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IMPORTANCE DES CULTURES DU DELTA

Si l'on s'en rapporte aux statistiques établies par le Ministère des Finances d'Egypte pour Tannée 1899, les cultures du Delta pour l'hiver 1898-99 et pour Tété de 1899 se sont réparties comme il suit :

Cultures cTété.

Coton* 455 636 hectares.

Riz 81 787 —

Arachides 6613 —

Divers 5175 —

Total pour les cultures d'été . . 549211 hectares.

Cultures nili.

Mais, dourah, etc 385 389 hectares.

Melons» pastèques, etc 6 398 —

Total pour les cultures nili . . . 391787 hectares.

Cultures d'hiver.

Blé 264008 hectares.

Orgn 135 853 —

Fèves 70931 —

Fourrages 219 616 —

Divers 27106 —

Total pour les cultures d'hiver 817504 hectares.

Total n58 502 hectares.

Les cultures d'été entrent dans ce total pour 32 p. 100, les cultures nili pour 22 p. 100 et les cultures d'hiver pour 46 p. 100.

La surface des terres cultivables étant comptée pour 1 400 000 hectares, on voit que la surface annuelle des récoltes est de 25 p. 100 plus forte que la superficie cultivable. Ce chiffre n'est d'ailleurs qu'une moyenne s'appliquant à l'ensemble de la Basse Egypte qui comprend des régions où les terres sont plus ou moins bonnes ou plus ou moins susceptibles de porter plusieurs récolles par an. Dans les bonnes régions, la superficie des récoltes dépasse au moins de 50 p. 100 celle de la terre.

Ces chiffres montrent en outre que, pour Tensemble de la Basse Egypte 39 p. 100 de la surface cultivable est plantée en coton et, en même temps, 28 p. 100 de la même surface porte des cultures nili (maïs, dourah, etc.) C'est donc 67 p. 100 de la surface du pays qui a besoin d'eau à la fois dès le commencement de la crue.

RÉGION IRRIGUÉE PAR LE CANAL IBRAHIMIEH

Il a déjà été dit quelques mots du canal Ibrahimieh à propos des bassins d'inondation de la Moyenne Egypte*. Celte grande artère sert, en effet, à deux fins : comme canal d'inondalion et comme canal d'irrigation.

' La surface moyenoe cultivée en coton pendant les sept dernières années a été de 51 5000 hectares. * Voir pages 94 et suivantes.

Le canal Ibrahimieh est aujourd'hui en pleine période de transformation. Une partie ne Teau emmagasinée dans le réservoir d'Assouan S qui vient d'être achevé, doit en effet être utilisée pour faire de Tirrigalion permanente sur presque tous les bassins d'inondation de la Moyenne Egypte, et c'est le canal Ibrahimieh qui est appelé à subvenir à ces nouveaux besoins. On s'occupe de modifier en conséquence sa prise, sa section et ses ouvrages de distribution.

Nous ne nous occuperons ici que de ce qu'il était avant que ces travaux ne fussent commencés. Cette étude, quoique un peu rétrospective, présentera cet intérêt particulier qu'il s'agit d*un canal qui a 268 kilomètres de longueur, qui est une simple dérivation du Nil sans ouvrage de tête et sans barrage dans le fleuve pour en régler le plan d'eau, et dont le débit, dans les diverses saisons, dépend uniquement de la hauteur naturelle des eaux du Nil au-dessus du plafond. En outre, donnant par lui même et par ses embranchements l'eau d'irrigation à 106 000 hectares de terres situées le long de son tracé, il alimente encore un long cours d'eau, le Bahr Yousef, qui, après un parcours de 276 kilomètres, va porter l'eau d'irrigation dans la province du Fayoum d'une surface de 128 600 hectares. Il dessert donc ainsi 234 600 hectares, sans compter les services qu'il rend pendant la crue pour le remplissage de 200 000 hectares de bassins.

Le canal Ibrahimieh coule sur les terres hautes qui bordent le Nil ; la région qu'il arrose est comprise entre la digue du Nil et une autre digue longitudinale dite digue Mohit, distante de la première de 5 à 6 kilomètres ; de Tautre côté de ladigue Mohit sont les bassins d'inondation. Huit ouvrages distributeurs permettent à l'Ibrahimieh de donner de donner de l'eau limoneuse à ces bassins pendant la crue (pi. V).

