Rosette, avec un ouvrage de tête, de construction toute récente, composé de sept arches de 5 mètres qui n'est ouvert que pendant les hautes eaux pour suppléer à ce moment-là à l'alimentation fournie par le rayah.

Sur les premiers 40 kilomètres de son cours, le Katatbeh est un simple canal d'amenée ayant 20 mètres de largeur au plafond et une pente moyenne de 0,04 m. par kilomètre. A son origine, la cote d'altitude du plafond est de 8 mètres et celle des terres voisines 13 mètres ; ce canal, pendant la crue, peut porter 5,50 m. de hauteur d'eau. Au kilomètre 17, est un pont régulateur de 15,80 m. de débouché total et au kilomètre 40, un autre ouvrage de 14,45 m. de débouché. En amont de ce dernier ouvrage, à Kafr Boulin, se détachent deux embranchements, le canal Nubarieh qui s'éloigne en longeant le désert (81 kilomètres de longueur et 10 mètres de largeur), et le canal Abou Diab (75 kilomètres de longueur et 8 mètres de largeur). Ces deux canaux arrosent la plus grande partie du côté ouest de la province de Béhéra. Au même endroit se trouve un déversoir au Nil de trois arches de 3 mètres.

A Kafr el Eiss, au kilomètre El, le Katatbeh a une seconde prise sur le Nil de 20 mètres de largeur, utilisée pendant la crue, qui peut prendre 2 mètres de hauteur d'eau en moyenne au mois d'août, au moment des grands besoins de l'agriculture.

Barois. — Les irrigations en Egypte. It

Au même point/ le Katatbeh se divise en trois branches.

La première, qui porte encore le nom de Katatbeh et qui est prolongée par le Sahel Merkez, a 18 mètres de largeur à son origine et 55 kilomètres de longueur ; elle suit les bords du Nil et va alimenter le Mahmoudich auprès de son origine, à Âtfeh.

La seconde, le Handak Gharbi s'écarte vers le nord-ouest en suivant le côté ouest de la ligne du chemin de fer ; il a à sa prise une largeur de 14 mètres au plafond ; sa longueur est de 33 kilomètres. Au kilomètre 24, il a une jonction avec le troisième embranchement du Katatbeh qui est le Handak Charghi, canal de 45 kilojnètres de longueur, qui suit le côté est de la ligne du chemin de fer, qui a 8 mètres de largeur à sa prise et qui s'élargit à 20 mètres depuis sa jonction avec le Handak Gharbi jusqu'au canal Mahmoudieh dans lequel il se jette.

Quant au canal Mahmoudieh, dont le tracé est resté tel que nous Tavons décrit, il est maintenant entièrement alimenté toute Tannée par les deux embranchements du canal Katatbeh que nous venons de citer : le Sahel Merkez qui s'y déverse à Atfeh, et le Handak Charghi qui y tombe au kilomètre 15. Une écluse de 12 mètres de largeur, construite au kilomètre 45 avec trois pertuis de 2,20 m. de largeur, sépare la partie du canal consacrée à Tirrigation, celle qui est à l'est, de celle qui est presque exclusivement destinée à Talimentation en eau douce de la ville d'Alexandrie. Le radier de cette écluse est à l'altitude — 0,50. La largeur du plafond du canal est réglée à 15 mètres entre Atfeh et le kilomètre 45 et à 12 mètres entre ce dernier point et Alexandrie.

Le rayah de Béhéra, pendant Tétiage, avec la cote d'eau 12,30 m. à sa prise, débite 40 mètres cubes; avec la cote 13 mètres, il donne 57 mètres cubes; avec la cote 14 mètres, 78 mètres cubes, soit avec 3,40 m. de hauteur d'eau. Pendant la crue, avec la cote de 15,35 m. qui correspond à une hauteur d'eau de 4,90 m. et qui est à peu près le maximum de hauteur admise dans ce canal, le débit est de 170 mètres cubes par seconde. A la suite des travaux qu'on exécute actuellement à son ouvrage de tête, on pourra probablement pousser le niveau de l'eau jusqu'à la cote 16,10 m. et alors le débit s'élèvera à près de 200 mètres cubes par seconde.

Quant au canal Mahmoudieh, on lui donne, en moyenne, 1,90 m. de hauteur d'eau pendant l'éliage et 2,90 m. pendant la crue. En temps d'étiage, on cherche à maintenir le niveau du côté d'Alexandrie à 1 mètre au moins au-dessus de la mer pour fournir à la ville une eau de bonne qualilé.

