TIEDES PENSERS
Le venta tout le jour gardé par le village
Son troupeau de poussière; à présent le feuillage
Est embué de givre, et vaguement mouillé.
Parce qu'il est trop vieux, le sentier est rouillé.
Je sens combien la vie et les choses sont tristes,
Et je songe à des cieux orangés, améthystes,
Sur une ville, au long d'un canal de vermeil.
Le fer des hauts balcons est doré de soleil,
Un plat fume aux bras roux de quelque Brabançonne,.
Dans un intérieur tendu de vieux cuir jaune
Où des convives bien vêtus, assis en rond,
Mangent ; je pense encore à quelque midi blond,
Aux vaporeux parfums des eaux et des ramures,
A l'azur immobile au-dessus des cultures,
Aux cueilleuses au cœur touffu des figuiers lourds,
Et dont les voix, se répondant aux fins des jours,
Emplissent les vallons de choses féminines.
Et je songe aux soirs chauds caressant les collines
De Fiesole, où sur l'herbe épaisse des vergers
De citronniers, de pins parasol, d'orangers,
Les robes de satin des dames de Florence
Font des ronds, cependant qu'un cardinal commence
L'histoire d'un vieillard que trompe un capucin.
J'entends rire Boccace et je sens l'air latin,
Et j'aperçois, debout et calculant ses poses,
Sur les trésors croulants d'un grand ciel rougeoyant,
Le conteur revêtu de pourpre, s'appuyant
Contre un tronc de cyprès enguirlandé de roses.