‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 41 sur 76 · HIVERNAGE · texte numérisé non relu

HIVERNAGE

Mon feu rougit les vitres closes, Pourquoi mon cœur se souvient-il Des premières brises d'avril, Des soirs de juin, du sang des roses?

Ma servante vient. Dans les plis De sa robe sombre elle apporte Le froid de la Nature morte, Et des grands horizons pâlis,

Une lune glacée argenté Les ruisseaux durs comme du sel, Les pins qui dorment dans le gel De la nuit vive et transparente.

Et n'étaient mes livres dorés, Ces tableaux et le thé qui fume, Ce bon feu de bois qui parfume Ma chambre, et ces murs éclairés,

Je pourrais, tant tout est tranquille, Tant je suis retiré du bruit, Croire que je vis une nuit D'hiver, dans un cloître, en Tan mille.

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