DISTRIBUTION DES EAUX AU BARRAGE DU DELTA ET DANS LES DEUX BRANCHES DU NIL

Il résulte de ce qui précède que le barrage du Delta est la clef de Tirrigation des 1 400 000 hectares qui forment la partie cultivable de la Basse Egypte. C'est cet ouvrage qui commande la distribution des eaux du fleuve dans les canaux d'arrosage des trois parties du Delta et dans les deux branches de Rosette et de Damiette. C'est là que sont prises les mesures générales pour la répartition des eaux qui apporteront la fertilité jusqu'à la mer, c'est-à-dire jusqu'à plus de 150 kilomètres de distance.

Résumons les conditions principales que doit remplir cette distribution et l'outillage qui est à la disposition des ingénieurs pour la réaliser.

Les besoins d'eau sont les suivants :

Pendant la période des basses eaux, mars à juillet, arrosage de 30 à 40 p. 100 de la surface des terres, plantées en riz pour une petite partie et en coton pour le reste, soit en tout de 420 000 à 560 000 hectares.

Dès le commencement de la crue, soit en juillet et août, continuation de l'arrosage du riz et du coton, et, en plus, arrosage des terres à maïs et à sorgho représentant 40 p. 100 environ de la surface cultivable, soit en tout plus de 900 000 hectares.

Pendant la crue, arrosage de toutes les terres du Delta, tant pour les récoltes sur pied que pour la préparation des récoltes d'hiver.

Enfin, après la crue, pendant l'hiver, arrosage modéré des récoltes sur pied, sur les deux tiers environ de la surface du Delta ; les besoins d'eau sont alors peu pressants et variables suivant l'état plus ou moins humide de l'atmosphère.

Pour irriguer cette vaste étendue de territoire, qui descend, en pente douce vers la mer en partant de la cote d'altitude maxima de 18 mètres pour aboutir aux cotes de 0,50 m. à 1 mètre auxquelles s'arrêtent les terres cultivables, on a créé à la pointe du Delta un grand ouvrage régulateur qui barre les deux branches du Nil au moyen d'appareils mobiles de fermeture.

Le radier de cet ouvrage est à la cote 9,50 m. sur la branche de Damiette et varie de 9 mètres à 11,50 m. sur la branche de Rosette.

La retenue qu'il peut produire s'est beaucoup accrue depuis qu'il est mis en service par suite des travaux de renforcement qu'on y a exécutés ; elle atteint aujourd'hui Taltitude maxima de 15,50 m.

Mais ce niveau ne peut naturellement être maintenu en éliage, à l'amont du Barrage, que lorsque les besoins de l'arrosage ne dépassent pas le débit du fleuve.

Dans les plus bas étiages, la cote de Teau en aval du Barrage descend jusqu'à 9,20 m.

En crue, toutes les portes du Barrage étant ouvertes, les eaux sont arrivées à la cote d'altitude 18,60 m. en 1878; c'est le maximum; elles ont atteint la cote 15,39 m. en 1877, c'est le minimum. Elles montent en moyenne à la cote 17,25 m.

En temps d'étiage comme en temps de crue, les eaux sont distribuées par trois grands canaux : le rayah de Béhéra (20 mètres de largeur) pour la province de l'ouest; le rayah Menoufieh (55 mètres de largeur), pour les provinces du centre ; le rayah Tewfikieh (26 mètres de largeur), pour les provinces de l'est.

Les radiers des ouvrages de prise de ces trois canaux sont, pour le premier, à la cote 10,60 m. et pour les deux autres à la cote 9,50 m. En temps de crue, les eaux peuvent s'y élever à des cotes de 15,50 m. à 16 mètres.

En outre, l'arrosage des provinces de Test est complété par trois autres canaux moins importants, qui ont leur prise à une certaine distance en amont du Barrage : les canaux Ismaïlieh, Gherkaouieh et Bessoussieh.

Pendant l'étiage, ce sont là les seuls canaux qui reçoivent l'eau du Nil pour la distribuer sur la Basse Egypte; toutefois quelques terres bordant le Nil sont arrosées au moyen de machines à vapeur puisant directement dans le fleuve.

Pendant la crue, c'est-à-dire à partir du milieu d'août, un certain nombre de prises réparties le long des deux branches de Rosette et de Damiette viennent augmenter le volume d'eau fourni par ces canaux.

