‹ Les isolements, 1903-1904 (volume 2)Chapitre 32 sur 35 · LE VOYAGE · texte numérisé non relu

LE VOYAGE

nouveau. C'est le même voyage, du soir berce un petit nuage.

le ce voyage est beau !

c tout revoir, depuis l'antique auberge.

I cachés jusqu'aux troncs de la berge

)us voici de nouveau.

impa naissant retrouvons notre automne.

I c« bassin s'élive, monotone,

chanson de cette eau ;

1 chariot frôle en passant la borne. , .

me pâlie, en ostûllant s'écorne

IX rochers du coteau.

trefoîs un rameau de ce lierre, is assis sur cette sombre pierre, doux cœur, pour ôtet trochée à ta robe traînante, itier, le vieux sentier en pente I tu voulus monter.

Chaque chose est restée où nous l'avions laissée. Voici la cour hamide et l'égalise glacée.

Le tombeau délaissé Sous un rideau de mauve et de lourde glycine. Oh I comme ce village au pied de la colline

A gardé le passé !

Je croyais que jamais au même endroit du monde Ne revient le bonheur. Je croyais que cette onde

Où tu trempas tes mains Ëtait plus loin de moi qu'une lune sombrée.

Et ce soir je revois ton image adorée Dans ces mAmes chemins.

Je ne puis plus porter la soirée alourdie De trop de souvenirs et de mélancolie,

Car l'instant qui nous fuit Se gonfle da beau poids d'une saison sonnée.

Comme un muscat nourri des soleils d'une année

Se gonfle dans la nuit.

P&se, pftseplus fort sur mon bras qui défaille De soutenir, doux cœur, le fardeau de ta taille

Qui s'abandonne bien ; Vers la maison d'un jour où nous nous abritâmes Rentrons, nous souperons où jadis nous soapftnu.

Prés de l'Atre ancien.

LBS ISOLBMENTB

reux sont frïsBoananta d'un pur lever d'étoiles, ot du aoir s'apaise en touchant i tes voiles.

L'ombre est lourde d'amour ; tu rien qu'une femme, 6 divine, ô dorée ?

résence éblouit cette nuit azurée

Où le nuage court 1

oi je ne sais pas si sur cette planète, t jamais un cceur d'amant et de poète

Plus vaste que mon cœur ; tons-nous encore un peu, son poids m'accable, Bute nuit s'emplit d'un silence innombrable

Et toi d'une lueur.

» proches coteaux peuplés de cyprières, orment, s'iuclinant, les tribus éphémères,

Des fleurs qu'on ne voit pas, is astres d'argent, et ce ciel qui recule, irhres, ces pays baignés de crépuscule.

Ces murs et ces lilas,

nystères flottants, ces maisons et ces tombes, borizons voilés, ces ravins et ces combes.

Où fume un petit toit, plus légers pour lui que tes parfums dans l'ombre, ta gr&ce de femme et que ta forme sombre.

Et pisent moins que toi I

LBS ISOLEMENTS I^

Ceints de coquelicots et de feuillages verts.

Les centaures cliargeaient tout le long de mes vers.

J'étais fier d'animer les sombres assemblées

De strophes dont les voix s'en «liaient par volées.

Dans un poème court, touffu, mais plein d'odeurs

Comme un champ d'oranger, les faunes maraudeurs

Reniflaient en mordant au velours d'une alberge

Qu'ils avaient dérobée au verger de l'auberge ;

Et moi je me plaisais à les montrer, velus.

Avec leurs yeux guetteurs et gris, avec le jus

Des fruits qui ruisselait sur leur barbe pointue.

Et joyeux, quelquefois, sur leur épaule nue.

Je jetais mes manteaux, je les traînais, hagards.

Et nous sortions des bois et nous longions des parcs,

Ils étaient deux ou trois, marchant d'un pas rustique,

Et j'entrais avec eux dans une ville antique.

Et, pour rire, je les menais chez le barbier.

Leurs cheveux qui sentaient la sauge et l'arbousier

Je les foisais peigner à la mode des villes.

Et leur titfi de dieux et de rustres tranquilles

Était rousse et cornue au fond d'un dair miroir.

Puis nous rentrions en écoulant venir le soir...

l46 LIS IBOLXHIHTB

lais les mots qui forment des

de plus bleus que la lune aui

lis que l'azur des torreats, de

^hes des monts, et pour la &n des jours,

I jours d'él^, j'en possédais d'étranges

ptueux : dorés, grenat, oranges

aient pareils à ces petits flocons

eut le soir, d'autres étaient plus longs,

es, plus froids que les nuits tûvemales

sut les feux des étoiles plus pâles.

ut, j'étais fort à rouiller les grands bois,

sonner les arbres à la fois,

is fruits d'automne en mes cotl>eilles

lies vibraient les dernières abeilles.

vers ruisselaient comme de vieux pressoirs.

valent l'odeur des celliers par les soirs

>t brumeux qui suivent la vendange.

t oublié.

— Ta longue nuda arrange IX. C'est la nuit, je suis Ut pris de toi, ]ue la lune est au-dessus du toit, te des poouniers est ronde sur la terre endormi, tranquille et solitaire, iju'il soit divin ce n'est que du bétail jpssé dans l'ombre ardente da portail, orte vraiment toute ma métairie, : demi-jour tiède de l'écurie.

LES leOLBMBNTS l47

Qne me font ces moutons égaux dont je suis las. Ces croupes rousses de centaures, et là-bas, Au fond, passant sa tète k tnrers ta croisée. Four brouter un laurier tout luisant de rosée, Pégase méprisant le foin de mon grenier.

Et qu'un faune an poil blanc, comme un palefrenier Caresse doucement d'une paume vermeille Des muscats grapîllés aux arceaux de la treille ? O doux coeur, ce troupeau n'est dans mon bois sacré Qu'un sauvage bétail i présent efi^ De voir que le joueur de pipeaux abandonne Ses roseaiu; chevrotants et sa verte couronne. Et brucotaquas, boucs, montons et grand Cheval, Et satyres assis dans les grottes du val Pareils aux meadianta sous les porches, la harde Qui me vit toujours seul s'étonne et te regarde. Tandis que délaissant les vastes prés heureux t L'une apris l'autre vont les muses famihères. Dont on voit par instant flotter les voiles bleus. Entre les fftts bronzés des hautes cyprières.

LIS ISOLBHBRTS

atour de ces fruits semble plus douce encor.

notre chambre où du silence dort it et pur comme un coin de clairière il jamais n'arrive la lumiire.

mes seuls. Tes mains sous des rayons tremblants me visage et tes bras ronds sont blancs, es coteaux est comme une fumée. . .

1 lune passe k présent sur tes dents...

1 grande nuit de fraises parfumée !

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