Canal Ibrahimieh entre Assiout et Déroiit, — Le canal Ibrahimieh a été construit parle khédive Ismaïl et terminé en 1873 ; il part du kilomètre 423 du Nil, auprès de la ville d'Assiout, sans ouvrage de tête. La distribution des eaux pour l'arrosage ne commence qu'à Dérout, au kilomètre 62. Jusqu'à ce point, le canal Ibrahimieh n'est vraiment qu'un canal d'amenée alimentant seulement quelques pompes à- vapeur installées sur ses bords. Les terres situées de chaque côté de ce tronçon sont d'ailleurs généralement aménagées pour la culture par inondation et ont leur fourniture d'eau indépendante.

Le tracé suit d'assez près les bords du Nil. Théoriquement, le plafond a une largeur de 40 mètres et les talus sont inclinés à 2 de base pour 1 de hauteur ; mais le canal, dans ce bief, étant pendant la crue une véritable rivière à courant rapide qui entraine de grandes quantités de sable et de limon, il

* Voir chapitre ix.

est difficile qu'il conserve entre ses berges limoneuses un profil bien stable. La drague y travaille presque continuellement pour maintenir la largeur normale, pour amener le niveau du plafond, à l'entrée, à la cote 42,30 m. au moment de Tétiage et pour régler la pente longitudinale à raison de 0,025 par kilomètre.

La cote moyenne des étiages étant 43 mètres, la profondeur d'eau dans le canal est alors 2,70 m. et le débit 56 mètres cubes par seconde. Mais la cote des plus basses eaux peut descendre à 44,37 m. (années 1889 et 1892) et le débit n'est plus alors que de 26 mètres cubes à 30 mètres cubes pas seconde ; elle s'est aussi élevée certaines années (1897) à 45,66 m. et Je débit fut alors de 83 mètres cubes par seconde avec une profondeur d'eau de 3,36 m. Dans tous les cas, le débit d'étiage dépend pour une grande part de la bonne exécution des dragages.

Le niveau des terrains de culture aux abords de la prise est à la cote 51,80 m. au-dessus du niveau de la mer; le plafond du canal est donc à 9,50 m. et le niveau des basses eaux à 6,80 m. au-dessous du niveau du sol ; mais cette difTérence diminue rapidement avec la distance, la pente du canal étant seulement de 0,025 m. tandis que celle de la vallée est 0,08 m.

Los hautes eaux, à la prise, ont une cote moyenne de 51,75 m., une cote maximade 52,75 m. (année 1887) etune coteminimade 50,64 m. (année 1889). La profondeur d'eau en crue est donc en moyenne de 9,45 et monte parfois à 10,43 m., mais elle ne se maintient pas tout le long du bief; car, par suite des appels d'eau qui se produisent à l'aval, à cette époque de l'année, tant par le remplissage des bassins d'inondation que par lés besoins de Tirrigation, la pente de la surface s'élève jusqu'à 0,08 m. à 0,10 m. par kilomètre. Le débit moyen, en hautes eaux, est de 740 mètres cubes par seconde; en 1888, il s'est élevé jusqu'à 980 mètres cubes. Une grande partie de ce volume peut retourner au Nil par le déversoir placé à l'extrémité aval de ce bief qui peut débiter en hautes eaux 400 mètres cubes par seconde.

Au kilomètre 62 se trouvent les premiers ouvrages de distribution du canal Ibrahimieh ; ils sont groupés à côté les uns des autres au nombre de six (fig. 3).

Sur la rive droite :

1^ Un déversoir destiné à renvoyer au Nil le trop plein des eaux du tronc principal.

Cet ouvrage se compose de cinq ouvertures de 3 mètres et d'une écluse inutilisée de 8,50 m. de largeur sur 34 mètres de longueur. Le seuil de ce déversoir est à la cote 42,96 m. ; la cote moyenne du plan d'eau d'étiage étant 43,45 m., le seuil se trouve ainsi à 0,49 m. au-dessous de ce niveau.

2* L'ouvrage de prise du canal Sahelieh, composé de deux arches de

Barois. — Les irrigations en Egypte. 12

3 mètres avec le seuil àlacole 40,91 m., soit à2, 54 m. au-dessous du niveau normal d'étiage.

