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PROVINCES COMPRISES ENTRE LES DEUX BRANCHES DU NIL

Les principes généraux qui viennent d'être indiqués ont aussi été appliqués à ces provinces, dont la surface cultivable est de 580000 hectares environ.

L'excédent des eaux d'irrigation et les eaux de drainage de ce territoire se déchargent dans le lac Bourlos, à l'exception des eaux provenant des terres comprises entre le Bahr Ghibin et la branche de Damiette. Celles-ci se déversent directement dans la mer, ainsi que celles fournies par une petite superficie située sur la rive gauche du Bahr Chibin.

Le lac Bourlos, en 1885, c'est-à-dire avant qu'on n'eût pris en main d'une façon sérieuse la question du drainage, recevait chaque jour, en temps de crue, par les divers canaux qui y aboutissaient, 41 500000 mètres cubes d'eau. Son niveau s'élevait alors à 1 mètre au-dessus du niveau de la mer du côté ouest et à 1,25 m. du côté est, cette surélévation étant due à l'effet des vents régnants. La culture s'arrêtait naturellement à la limite des terrains situés au-dessous de cette altitude.

Le premier travail entrepris, avant d'exécuter les ouvrages de drainage proprement dits, fut de construire sur les grands canaux d'irrigation des ouvrages régulateurs en nombre suffisant pour contrôler entièrement leur débit en temps de crue. Les derniers de ces ouvrages sont établis à la limite de la zone actuellement peuplée, soit à des distances de 30 à 40 kilomètres des bords du lac; les terres situées au nord de cette ligne étaient celles où les écoulements étaient mal réglés et qui présentaient plutôt l'aspect de marécages que de terres cultivables. Ces terres, dont la surface représente 122 000 hectares n'ont pu commencer à être mises progressivement en culture qu'après l'exécution des canaux de drainage ; elles sont arrosées par des embranchements partant des principaux canaux d'irrigation, en amont des ouvrages terminus dont nous venons de parler. En aval de ces ouvrages, les lits de ces grands canaux deviennent des colateurs auxquels aboutis-

sent les drains des terres hautes. Toutefois ces vieux chenaux rectifiés, endigués et mis à un profil convenable, n'ayant pas été suffisants, on a dû construire entre eux un certain nombre de canaux de drainage entièrement neufs.

Le lac Bourlos présente actuellement, en basses eaux, une surface de 75 000 hectares et, en hautes eaux de 150 000 hectares ; son niveau s'élève en temps de crue jusqu'à 0,60 m. au-dessus du niveau de la mer, avec laquelle il communique par une seule ouverture souvent obstruée par une barre de sable ; il est entouré d'une ceinture de terres incultes, trop marécageuses pour qu'on en ail commencé jusqu'à présent le défrichement et dont la surface est de 80 000 hectares.

Le système complet, dont les lignes principales sont indiquées sur la carte (pi. VI), comporte :

Deux drains qui se jettent directement dans la mer à l'est du lac Bourlos ;

Neuf drains principaux qui se déversent dans le lac Bourlos.

Quelques-uns de ces canaux d'écoulement sont très importants ; ainsi le drain formé par la réunion des biefs* inférieurs du Bahr Nachart et du Bahr Saïdi dessert à lui seul 142 000 hectares et peut débiter 32 mètres cubes par seconde.

PROVINCE DU BÉHÉRA

Le drainage de cette province s'effectue dans des conditions différentes de celles qui viennent d'être exposées.

Deux lacs, tout à fait indépendants l'un de l'autre, la bordent du côté du Nord : l'un, à l'est, le lac Edkou, qui a un débouché sur la mer ; l'autre, à l'ouest, le lac Mariout, qui est sans issue.

