LE FOYER DE L'AUBERGE
Le feu vif de l'auberge où, près de moi pressée, Tu tendais tes deux mains et ta tête glacée, Dans la salle déserte est éteint sûrement, Tandis que dans mon âme est un âtre dormant Où ton beau souvenir se chauffe, bien-aimée! Et l'église ancienne et toute parfumée De siècles de silence, et la petite cour Dont nous longions le mur à la fin de ce jour, Sous les feuillages morts, les tombes délaissées Dans leurs grilles de fer, et les ailes lassées De ce dernier corbeau qui ramait lourdement Vers la lune, à travers un vieil arbre montant, Nid d'or de Foiseau noir dans les ramures nues ; Tout, le vent de la nuit qui balayait les rues, Ce décor passager, les tristes feuillaisons, Les pas d'un voyageur sur la route, horizons, Souvenirs, vols d'oiseaux, désirs, mélancolies, Tout ce qui fut nos jours, notre joie et nos vies,
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Retrouve-le, mon cœur, ici, parmi ces mots ! J'ai rassemblé ces vers ainsi que des fagots ; Qu'ils brûlent à jamais comme en l'hôtellerie Ce feu qui ravivait le cuivre des vieux pots, Brûlait devant ta main transparente et rougie.
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Peut-être existe-t-il dans mon âme lyrique Une corde rebelle aux doigts des muses d'or, Je sens que tu t'émeus et que gronde un cantique, Mais si je l'entonnais, te reverrais-je encor?
Dis, si de notre amour c'était le chant du cygne? Si le rêve divin ne durait qu'un beau vers Où ton nom de cristal monterait dans la ligne Gomme un bleu liseron parmi des rameaux verts?
Pourrais-je même, amie, en un vallon d'automne, Réciter, cependant qu'à l'horizon dormant Un bois déjà rouillé tremble et se découronne, Les vers du Souvenir et de l'Isolement ?
Je sais bien, je sais bien que Dieu donne aux poètes Le semblant d'un bonheur qu'il retire soudain, Et qu'ils sont des enfants dont les faces muettes S'étonnent que 'oiseau qu'ils tenaient dans leur main,
Rapide, à l'horizon où le vieux chaume fume, S'enfonce lentement, vague et petit point noir, Tandis qu'ils ont encor une tiédeur de plume A leurs doigts refermés que va glacer le soir,
Mais je ne puis pas croire, ô ma divine amie. Que les destins t'envoient ainsi pour animer, Dans un cœur envahi par la mélancolie, Quelques vers endormis, que tu ne m'as aimé
Que pour qu'un cri d'un bout à l'autre de mon livre Retentisse et se mêle au sombre et triste écho Des sanglots de Musset, lorsqu'il s'en allait ivre, Par les beaux soirs fiévreux de son affreux Lido,
Titubant et défait, tandis qu'au ciel tragique, Déclinant longuement et sanglant comme un cœur, Le soleil s'enfonçait au gouffre Adriatique, Pareil à son amour plongeant dans la douleur !
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