‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 19 sur 76 · SOIR ORAGEUX · texte numérisé non relu

SOIR ORAGEUX

Là-haut, le ciel livide est un vaste bercail Où le vent, ce berger, parque le noir bétail Des nuages fuyant dans un tumulte immense. Ici, c'est le soir lourd d'orage et de silence, Sur des pays déserts faits de moutonnements, De croupes, de rochers aux durs herrissements D'abîmes, de vallons où personne ne passe, De ravins si cachés, que dans leurs trous s'amasse Un peu de chaque soir qui tombe avec regrets. Et moi je suis au pied d'un funèbre cyprès, Comme un tronc ruiné, comme un roc solitaire-, Béant de regarder vers l'horrible lisière D'un bois en pente et couronné d'un porche noir Ouvert sur l'infini, sur les terreurs du soir, Un arceau dévasté, porte sombre où, peut-être, Du fond du val empli de terreur, je vais voir Un être fabuleux, tout à coup, apparaître!

Page 1