La province de Béhéra comprend 292 000 hectares cultivables dont 116 000 environ sont en cours de défrichement depuis l'extension des canaux de drainage. Il y a en outre 55000 hectares de terres basses, salées et marécageuses, qui sont incultes, dans le voisinage immédiat des lacs. Le drainage est dirigé vers chacun des deux lacs, les terres les plus hautes, c'est-à-dire celles qui sont le long du Nil et celles qui, du côté du désert, sont au-dessus de la cote d'altitude 2,50 m., évacuent leurs eaux dans le lac Edkou, tandis que les terres basses s'égouttent dans le lac Mariout, dont la surface est toujours maintenue au-dessous du niveau de la mer par Taclion de puissantes machines élévatoires.

Le lac Edkou est entièrement séparé par le canal Mahmoudieh du reste de la province, depuis le Nil à Atfeh jusqu'à la mer à Alexandrie, et le surplus des eaux du Mahmoudieh se déverse dans la mer à Alexandrie. Ce lac ne reçoit donc pas le trop-plein des grands canaux d'irrigation ; autre-

fois, pendant la crue, il recueillait, au nord-est, Tcxcédent des eaux du canal Fazzarah, dont le débit est aujourd'hui contrôlé par un ouvrage de prise sur le Nil. Il ne vient donc en réalité dans le lac Edkou que les infiltrations du sous-sol de la province et les eaux de drainage qui lui sont amenées par des canaux spéciaux. Sa surface est de 25 000 hectares. Pendant les années 1895 à 1900, son niveau maximum a varié de la cote + 0,52 à la cote + 0,80 ; il a lieu enhiver, Teffet de Tégouttement plus abondant des terres de la province pendant la crue se trouvant prolongé tant par suite de Tévaporation moins active dans cette saison que par les pluies littorales \ Dans les mêmes années, le niveau minimum, qui se produit en juillet, a varié de la cote — 0,20 à la cote +0,04. Le chenal de communication avec la mer se trouve fréquemment obstrué et il faut veiller avec soin à Tétat de cette barre, si on veut éviter un trop fort relèvement des eaux du lac en hiver.

Deux petits canaux de drainage recevant les eaux des terres situées au nord du canal Mahmoudieh se déversent dans la partie occidentale du lac ; le grand drain principal de la province aboutit dans la partie orientale. Ce dernier drain, qui s'appelle drain Edkou, dessert par lui-même tout le territoire qui borde la branche de Rosette, et, par un grand embranchement, le drain Kaïri, les plus élevées des terres situées du côté du désert (pi. VI). Ces deux canaux réunis égouttent une surface totale de 170 000 hectares. Ils traversent tous deux par des siphons, le canal Mahmoudieh. Le drain Kaïri a 24 mètres de largeur dans sa partie inférieure; le siphon par lequel il franchit le Mahmoudieh est formé de dix tuyaux en tôle de 1,83 m. de diamètre donnant un débouché total de 27,28 mètres carrés. Le siphon du drain Edkou est composé de 5 tuyaux de même diamètre avec un débouché total de 13,73 mètres carrés.

Il y a avantage à se servir le plus possible du lac Edkou pour le drainage, puisqu'il s'écoule dans la mer par gravitation, tandis que les eaux arrivant dans le lac Mariout, si elles sont trop abondantes, doivent en être enlevées au moyen de pompes. Mais, d'un autre côté, le lac Mariout étant toujours maintenu à un niveau inférieur à celui du lac Edkou peut recevoir les eaux provenant des terres d'une moindre altitude.

Le lac Mariout est séparé de la mer par un seuil rocheux; il couvre 28 000 hectares en basses eaux. Autrefois, le plan d'eau y variait entre les cotes — 3,30 m. en été et — 2,50 m. en hiver. L'évaporation compensait entre ces limites l'apport produit par l'égouttement de la crue et par les pluies de l'hiver ^

' Les vents régnants ont en outre une grande influence sur les niveaux de tous ces lacs. ' La pluie n'est pas un phénomène négligeable dans le nord du Oelta» car, à Alexandrie, il tombe, pendant les trois ou quatre mois d'hiver, une moyenne annuelle de 200 millimètres de

Mais, à la suite des améliorations introduites dans Tirrigation cl le drainage de la province, le niveau maximum s'est relevé peu à peu ; il avait atteint — 2,10 m. en 1892 et la situation ne fit que s'aggraver avec le temps, en raison des travaux exécutés pour augmenter encore Talimentation des canaux, pour faciliter Técoulement des eaux de drainage et pour rejeter dans le lac Mariout les eaux d'infiltration de Tancien lac d'Aboukir, aujourd'hui desséché et cultivé sur une surface de plus de 12000 hectares.

