LA MONNAIE DU SOLEIL
Le soleil a jeté sur ma table vermeille
Les pièces d'or qu'il frappe en traversant la treille.
Elles brillaient, sans effigie, et j'ai pensé
Que de cet or tremblant par quelque dieu lancé
J'allais payer mon verre aux légères servantes,
Et que ce dernier soir aux lumières mourantes,
Pour passer l'hiver triste et froid, m'avait jeté
Ce soleil monnayé par le couchant d'été
Les feuilles vont remplir les fentes de la roche,
Le vent qui voyageait lentement se rapproche,
Et le bois deviendra bientôt silencieux.
La fine pluie autour de mon jardin brumeux
Assiégera bientôt le cristal de ma vitre,
Et par les matins vifs tout saupoudrés de givre,
Les brindilles du sol craqueront sous mes pieds,
Quand avec mon manteau j'irai par les sentiers.
Le soleil dépoli dans le brouillard rougeâtre Veillera ma maison, et moi, près du vieil âtre Approchant mes cahiers, ma table et mon fauteuil, Je laisserai languir les frimas à mon seuil, Et dans la vaste nuit hivernale où tout sombre : Bois noirs ne sachant plus si les oiseaux dans Fombre Du printemps ont chanté, monts fauves et pelés Qui regardaient en août les richesses des blés, Et qui ne voient plus rien vers la sinistre plaine ; Dans la nuit de l'hiver, moi, d'une âme sereine, Me souvenant des prés et des moissons encor, Je graverai de beaux, de larges paysages, Des profils souriants à travers des feuillages, 0 soleil du couchant, sur tes médailles d'or !