‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 24 sur 76 · L'ERMITE · texte numérisé non relu

L'ERMITE

« Et il venait chaque jour de nouveaux chacals. » (A. France: Thaïs).

Je suis pareil au cénobite Sur le rivage d'une mer; Voici la lampe de l'ermite, Les escabeaux, le lit désert.

Je vois parfois de ma cellule, Quand j'ai fini l'œuvre du jour, Sur le fond bleu du crépuscule, Passer les fdles de ce bourg.

Roses des cieux, aube vermeille, Enchantements de l'Orient, Nuit éblouie où Dieu sommeille, Je vous contemple en souriant.

LES ISOLEMENTS fyj

Mais, ce soir sous la lune énorme Qui projette sur le gazon L'ombre légère d'un vieil orme, Silencieux, dans ma maison,

Est entré, grave et diabolique, Un maigre chien pensif et noir, Qui me fixant d'un œil oblique, Est devant moi venu s'asseoir.

Et je pense à ce moine austère, Au bon Paphnuce au fond du val, A sa cabane solitaire, A ses longs jours, à ce chacal

Qui le guettait au clair de lune Pour le péché le plus léger, Lorsque la nuit comme une brune Embaumait l'ombre et le verger,

Et les alcôves de feuillages, Aux mois terribles des étés Qui peuplaient les rêves des sages D'asiatiques nudités.

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