LE PETIT FAUNE
A. J. de Vitrolles.
Plus roux que les feuilles fanées, Un petit Faune a traversé La place de Corinthe, et c'est La veille des Panathénées.
Le soir bleuit. Sous un vieux pin, Une grande blonde robuste Fait jaillir, dévoilant son buste, Le globe pur d'un sein divin,
Elle allaite son enfant brune ; Mais voici que, boitant un peu, Le petit satyre à l'œil bleu Vers ce groupe, au clair de la lune,
Marche en sautant et veut téter, Et la belle femme rieuse Lui donne sa gorge neigeuse ; 0 nuit corinthienne d'été !
Et derrière l'arbre, une Muse Admire la femme allaitant, Sous le pin orphique et chantant, La face sournoise et camuse.
Et la blonde rêve en sentant Sur sa ronde poitrine nue, La barbiche déjà pointue Et soyeuse de l'iEgipan.