Le moment vint enfin où, pour prévenir un exhaussement du lac qui empêcherait le fonctionnement des canaux de drainage et qui noierait des terres considérables en exploitation, on fut obligé de recourir à Temploi de pompes à vapeur rejetant dans la mer le trop-plein des eaux.

Le lac Mariout reçoit actuellement le surplus des eaux d'irrigation et les eaux de colaturc de 122000 hectares. Dans sa partie méridionale aboutissent les extrémités des canaux d'irrigation Nubarieh et Hager, dérivés du rayahBéhéra et contrôlés d'ailleurs par des ouvrages régulateurs, et les deux drains Nubarieh etOumoum, qui ont des ramifications s'élendant jusqu'à 60 kilomètres de distance entre le canal Mahmoudieh au nord et le désert au sud. Enfin, le produit du drainage de l'ancien lac d'Aboukir s'y déverse par deux siphons construits sous le canal Mahmoudieh.

Pour évacuer les eaux surabondantes, de façon à ce .que le lac ne s'élève jamais au-dessus de son ancienne altitude maxima de — 2,10 m., c'est-àdire de façon à ce que les terrains riverains du lac ne se trouvent pas dans des conditions plus mauvaises qu'autrefois, on a établi sur la rive nord une grande usine élévatoire, avec un canal de fuite de 1 500 mètres environ de longueur entre les pompes et la mer.

L'histoire de cette usine est intéressante.

Une société anglaise avait obtenu la concession du dessèchement du lac d'Aboukir qui représentait une superficie de 12000 hectares. Pour cette opération, la société avait installé deux pompes centrifuges de 1,22 m. de diamètre, système Gwynne, pouvant élever en vingt-quatre heures 500000 mètres cubes d'eau à 4 mètres de hauteur et les envoyer dans la mer. Une fois les eaux enlevées et la mise en exploitation des terres commencée, le gouvernement accepta que la Société construisit deux siphons sous le canal Mahmoudieh pour écouler dans le lac Mariout les 250000 mètres cubes d'eau de drainage provenant journellement du sol de l'ancien lac. Les deux pompes centrifuges furent en môme temps cédées au gouvernement et transportées sur la rive nord du lac Mariout, en un point

hauteur d'eau. Or, chaque millinièlrc de hauteur deau tombée sur le lac Mariout correspond à un volume de 280 000 mètres cubes, ce qui représente, pour 200 millimètres de pluie, un volume d'eau de 56 000 000 de mètres cubes et cela sans compter Teau d'égouttement des terres voisines du lac sur lesquelles la pluie est également tombée. A cette époque de l'année, il ne s'évapore guère à la surface du lac que 1 000 000 de mètres cubes par jour.

appelé le Mex. La Société reçut 104000 francs pour le transport des machines, 36000 francs pour le creusement du canal de fuite et passa un contrat d'une durée de sept ans pour le fonctionnement de Tusine, avec engagement de pomper au maximum une quantité d'eau représentant 426 000 mètres cubes élevés à 4 mètres de hauteur par jour de vingt-quatre heures. Le gouvernement devait payer 13600 francs par an pour personnel et frais généraux, et en plus 1 170 francs par million de mètres cubes élevé.