Le canal Sahelieh arrose sur 40 kilomètres environ de longueur les terres comprises entre le Nil et le canal Ibrahimieh; il a 8 mètres de largeur au plafond et est muni de plusieifrs ouvrages de retenue.

Sur la rive gauche :

3^ La prise du bassin de Delgaoui, composée de deux arches de 3 mètres avec le seuil h la cote 42,75 m. Cet ouvrage a pour objet de donner do

Fig. 31.

Teau d'inondation à quelques bassins situés sur la rive gauche du Bahr Yousef.

En travers même du canal :

4** Agauche, laprise du Bahr Yousef, comprenant cinq archesdc 3 mètres, avec écluse de navigation de 8,50 m. de largeur ; le seuil de Touvrage est à la cote 39,31 m., soit à 4,14 m. au-dessous du niveau normal d'étiage.

5® Au milieu, la prise du canal Déroutieh, composée de trois arches de 3 mètres avec seuil à la cote 40, 11m., soît à 3,34 m. au-dessous du niveau normal d'éliage. Ce canal, qui a 70 kilomètres de longueur donne Tcau d'irrigation entre le canal Ibrahimieh et la digue Mohit, et, en temps de crue, Teau d'inondation à plusieurs bassins situés au delà de cette digue.

6* A droite, l'ouvrage régulateur du canal Ibrahimieh lui-même, qui se compose de sept arches de 3 mètres avec écluse de 8,50 m. de largeur. Le seuil de l'ouvrage est à la cote 39,31 m., soit à 4,14 m. au-dessous du niveau d'étiage.

A Dérout, le niveau moyen d'éliage, qui est 43,45 m., se trouve à 1,50 m. environ au-dessous des terres cultivables. Quant aux hautes eaux, on en règle l'écoulement de façon à ce qu'elles ne dépassent pas, en ce point, le niveau des couronnements des ouvrages qui est 47,51 m.

Canal Ibrahimieh en aval de Dérout. — A partir de Dérout, le canal Ibrahimieh se prolonge en suivant le Nil jusqu'à quelque distance au nord de Benisouef, sur 206 kilomètres.

La largeur du plafond est de 30 mètres à Torigine ; elle n'est plus que de 20 mètres à Minieh, c'est-à-dire à 65 kilomètres en aval de Dérout et elle diminue progressivement jusqu'à l'extrémité (fig. .32). La pente moyenne est de 0,06 par kilomètre sur 140 kilomètres; elle est ensuite de

Quatre ouvrages régulateurs sont établis à des distances variables, sui-

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Fig. 32. — StcUon du canal Ibrahimieh au kilomètre 215.

vant les indications du profil en long de la figure 33. Les trois premiers sont munis d'écluses non utilisées. Immédiatement en amont de ces quatre

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Fig. 33. ~ Profil en long du canal Ibrahimieh.

barrages sont établies les prises des principaux canaux de distribution. Trois déversoirs au Nil sont échelonnés le long du canal : L'Ibrahimieh, sauf en certains points peu nombreux où il suit quelques

portions d'anciens canaux, est très régulier dans son tracé; il coule parallè-

ment au Nil et ne laisse jamais entre le fleuve et lui plus de 5 kilomètres

de distance.

Au moment des plus basses eaux, c'est-à-dire quand la cote à Âssiout

est 45 mètres, le régime du canal est réglé comme Tindique le profil en long de la figure 33. Les eaux arrivent au niveau des terres à peu près au kilomètre 102 à partir de la prise. Toutes les terres en aval de ce point sont donc en tout temps arrosées par le canal sans machines élévatoires.

En hautes eaux, la cote à Taval des ouvrages de Dérout est fixée à 44,30 au maximum, soit 1,30 m. seulement au-dessus du niveau d*étiage, la partie inférieure du canal n'étant pas disposée pour recevoir plus d'eau ; et le niveau est alors maintenu dans le bief d'aval à des hauteurs variant de 0,30 m. à 1,30 m. au-dessus du niveau des basses eaux, suivant les endroits.

