LA MUSE DE L'AUTOMNE
La Muse de l'automne est une belle femme
Rousse avec des raisins dans les cheveux, son âme
Rêve dans ses grands yeux pensifs comme le soir.
Sa tunique est de pourpre avec un feston noir,
Elle montre en marchant ses fortes jambes blanches.
Hier, elle m'apparut quand j'ouvrais sur les branches
Et les pampres rouilles mes carreaux de vermeil.
Elle est entrée avec un rayon de soleil.
Dans mon fauteuil de bois, je la voyais, dorée,
Au bord de la croisée, et sa tête éclairée,
Sur l'azur vague et bleu vaporisant les monts,
Se détachait très nette et ses larges yeux blonds
Reflétaient mes portraits et mes livres d'étude.
Je la voyais ainsi. Dans cette solitude,
Ses sœurs m'ont visité, mais celle de l'avril
Faisait sonner les murs de son chant puéril,
Et celle de l'été courait dans le blé fauve,
Et me troublait, laissant des roses dans l'alcôve,
Et dormait comme dort une riche moisson. Mais elle, parfumant ma petite maison, L'emplit de sa beauté recueillie et tranquille. J'ai devancé le jour. Un calme rayon d'or Poudroie aux dos noircis des livres de Virgile, Et j'entends vaguement qu'elle sommeille encor.
G'G. Septembre
L'orage dans le bois vous a toute surprise. A votre grand chapeau des bouquets effeuillés Ruissellent, vos cheveux sur votre robe grise Ont l'humide parfum des feuillages mouillés.
Secouez en riant les gouttes de l'orage. Vos rubans de velours ont des boules d'argent, Et vous êtes pour moi comme un site sauvage, Comme un massif de fleurs sous un azur changeant.
Vous êtes un massif frais de roses trémières, Et de ces fleurs des prés dont les noms sont jolis, Un massif d'iris clairs et de douces-amères, Un rideau de verdure aux corymbes pâlis,
Protégeant le sommeil des légers hoche-queues, Sur les azeroliers encor tout luisants d'eau, Et je vois dans le champ de vos prunelles bleues Tout le ciel délicat qui se remet au beau.
Les Belles Branches. — Septembre.