‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 21 sur 76 · FENÊTRE OUVERTE · texte numérisé non relu

FENÊTRE OUVERTE

A ma fenêtre grimpe un rosier qui l'embaume; Dans les ondes du soir nage un dernier arôme; Des boutons de jasmin, sur mon seuil effeuillés, Exhalent doucement leur âmevaporeuse; Je vois un vol d'oiseau, j'entends la source creuse; Le vaste bois frémit de ses rameaux mouillés.

La ligne des coteaux se fond dans la lumière ; Je vois fumer le toit penché d'une chaumière ; Je vois un cyprès droit, une fille qui vient, Et tout l'azur du soir tremble autour de sa grâce ; Elle est grande, elle est blanche, elle rit, elle passe, Elle est loin, la nuit tombe, il ne reste plus rien !.

Il ne reste plus rien. Mais la lune imminente,

Sans paraître, blanchit le contour d'une pente.

L'étoile à se lever hésite et tremble aussi.

O belle heure, muguets dans un vase de verre,

Jeune tête éblouie, ô passante légère,

Je ne sais pas pourquoi je songe au vieux Vinci !

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