‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 30 sur 76 · A MOUNET-SULLY · texte numérisé non relu

A MOUNET-SULLY

Le soir grave accablait ton désespoir, Œdipe ! Un vert feston de myrte enguirlandait un cippe, Les monts Thébains tremblaient dans une poudre d'or, Et des oiseaux passaient plus haut que ce décor. Malheureux, malheureux ! . . .

Assis sur une pierre, Dans mon regard tenait l'enceinte tout entière, Comme un cirque boisé qu'on voit du fond d'un val. Mais toujours occupé d'un rêve impérial, Je t'ai laissé partir avec ton Antigone. Les grands vers n'ont été qu'un peu de vent qui sonne Dans le pin ignoré qu'un mouton n'entend pas. Et sous le ciel vineux du soir presque lilas, Les acclamations montant comme une houle J'ai longtemps contemplé les gradins et la foule, Les soldats, les milliers de femmes, entends-tu, Les milliers de fronts blancs sous le vaste azur nu,

Les milliers de bras frais, de seins gonflant les voiles, Les milliers d'yeux plus loin de moi que les étoiles, Les milliers de baisers captifs et tant d'amour Que malgré ta douleur je suis demeuré sourd, Et comme un roi vaincu qui se souvient encore, En mangeant un pain noir et dur dans le désert, Des fêtes, des banquets où le trouvait l'aurore, Et des reines aux bords parfumés d'une mer.

Arènes de Nîmes, 26 juillet.

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