‹ Les isolements, 1903-1904 (volume 2)Chapitre 23 sur 35 · L'ATTENTE · texte numérisé non relu

L'ATTENTE

Je luis comme ua soldat gui ne s'est pas battu . An-dessus du foyer j'ai cloué mon armure.

Je ae suis pas vainqueur, je ne suis pas vaincu. J'attends, et chaque soir mon attente est plus dure.

Je suis comme un guerrier anxieux du destin.

Je mange, à peine assis devant ma porte noire. Je me couche, et je songe, espérant le matin Trouver dans mon jardin une jeune victoire.

J'attends, mais rien jamais. .. Parfois tombe un fru Une hirondelle passe, et c'«3t toute la vie.

Grise de pluie ou bien peinte de vif azur...

Ma vie est triste et noble ainsi qu'une élégie 1

H Oovn tM mùiu «t prendi ce livre, il etl k toi, i (V. Hdoo.)

LSB ISOLBUBNTB

Gomme les bois aimés ii*étaieDt plus (rais ni verts, J'allais clore ma porte et ce livre de vers.

Lorsque le petit dieu fît tourner la barrière Du jardin dévasté qu'égaie un peu de lierre.

L'automne à Tborizon achevait un tableau.

Et l'amour hésitait; sa main sur ton manteau, Fermée et dure, ^tait comme une belle rose.

Blanche, élancée, avec cette grâce qui n'ose. Tu t'avanças au bruit du feuiUage rouillé Jonchant le sol durci du vieux parc dépouillé. C'était l'heure où du mont la nuit allait deEcendre. A mon foyer, criant et crachant dans la cendre. J'avais des compagnons sinistres quand tu vins. Ils sont partis, noua sommes seuls, tes yeux divins Ëclairent ma maison et mettent dans ma vie Un peu plus de noblesse et de mélancolie.

Ah I Souris-moi 1 La lune épie h nos carreaux. Notre seuil est vùUé par deux arbres égaux.

LES IBOLKHCHTS

ureaux dépolis brillent de froide lune.

Ah ] serrons-nous plus près du feu, msant bux vieux pins penchant leur tâte bnrne,

Dans i'azur vif, vaguement bleu.

est morl : les oiseaux, le soleil, le bocage. Nous sommes seuls, la lampe luit,

I blocs des maisons qui forment ce village Ont l'air de tombes dans la nuit.

nporle cette mort, ces demeures désertes.

Avec leurs lits, leurs pots d'étain,

étable où la chèvre aux lucarnes ouvertes Fixe un astre froid et lointain,

i]e cette saison par notre âme est choisie.

Et puisque, 6 mon immense amour,

'est un printemps aux effluves d'Asie, Que baigne l'onde d'un beau jour.

LES ISOLBHBHT3

Quand tu ris, ma maison s'emplitdes robes blanches Que tu portais, enfant, les dimanches d'ét4 Écrasas d'azur lourd et d'immobiles branches. De bouquets, de silence et de calme clarté.

Tu devais habiter auprès d'une fontaine.

Tes volets, en juillet, devaient être fermés, Puisqu'en mon âme passe une fraîcheur sereine Quand je touche en tremblant tes beaux bras parfumés.

Grande allé surprise au miUeu des feuillées Par l'orage léger d'un soir tiède, 6 mon cœur. Je sais que tu mangeas des framboises mouillées. Et que tes doigts rougis, c'est avec une fleur

An cahce empli d'eau, tuhpeou gentiane.

Que tu les as lavés, çt j'ai vu dans tes yeux Les lunes que tu vis à travers le platane Qui tendait à ton toit ses hauts branchages bleus.

Je remonte tes Jours, je découvre ta vie, Gomme toi, mon amour, quand par de tristes soirs. Sur la neige, rieuse et parle froid ravie.

Tu t'amusais jadis à suivre des pas noirs.

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