‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 61 sur 76 · A DES CRITIQUES · texte numérisé non relu

A DES CRITIQUES

Vous parlez de mes vers de si docte façon Que je comprends à peine.

Selon de vieilles lois, j'ai bâti ma maison Et creusé ma fontaine ;

D'arbres de mon pays j'ai planté mon jardin,

Et ce n'est pas ma faute Si mes lauriers ont pris, si de leur toit divin

Chaque jour je suis l'hôte.

Quand, après mon travail, apaisé, je vais voir,

Descendant la montagne, Le Soir, vieux bûcheron chargé d'un fagot noir

Que son ombre accompagne.

J'élève mon cœur triste et j'aspire des bois

L'humidité nocturne.

J'écoute le silence aux innombrables voix,

J'admire au flanc de l'urne

Qu'une fille en rêvant porte sur ses cheveux,

Le rayon de l'étoile ; Et le ciel traversé de larges frissons bleus

Comme une grande toile.

Je pense à ce que j'aime, au matin de mon jour,

A l'heure calme et brune, A la légèreté du temps et de l'amour,

Aux feuilles, à la lune.

Mais vos savants propos jamais ne m'ont troublé, Quand, dans mon jardin sombre,

Je soupe, loin du bruit et de tout isolé,

Seul et noir comme une ombre.

IJQ LES ISOLEMENTS

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