LE TROUPEAU
En des vallons mélancoliques, Je garde en jouant de grands airs, Troupeaux vagues et symboliques, Les mots légers sombres ou clairs.
Après eux je cours sous les saules, Vers les rivières et parfois Je vois de neigeuses épaules Et des linges séchant aux bois.
Il en est de plus indociles Et de plus vifs que les chevreaux ; J'en sais qui sont toujours tranquilles, Et sommeillants au bord des eaux.
J'ai quelques boucs dans cette troupe, Que l'on voit dans les sentiers creux, Toujours dressés sur quelque croupe Marchant toujours au devant d'eux.
Et chaque soir je les rassemble, A l'heure émue où le coteau Sous Tétoile s'embrume et tremble ; Et derrière tout mon troupeau
Je vais très droit et solitaire, Dans le bruit des piétinements, Apercevant dans la poussière, Devant moi, des moutonnements
De dos blancs et de laine noire, M'arrêtant quelquefois pour voir Une chèvre qui semble boire Des étoiles à l'abreuvoir.