LA DEPOUILLE
Dans le fond d'un ravin caché, Sous une pierre retenue, J'ai vu ce soir, la peau velue De quelque vieux bouc écorché.
Le mystère nous environne; Qui peut savoir ce que la nuit, Quand aucun astre au ciel ne luit, Accomplit dans les bois l'automne ?
Etait-ce là sous ce roc nu, La peau d'un bouc ou d'un satyre, Que nul jamais n'entendait rire, Et que personne n'avait vu,
Et que les bûcherons qu'abrite La ramée avaient mis à mort, Tandis qu'il récitait encor Quelque morceau de Théocrite ?
DE PULCHRITUDINE RERUM
Vous êtes frais et clairs, ruisseaux entre les saules, Et plus que les yeux bleus vous êtes bleus, azurs, Et plus que les bras blancs et les blanches épaules, 0 lis, vous êtes purs !
Les groseilles des bois qu'ignorent les abeilles, Jeunes filles du bourg, sont plus vierges que vous, Et les roses sont plus que vos lèvres vermeilles, Et leurs parfums plus doux.
J'ai trouvé près d'une eau de hautes digitales, Je connais des bleuets au pied de murs croulants, Qui savent des secrets, des lois à rendre pâles Les plus fameux savants.
Et vous encore, ô pins, ô mélèzes des cimes, Châtaigniers abritant des bêtes dans vos trous, Ormes tordus par le vertige des abîmes Où rêvent les hibous.
Et toi surtout, laurier touffu qui te recueilles, Lorsque vient des coteaux le vent profond du soir A qui tu tends, tremblant, et ton bois et tes feuilles, Et ton vaste front noir.
Vous êtes plus émus, arbres, et plus poètes Que quelques-uns qui vont en chantant leurs malheurs, Leurs amours, leurs regrets et qui penchent leurs têtes, En parlant de leurs cœurs.