A DIDEROT, DANS LE FEUILLAGE
Sur les verts marronniers doit s'amasser l'orage. Vous regardez assis, perdu dans le feuillage,
Ce ciel pommelé se couvrir, Moi je porte mon cœur, et je vais et je souffre, Tout courbé sur moi-même et voyant, sombre gouffre,
Mon ciel intérieur noircir.
Ah ! Diderot, ah ! philosophe ! La feuillée Bat votre front serein, et légère et mouillée,
Tourne une ronde autour de vous.
Je n'aime que les vers et ne vous connais guère, Et si je reste là près du socle de pierre,
C'est qu'un peu de repos m'est doux,
C'est que vous m'avez plu, caché dans la verdure, Ayant l'air inquiet de savoir si s'azure
Le soir de mai changeant et gris:
C'est que j'aime surtout le bronze des statues, Et ces tendres rameaux flattant vos tempes nues ;
C'est que surtout, loin de Paris,
J'ai comme vous un vieux fauteuil sous une treille, Où j'écoute vibrer autour de moi l'abeille,
Dans les grands silences du soir, En été, quand la pluie à l'horizon voyage, Et qu'en passant le moissonneur prudent et sage
Me dit : « Il va bientôt pleuvoir. »
Paris, mai, boulevard Saint-Germain.
MUS^ LUDENTES
Vous yous êtes moqué, mes Muses étoilées,
Du candide rêveur.
J'étais sorti, marchant dans le fond des vallées,
Et cherchant une fleur.
Et je sais maintenant que vous êtes venues,
Car vous avez laissé Le long parfum troublant de vos épaules nues
Où vous avez passé.
Dans mon vieux cabinet, on dirait, sur mon âme.
Que devant les miroirs, Haussant ses deux bras nus, une très jeune femme Peigna ses cheveux noirs.
Vous avez bousculé tous mes livres moroses
Et faussé le loquet; Ce portrait de Hugo n'était pas là, des roses
Manquent à ce bouquet.
Et peut-être qu'autour de cette table assises Serrant vos blancs genoux,
Vous frissonniez, sentant les haleines des brises Sur vos dos creux et doux.
Mon fauteuil a ce soir de divines mollesses,
Et semble tiède encor, Et j'y sens au dossier toujours dur, ô Déesses,
Vos soyeux cheveux d'or.