‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 46 sur 76 · SOIR PAÏEN · texte numérisé non relu

SOIR PAÏEN

à Mlle Jenny de laFatette.

Les montagnes, ce soir, sont pleines de centaures Qui galopent et rient sous les grands pins sonores,

Pour égayer les satyreaux Qui mêlent leurs toisons et s'exercent aux luttes, De vieux faunes barbus d'argent taillent des flûtes

Inégales dans des roseaux.

Au fond du val que baigne un mauve crépuscule, Las des travaux sanglants et meurtriers, Hercule

Pacifique guide le soc ; Cérès derrière lui suit la belle charrue, Et Diane soudain, claire, pudique et nue,

Bondit et brille sur un roc.

IOO LES ISOLEMENTS

Térébinthes, lauriers, sycomores et chênes, Forment une avenue où sourdent des fontaines,

Où vont les Immortels heureux ; Et voici que blancheurs timides, à l'orée D'un vieux bois que rougit une barre pourprée,

Les muses marchent vers les dieux.

Chaque feuille frémit, le bois en pente douce Accompagne le choeur, leurs pieds blancs sur la mousse

Se posent comme des ramiers, Le vent de l'hymne passe et soulève leurs voiles, Et chaque éclat de voix fait monter des étoiles

De l'horizon noir de lauriers !

LES ISOLEMENTS IOI

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