ANDROMAQUE
'E>tTop, éyw ôû<TT7)vo; (Homère).
Grande esclave royale, éplorée Andromaque,
Cherchant pour y cacher ta vie élégiaque
Le silence et la paix, tu t'es venue asseoir,
Plus pâle dans le deuil de ton long voile noir,
Sur ce banc reculé qu'un vieux myrte décore.
Un rayon défaillant caresse l'herbe encore.
Tu songes aux baisers héroïques d'Hector,
A la lampe d'albâtre, aux têtes des clous d'or
Qui brillaient à ton lit lourd de cèdre et d'ivoire,
Quand la ville dormait mystérieuse et noire,
Et que dans le palais qui regardait le mont,
Vous formiez, noble épouse, aux bras du guerrier blond^
Un groupe radieux comme l'allégorie
De Mars et de Vénus à la bouche fleurie.
Tu songes... Le soir meurt sur les marbres plus blancs,
Et murmure à mi-voix dans les arbres tremblants,
Et l'antique nuit bleue arrive avec son ombre. Sur le gazon, ton pied sort de ton voile sombre, Et ta jambe robuste est claire, et ta beauté, Sous le casque d'airain par la lune argenté, Fait luire les yeux noirs du soldat immobile, Taciturne gardien de ce jardin tranquille. Sans doute que pour lui des parfums inconnus Montent de tes cheveux et de tes beaux bras nus, Tu le troubles... il croit, ô malheureuse reine A la mélancolique et pure majesté, Que sur ce banc qu'ombrage une branche sereine, Une immortelle en deuil goûte la nuit d'été.
« Et me facere poetam
« Piérides; sunt et mihi carmina; me quoque dicunt
« Vatem pastores. »
Virgile ( Bucolique IX)
Vos voix épouvantaient, ô Maîtres, le silence, Et le siècle pour vous fut comme une arche immense Dont l'écho résonnait du bruit que vous faisiez. On vous montrait d'un doigt orgueilleux, vous alliez. Chateaubriand, avec sa cargaison d'images, Voguait et ses amours illustraient les rivages, Les fleurs de l'Alhambra, les œillets, les jasmins Que la comtesse avait écrasés dans ses mains Parfumaient son sommeil et ses rêves encore, Lorsqu'il dormait au bord delà mer d'Epidaure. On entendait Hugo rire et chanter, le soir, Comme l'on entendait sur le Ménale noir, Le sylvain familier de ces gorges antiques Charmer de ses pipeaux les nuits mythologiques. Dont l'azur vaporeux argentait les halliers ! Les mulets à présent broutent les saints lauriers, Et ce n'est pas la voix qui décroît, mais, stériles, Les échos dominés par quelques rumeurs viles
Sont impuissants, et nous, pareils à des enfants,
Nous écoutons mourir et sombrer dans les vents
Nos chants que vers à vers une rafale emporte.
Votre orgueil est en nous, pourtant ; quand notre porte
S'ouvre sur le chemin, nous y cherchons en vain
La couronne tressée et le rameau divin,
Et les foules d'où sort une gloire laurée.
Ah ! vous avez senti votre face empourprée
De triomphe, et pareils à de doux empereurs,
Vous commandiez aux mots, vous commandiez aux cœurs,
Et ceux qui vous aimaient auraient fait des armées...
L'automne avec le soir passent sous les ramées, Je suis là, recueilli devant ces voyageurs. Ma vigne, du pressoir a les rouges couleurs, Et je me suis assis sur les feuilles sanglantes. Les frondaisons là-bas élèvent, murmurantes, Une plainte sans fin de la vigne au coteau, Le vent plus vif a l'air de couler comme une eau, Inondant chaque branche, écumant à chaque arbre. Seul un feston de lierre est vert autour d'un marbre. Je suis là ; tout m'ignore, et le ciel anxieux Attend, je le sens bien, l'heure grave et lunaire, Et j'écoute gronder dans mon cœur solitaire Un orage éperdu de vers tumultueux.
Les Beaumes, septembre.
C'est vrai, j'ai mené le satyre Chez le barbier qui s'en moquait, J'ai fait suer Neptune au quai Et sur le môle de Corcyre.
Chez le vieux maréchal du bourg Qui travaille sous une treille Où sans fin bourdonne une abeille, J'ai conduit à la fin du jour
Mes centaures pour qu'il les ferre ; J'ai mis sur les cheveux dorés Des Muses dans les bois sacrés, De naïfs chapeaux de bergère.
J'ai maltraité la majesté Des dieux et j'ai, sous des tonnelles, Senti la peau des Immortelles Parfumée et moite en été.
Mais, j'ai pourtant dans ma prairie, Sous les lauriers au bord des eaux, De grands cortèges triomphaux Qui chanteront sur la Patrie.