Distribution au Barrage pendant fhiver. — A la suite d'une série d'étiages bas pendant lesquels on avait éprouvé des difficultés à donner de l'eau en quantité suffisante, le service des irrigations avait pensé qu'il convenait, pendant les mois de février et de mars, de restreindre le débit dans les canaux, de façon à pousser les propriétaires à ne pas planter plus de riz et de coton qu'on ne pourrait en arroser pendant les mois d'été. Mais on reconnut bientôt que le but n'était pas atteint, et que le seul résultat obtenu était de faire souffrir du manque d'eau les cultures au moment où elles en avaient le plus besoin, c'est-à-dire quand les plantes étaient encore jeunes. On résolut donc, ces dernières années, de laisser en hiver couler dans les canaux autant d'eau qu'on en demande. C'est aux cultivateurs à prendre leurs mesures pour ne pas étendre leurs semailles au delà de ce que pourra plus tard irriguer le Nil.

Ainsi actuellement, en principe, le débit des canaux est réduit dans les mois de décembre et de janvier pour les curages ; puis, au mois de février,

date à laquelle la demande d*eau se produit, on manœuvre les portes du Barrage de façon à obtenir et à maintenir en amont un niveau en rapport avec les besoins de l'agriculture et on ouvre entièrement les prises des canaux.

En 1893, on n'avait commencé à fermer le barrage que lorsque la cote amont était descendue à 13,26 m., soit le 8 février ; c^était une cote trop basse.

En 1895, année où il y eut peu de pluies en hiver, on fut obligé de relever pendant douze jours, à partir du 29 janvier, la cote de la retenue de 13.60 m. à 13,85 m.; puis, comme on avait ensuite abaissé cette cote à 13,50 m., on fut encore obligé de la relever jusqu'à 13.75 m. pendant les huit premiers jours de mars.

En 1900, on régla le barrage de façon à maintenir les cotes de 13,80 m. et 13,85 m. pendant le mois de février et jusqu'au 19 mars; les rapports officiels constatent qu'on ne reçut pas de plaintes pour manque d'eau pendant ces deux mois.

C'est donc la cote d'altitude de 14 mètres qui parait convenir pour la retenue du Barrage dans cette saison.

La seule restriction à apporter au débit d'hiver des canaux est de ne pas leur donner plus d'eau qu'il n'en faut pour l'arrosage, à moins qu'on ne puisse retourner l'excédent au Nil par leurs déversoirs. Sans quoi, ce surplus d'alimentation va se perdre dans les lacs du nord, en relève le niveau, inonde les terres basses et rend le drainage difficile.

La chute au Barrage est faible à cette époque de l'année, le débit du Nil étant très supérieur aux besoins. Ainsi, en 1893, avec un niveau de 13,55 m., maintenu du 15 au 28 février, les cotes d'aval étaient 12,85 m. pour la branche de Rosette et 12,90 m. pour la branche de Damiette.

Distribution pendant Pétiage. — Le principe de la distribution pendant Tétiage est de lancer dans les six grands canaux d'alimentation du Delta, avec un niveau aussi élevé que le permet la retenue du Barrage, tout le débit du Nil, si c'est nécessaire, réparti entre eux aussi équitablement que possible ^

La base admise pour cette répartition et calculée d'après l'étendue des surfaces cultivables est la suivante :

2/3 du débit total pour les provinces de l'est ;

2/5 — du centre ;

1/5 — de l'ouest.

Nous donnons ci -dessous un tableau de cette répartition faite le

* Il y a quelques années, la population n'acceptait pas cette répartition ; elle réclamait l'ouyertore en grand des prises des six canaux d'alimentation du Delta pendant l'étiage ; ce n'était ])as Juste, car en fait les provinces du centre étaient ainsi moins favorisées que celles de l'est ou de l'ouest.

13 juin 1900, avec un étiage exceptionnellement bas, une cote amont du Barrage de 12,95 m. et un débit du Nil de 220 mèlres cubes par seconde. Ce débit étant inférieur à la quantité normale nécessaire aux cultures, on fit entrer en ligne de compte le volume élevé par les pompes installées sur les branches du Nil, en aval du Barrage ; car, dans les conditions de disette d'eau où Ton se trouvait, il était absolument nécessaire de mesurer exactement à chaque province sa consommation réelle. Les pompes donnant, d'après l'estimation des ingénieurs, un total de 50 mèlres cubes par seconde, la quantité d'eau à répartir se trouvait être de 270 mètres cubes par seconde.

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