Mais Tépoque où l'on faisait ces arrangements était précisément celle où les travaux d'irrigation et de drainage de cette région se développaient rapidement ; aussi, à peine l'usine eut-elle été mise en marche, on s'aperçût que, bien que les pompes eussent un débit très supérieur à l'apport des eaux du lac d'Aboukir, elles n'étaient pas suffisantes pour extraire du lac Mariout l'excédent d'eau provenant du reste de la province et pour maintenir le niveau maximum de — ^.2,10 m., qui avait été prévu et qui était reconnu être encore trop haut pour le bon fonctionnement du drainage.

On décida alors successivement de transporter au Mex d'abord deux, puis, plus tard, trois grandes turbines à axe vertical, qui avaient été installées en 1883, par la maison Farcot, à l'entrée du canal du Katatbeh pour rirrigation de la province du Béhéra et qui étaient devenues inutiles après l'achèvement des travaux du barrage du Delta et du rayah de Béhéra*. En 1900, l'usine comprenait les deux pompes centrifuges Gwynne et les cinq turbines Farcot, ces dernières pouvant élever 500 000 mètres cubes chacune en vingt-quatre heures ; la puissance totale disponible était donc de 3000 000 de mètres cubes par jour. Jusqu'en 1898, les pompes centrifuges fonctionnaient sous l'empire du contrat passé avec la Société d'Aboukir et les turbines Farcot en régie. Pour éviter la complication résultant de ce système mixte, le contrat avec la société fut résilié et depuis lors l'usine marche tout entière en régie, sous la direction des agents du gouvernement. On obtint ainsi une notable économie. Dans la saison 1898-99 le prix de revient du million de mètres cubes fut de 884 francs avec du charbon valant 32 francs la tonne. En 1899-1900, ii fut de 1203 francs avec du charbon à 43,60 fr.

Avec cette grande installation, le but qu'on cherche à obtenir est de maintenir le niveau du lac au-dessous de la cote — 2,40 m., cote à partir de laquelle les drains fonctionnement difficilement. Pour cela, la règle suivante est adoptée : lorsque la cote du lac dépasse — 2,50 m., toute l'usine est mise en marche ; lorsqu'elle est comprise entre — 2,50 m. et — 2,60 m. deux pompes centrifuges et deux turbines fonctionnent ; entre — 2,60 m. et — 2,70 m., deux pompes centrifuges seulement; au-dessus de — 2,70 m..

* Voir page IGO et aussi chap. X.

l'usine est arrêtée. Mais si, dans Thiver, malgré le pompage, le niveau s'élève au-dessus de — 2,40 m., les cotes indiquées ci-dessus sont augmentées d'autant, car les terrains qui ont été inondés à ce moment-là n'ont rien à gagner, pour le reste de la saison, à un abaissement du niveau du lac.

La saison de pompage commence en novembre et finit en mai et quelquefois en juin, suivant les années.

Dans la saison 1899-1900, les deux pompes Gwynne et deux turbines seulement étaient prêtes à fonctionner. L'usine travailla du 4 novembre 1899 au 4 avril 1900 et éleva 202987741 mètres cubes d'eau.

Dans la saison 1900-01, l'usine étant complètement terminée, toutes les pompes et les turbines furent mises en marche. Elle travailla tout entière pendant trente-sept jours, et cependant, le 19 janvier, le niveau du lac monta à — 2,18 m., soit à 0,22 m. au-dessus de la cote fixée comme maximum. Il est donc fort probable qu'on sera un jour ou l'autre obligé d'augmenter encore la capacité de l'usine. Le débit total des pompes entre le 29 octobre 1900 et le 17 avril 1901 fut de 316 693 3S3 mètres cubes, avec une dépense de 369 000 francs, représentant 1 265 francs par million de mètres cubes d'eau élevée avec une consommation de 6 000 tonnes de charbon du prix de S5,40 fr. * la tonne. La hauteur moyenne d'élévation fut de 3,02 m. Le lac Mariout servant au drainage de 122000 hectares, la dépense de pompage correspond à 3 francs par hectare.

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