Bahr Yoiisef, — Le bahr Yousef sert pendant la crue au remplissage d*une grande chaîne de bassins disposés sur ses deux rives, et ensuite à la

\ Longx4j&u,rs 0^0001 p. 2^ Fig. 34. — Section du Bahr Yousef au bassin Ninali.

vidange générale de tous les bassins qui se trouvent dans les provinces d'Assiout, de Minich et de Benisouef. Pendant Tétiage, il arrose, le long de son cours, une surface de 6 à 8 000 hectares au moyen de machines élévatoires. Enfin, en toute saison, il porte Teau nécessaire aux 128 600 hectares cultivés par irrigation dans la province du Fayoum. L'eau entre dans cette province par l'ouvrage régulateur d'el Lahoun situé à 276 kilomètres de louvrage de prise du Bahr Yousef.

Le Bahr Yousef est, non pas un canal artificiel, mais un véritable cours d'eau. Tandis que le canal Ibrahimieh poursuit son tracé dans le voisinage du Nil, c'est-à-dire en suivant les points hauts de la vallée, le Bahr Yousef s'éloigne vers l'ouest dès son origine et développe son lit sinueux et irrégulier au pied des pentes qui longent le désert, c'est-à-dire dans les points bas de la vallée dont l'altitude est d'un mètre environ inférieure au niveau des terres hautes rapprochées du Nil (voir pi. V).

Aucun ouvrage régulateur* n'est établi sur le Bahr Yousef entre louvrage de Dérout et celui d'El Lahoun ; il coule librement sur toute sa longueur. Son lit a une largeur de SO à 60 mètres en basses eaux et de 5 à 600 mètres en hautes eaux ; son débit maximum peut atteindre 3 à 400 mètres cubes par seconde (voir profil en travers, fig. 34).

* Cette situation est celle qui existait avant les travaux en cours pour la suppression des bassins d'inondation situés sur la rive droite du Bahr Yousef (voir chap. ix).

DESCRIPTION GÉNÉRALE DES CANAUX D'IRRIGATION i81

Distribution des eaux. — En amont de Dérout, le canal Ibrahimieh reçoit, sans aucun moyen de réglementation, toutes les eaux que lui apporte le fleuve. II lui en restitue le trop plein par le déversoir établi en ce point. Là s'effectue en outre la répartition des eaux entre la prise d'alimentation du bassin de Delgaoui, le Bahr Yousef pour le remplissage des bassins qui en dépendent et pour l'irrigation du Fayoum, les trois canaux Ibrahimieh, Déroutieh et Sahelieh qui servent surtout à l'irrigation, mais dont les deux premiers apportent également un tribut à Talimentation de la chaîne des bassins voisins.

Dans les années de basses crues, cette double alimentation présente certaines difficultés et il peut arriver alors qu'on ferme pendant quelques jours tous les ouvrages de Dérout, sauf ceux du bassin Delgaoui et du Bahr Yousef, de façon à réserver pour le remplissage des bassins toute Teau qui est amenée par le bief amont du canal Ibrahimieh. C'est ce qui a été fait pendant vingt jours en octobre 1899 pour sauver les cultures d'inondation ; mais le cas est très rare.

Une fois la crue passée, et tant que la prise du canal Ibrahimieh donne une quantité d'eau suffisante pour les besoins du Bahr Yousef et des canaux d'irrigation en aval de Dérout, la réglementation des eaux ne présente aucune difficulté et on laisse échapper par le déversoir du kilomètre 62 l'eau qui n'est pas nécessaire en aval. Ce déversoir est fermé lorsque, par suite de la baisse du Nil, le débit du canal n'est plus supérieur aux nécessités de l'arrosage, soit dans les mois de mars, avril ou mai suivant l'état du fleuve. On adopte alors pour la répartition des eaux à Dérout la règle suivante : on donne au Bahr Yousef le quart du débit total pour l'arrosage du Fayoum, et on augmente ce débit de 100 000 mètres cubes par jour pour les machines élévatoires établies le long de son cours. En réalité, il faut au moins 200 000 mètres cubes pour alimenter ces machines ; la différence est fournie au Bahr Yousef par les eaux d'infiltration'.

Si l'on prend, pour le tronc supérieur du canal Ibrahimieh, un débit d'étiage de 60 mètres cubes par seconde, qui correspond à peu près à la cote 45,50 m. à la prise, la répartition à Dérout donnera à peu près les chiffres suivants :

Pour le canal Ibrahimieh 37,5 mètres cubes.

— Bahr Yousef 16,0 —

— canal Déroutieh 4,0 —

— canal Sahelieh 2,5 —

Total 60,0 mètres cubes.

