FRAGMENTS
A mon frère Arthur Larguier.
Il a fait mauvais temps au jardin cet hiver, J'ai trouvé plus d'une figure,
En morceaux sur la terre dure
La gelée a brisé la coupe avec la main,
Et ces formes blanches et belles,
Mon chien va les flairer au détour du chemin, Comme des débris d'écuelles.
Afin de les dresser j'ai sué tout un jour,
Pour qu'on les voie et qu'on les touche ;
Des satyres n'ont plus de cornes et l'Amour Et sa mère n'ont plus de bouche.
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J'avais sculpté mon buste et n'ai vu qu'un morceau
De mon front travaillé par la glace et par l'eau Près de la plus belle statue.
Mais je veux respecter et laisser à jamais Ces ruines sous ces ombrages.
— Au bord de l'Hèbre
Un matin hyperboréen où le soleil
Barrait les troncs luisants et noirs d'un trait vermeil,
Une bacchante rousse et toute décoiffée,
Levant la tête pâle et sanglante d'Orphée,
La jeta dans les eaux aux tourbillons glacés.
Du sommet de mes vers en falaise entassés
J'ai lancé mon cœur lourd.
— Du haut de la falaise Que boisent le sapin, l'érable et le mélèze, Il bondit, et les rocs des strophes l'ont brisé. De l'éclat matinal d'un grand ciel irisé,
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Aux pieds des rocs cruels le poème s'azure ; Et cette mer mystérieuse qui murmure Longuement, vaguement, d'un clapotement bleu, Reçoit le cœur meurtri qui la rougit un peu .
Dans ce vase de lait écumeux, j'ai jeté
Quatre coquelicots, honneur, belle parure
De ma haute moisson dont j'entends le murmure,
Sous le ciel de midi, par un grand jour d'été.
« J'aimerais mieux, plus grand sous des larmes viriles, Pour prouver la vertu gravir un Golgotha, Ou pour le droit sacré tomber aux Thermopyles, Que de blêmir tremblant sur la Fornarina. » Sully-Prudhomme.
Ce cœur de dieu brisé dans l'humaine poitrine D'un artiste amoureux et défaillant aux pieds De la couche où dormait la blonde Fornarine Près d'une corbeille d'oeillets ;
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Un beau soir glorieux de baigner dans la ville Michel-Ange sortant, de la glaise à ses mains, Et les lauriers latins abritant un concile Rouge de cardinaux et blanc de corps romains,
Ce cœur en se brisant, comme une horloge marque Un grand moment de l'âme et de l'humanité, Et malgré la vertu, la patrie et Plutarque, Moi, je préfère, en vérité,
Ce cœur qui meurt d'amour, d'idéal et de rêve, A ces bandes tombant dans un ravin désert, Tandis qu'un vieux satrape endormi se soulève, Regardant le combat, ses bagues et la mer.
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Un dimanche d'hiver, pesant et gris, m'assiège.
Des traces de sabots cheminent dans la neige,
Les rochers accroupis sous leur pâle toison
Ont l'air, comme un troupeau, de brouter le gazon
Sinistre et désolé du froid et de la glace.
Le ciel se couvre encore et personne ne passe.
Est-ce que ce village autour du clocher dort ?
Et ces traces de pas, est-ce que c'est la mort,
Qui travaille toujours et qui toujours chemine,
Qui les creusa, trouant cette hivernale hermine ?
Rien ne me tente plus qu'un peu de feu vermeil.
0 désolation de mon cœur ! ô soleil
Invisible à travers les rideaux de la brume,
Comme un tison ardent qui sous l'eau siffle et fume,
Ne vas-tu pas t'éteindre en grésillant au fond
De l'humidité sombre au funèbre horizon,
Et se peut-il qu'un jour nous reviennent encore
Les effluves de mai, les parfums de l'aurore?
Marguerites des prés comment renaîtrez-vous? Mousses vertes, tapis agréables et doux Qui vous couchez avec des mollesses divines, Au bord des tièdes eaux, dans le creux des ravines ; Dimanches de juillet, riches comme un blé mûr, Blancs de soleil, clairs de chansons et bleus d'azur; Rumeurs des soirs d'été sur les petites places, Balcons fleuris, lunes d'argent sur les terrasses, Ptôses de mon enclos, grappes des marronniers, Se peut-il, se peut-il qu'un jour vous reveniez ?
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