‹ Les isolements, 1903-1904 (volume 2)Chapitre 30 sur 35 · LA PEUR DU LAC · texte numérisé non relu

LA PEUR DU LAC

Amie, éloignons-nous de ce lac solitaire

Qui bat silencieux et sa coupe de. terre.

Et les tristes roseaux peuplant ses bords déserts.

Malgré toi je ne puis oublier certains vers.

J'ai peur du « Lac », j'ai peur de ce « Vallon » d'automne

D'où s'élève i jamais la plainte monotone

D'un cœur mal résigné qui vit l'amour finir.

Mais surtout, 6 surtout, j'ai peur du« Souvenir »,

C'est du bonheur qui fuit entre ses lignes sombres,

J'y vois, penchant leur front, s'y séparer deux ombres.

J'y vois encor, j'y vois toujours, aux derniers mots

Un homme aux blonds cheveux qui retient ses sanglots.

Courbé sur l'âtre éteint de quelque maison morte

Dont l'infidèle vient de refermer la porte.

Pardonne-moi, j'ai peur, portons ailleurs nos pas.

Cette barque est trop vieille et ne voguerait pas.

Elle n'a qu'une place et la r^e est perdue.

Viens-t'en, trop de fraîcheur monte du lac, ce soir,

Ton écharpe est légère et ton épaule est nue.

Et la lune d'argent est déjà descendue

De l'horizon nocturne au fond du bassin noir.

SOLSHINTS

Malgré que ce lilas soit vert Fiatche encore une brise passe, Nous sommes assis sur la place De ce vieux village désert.

La nuit en astres est fertile.

Mais te vent sou£EIe sur tes doigts, Et ta main est sèche et je crois Que je tiens une main d'argile.

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xvn

« Ce poète, disaient-ils tous, est recoeïlli, n contemple le soir, il est tranquille, il lit, Un rayon fait flotter eur son vieux Lamartine D'un rameau de laurier l'ombre épaisse et divine, Du monde qui l'entoure il ne fait aucun cas ; On l'a vu qui trempait dans le sang des muscats Sa plume, pour écrire & ses treilles chargées Un poème feuillu de strophes ombragées.

Il est calme, l'amour ne l'a point visité, n est grave et hautain ; sa fenêtre, en été, Ne s'ouvre qu'à la nuit, il allume sa lampe Quand la lune du mont blanchit l'antique rampe. Est-ce qu'on l'a blessé qu'il rêve ainsi tout seul. Ne souriant jamais, lorsque sous le tilleul Qui regarde sur l'eau ses feuilles en allées. Il rencontre, le soir, les filles des vallées ?.. . »

— Mets ta main sur mon cœur, mon amie, et dis-moi S'il est vrai que toujours, sans trouble et sans émoi. Je sois dans ma maison le même solitaire, Attentif aux rumeurs qu'ici-bas peuvent fiùre

et te renom qui des vers assemblés Uns le ciel, comme montent des blés eaux légers et les lotirdes colombes t les cyprès et les pierres des tombes, pas répondre 6 mon amour, dis-leur :

plus un poète. Il est un peu rêveur.

Mais c'est à moi qu'il pense, it jamûs, ce sera de son coeur Que viendra la cadence.

) qu'il aimait parfois giuette là-bas

Aux lisières des brancbes ; tiand je vins, mais elle n'avait pas

Mes belles formes blanches.

n'ai pas de livre et ne sais point de vers,

Mais je sois une chose, sur l'eau d'argent et sons les arceaux verts.

Quand s'incline une rose,

1 du bassin peut bien ta réfléchir

Eucte et colorée, l'ime apparence et le vent peut ternir Cette rose mirée.

mie d'un vers où tremble avec amour

La plus parfaite image,

1 le rayon de cette fin de jour

Sur mon jeune visage ».

D,g,l.2cd|v,G00gk'

LIS T80LSMENTS

Réponds-lenr, mon amie, et ferme les volets

Afin que nous soyons de tous plus isolés.

Si l'on veut, qu'on m'oublie et qu'on me laisse vivre.

Cette coupe de verre et ces gerbes de fleurs,

Mettons-les sur la table & la place du livre.

Dis, mais es-tu bien sûre au moins que sous le givre

Des étoiles, ce soir, ce ne sont point les pleurs

De la Muse par loi de ma maison chassée ?

Elle me consola quand rien ne m'était doux ;

Nous lui ferionsun Ut sous les toits, loin de nous,

A cause du vent triste et de l'ombre glacée.

LKS ISOLEUBHTS

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