* Ces sources qui sont abondantes lorsque le Nil est encore haut, c'est-à-dire aux mois de mars et d'avril et qui peuvent alors fournir à l'extrémité aval un débit supplémentaire total de 10 à 12 mètres cubes par seconde (d'après des mesurâmes faits en 1889) ne donnent plus au moment de Fétiage que le quart de ce volume et même moins après les crues faibles.

Pendant la crue, avec un débit à la prise du canal Ibrahimieh de 600 mètres cubes, les débits des divers canaux à Dérout sont réglés comme il suit :

Canal Ibrahimieh, 150 mètres cubes;

Bahr Yousef, 300 mètres cubes ;

Canal Deroutieh, 50 mètres cubes.

Canal Sahelieh, 25 mètres cubes ;

Le reste du débit est reversé au Nil par le déversoir de Dérout ou envoyé dans les bassins par la prise de Delgaoui.

Agriculture. — La prise du canal Ibrahimieh dessert pour Tirrigation 106 000 hectares de terres situées le long de son cours, et, en outre, par le Bahr Yousef, 128 600 hectares irrigables au Fayoum, soit, en tout, 234 600 hectares. Elle devrait donc débiter pendant Tétiage une quantité d*eau minima de :

0,247 1. X 234600 = 57946 litres, soit 58 mètres cubes par seconde.

On a constaté que souvent ce chiffre n'est pas atteint. On ne peut alors se tirer d'affaire que par un bon système de rotations.

En ne considérant que la région de Tlbrahimieh proprement dite, qui s'étend dans les provinces d'Âssiout, de Minieh et de Benisouef (nous reviendrons ensuite sur le Fayoum) , les cultures d'été y occupent en moyenne 55 000 hectares, soit à peu près la moitié de la surface irrigable, et elles comprennent 21 000 hectares de canne à sucre, et 10 000 hectares de maïs d'été. Le coton se cultive surtout dans la province la plus septentrionale, celle de Benisouef.

En outre, pendant la crue, on y cultive du maïs ou du dourah sur 40 000 hectares.

Enfin, pendant l'hiver \ on y fait :

8000 tieclares de blé. 43000 — de fèves.

4900 — d*orge.

40000 — de fourrages.

65 000 hectares.

On recueille donc chaque année 160 000 hectares de récoltes sur une surface de terre de 106 000 hectares. La superficie des cultures est chaque année supérieure de 50 p. 100 à celle des terres. Dans le total des superficies cultivées annuellement, les récoltes d'été entrent pour 34 p. 100, les récoltes nili pour 45 p. 100 et les récoltes d'hiver pour 40 p. 100. Ces proportions se rapprochent beaucoup de celles que nous avons relevées pour le Delta.

* Chiffres donnés par M. Wiilcocks dans son ouvrage, « Egyptian Irrigation », p. 138.

DESCRIPTION GÉNÉRALE DES CANAUX D'IRRIGATION i83

PROVINCE DU FAYOUAP

Le Fayoum ne reçoit Teau du Nil qu'après qu'elle a parcouru les 62 kilomètres du canal Ibrahimieh compris entre Assiout et Dérout et les 276 kilomètres du Bahr Yousef qui s'étendent de Dérout à El Lahoun, soit en tout 338 kilomètres (voir pi. V).

La cote d'altitude du sol, qui est de 26 mètres dans la vallée du Nil à El Lahoun, tombe à 22,50 m. à Medinet-el-Fayoum et jusqu'à 43 mètres environ au-dessous du niveau de la mer sur les bords du lac Kéroun. Ce lac est sans issue ; il recueille le trop-plein des eaux d'arrosage de la province.

A son entrée dans le Fayoum, le Bahr Yousef est contrôlé par deux ouvrages régulateurs distants de 80 mètres. Le premier, construit en 1838 par Linant pacha et modifié depuis, comprend trois arches de trois mètres d'ouverture ; le second, très ancien, a aussi trois arches ; celui d'amont a été établi par précaution au cas où celui d'aval viendrait à manquer. Une forte digue empêche les eaux du bassin de Kocheicha, qui peuvent s'élever à la cote 27,80 m., d'envahir le Fayoum.

Un autre ouvrage régulateur de trois arches a élé construit, en 1898, sur le Bahr Youset à 12 kilomètres d'El Lahoun, en aval de la prise du canal El Selah qui arrose le contour nord du Fayoum, Vers le kilomètre 16, les deux canaux Garak et Nezlah se détachent sur la rive gauche et longent la limite sud de la province ; le premier donne de Teau dans une sorte de bassin entièrement fermé qui ne communique avec le Fayoum que par une passe étroite et qui s'appelle bassin el Garak. Puis le Bahr Yousef poursuit son cours jusqu'au kilomètre 24, à Medinet-el-Fayoum, d'où partent quatorze canaux principaux dans toutes les directions.

Ces derniers canaux peuvent être divisés en trois classes :

r Des canaux courts et à niveau élevé, qui arrosent les terres voisines du Bahr Yousef et de Medinet-el-Fayoum s'étendant approximativement au-dessus de la cote 18 mètres.

2^ Des canaux de longueur moyenne, qui arrosent les terres situées entre les cotes 18 mètres et 10 mètres.

3"* De longs canaux, creusés en ravins dans leur cours supérieur, et arrosant les terres situées au-dessous de )a cote 10 mètres dans la région du lac Kéroun.

Cette disposition des canaux donne de grandes facilités pour la répartition des eaux.

Un des avantages des longs canaux est que, dans leur partie supérieure,

i Se reporter pour la topographie du Fayoum aux pages 45 et suivante.

ils coulent tellement au-dessous du niveau du sol (jusqu'à 15 mètres), qu'on ne peut y utiliser leurs eaux pour l'arrosage qu'au moyen de machines élévatoires assez puissantes, qui ne peuvent être établies sans autorisation et dont le débit est limité de façon à ce que les terres d*aval puissent recevoir toute leau qui leur est nécessaire et ne soient pas affamées par les terres d'amont.

La répartition des eaux entre les branches d'un même canal se fait au moyen de déversoirs dont les longueurs sont proportionnées aux besoins.

La cote des eaux du Bahr Yousef, en aval des ponts d'El Lahoun, est de 24 mètres environ pendant la crue et de 22,50 m. en étiage.

Le débit moyen est de 15 mètres cubes par seconde pendant l'éliage, 33 mètres cubes pendant les eaux moyennes d'hiver et il peut atteindre 95 mètres cubes en temps de crue.

La surface cultivable du Fayoum est de 128600 hectares sur lesquels 22 000 hectares seulement reçoivent en moyenne des cultures d'été. Cette proportion est beaucoup moins forte que dans le Delta ou dans la région de ribrahimieh par suite du faible débit disponible pour le Bahr Yousef dans cette saison.

D'après les statistiques du Ministère des Finances, pour l'année comprise entre le commencement des crues de 1897 et 1898, qui 9 été une bonne année moyenne, les récoltes du Fayoum ont été réparties comme il suit :

Cultures nili.

Maïs, dourah 58420 hectares.

Riz 9300 —

Total .... 67720 hectares.

Cultures d^hiver.

Blé 2-2470 hectares.

Fèves 27 630 —

Orge 9 490 —

Fourrages et divers 39660 —

Total .... 99250 hectares.

Cultures sefi.

Coton 21650 hectares.

Canne à sucre 360 —

Légumes 3 220 —

Tolal . . . . 25230 hectares.

Jardins lliO hectares.

Total général 193 310 hectares.

On a donc fait cette année-là 193 310 hectares de cultures sur 128 600 hectares de terres cultivables ; mais la proportion des cultures d'été n'entre dans ce chiffre que pour un cinquième environ de la surface cultivable.

Les terrassements nécessaires pour Tenlretien des digues et canaux publics de la province s'élèvent en moyenne à 406 000 mètres cubes, dont 87 000 mètres cubes pour les digues et 319000 mètres cubes pour le curage des canaux, ce qui, à raison de 0,32 fr. par mètre cube, représente une dépense annuelle de 130000 francs, soit un peu plus de 1 franc par hectare cultivable.

En outre, pendant la crue, la corvée fournit 40 000 journées d'hommes à raison de 500 hommes en moyenne pendant quatre-vingts jours pour le gardiennage des digues et canaux, ainsi que pour la surveillance et la manœuvre des ouvrages d'art. En évaluant la journée d'homme à 1 franc, c'est encore une dépense de 40 000 francs par an, soit 0,31 fr. par hectare cultivable.

A ces dépenses, il faut ajouter les frais peu considérables d entretien des ouvrages d'art.

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