A FRANCIS JAMMES
L'après-midi sent bon comme une centaurée. J'ai pris au coin de ma pendule dédorée Mon bâton de berger et d'un vieux rayon noir J'ai tiré votre livre et suis sorti. Le soir Finissait bien le jour, et sous les jeunes branches, J'ai marché, méditant, tournant les pages blanches, Achevant quelque vers quand mourait le soleil, Essayant d'ajuster le long manteau vermeil A mon épaule et de lever la grande lyre. Je vous ressemble peu. J'aime que le satyre Marche respectueux devant le noble chœur De mes divinités ; la plus chère à mon cœur Des muses, celle-là qui vit dans ma demeure, Lorsqu'elle rit, lorsqu'elle chante ou qu'elle pleure A souci de sa robe ; il me plaît de la voir Lorsqu'elle entre au matin et qu'elle vient s'asseoir Dans mon fauteuil, devant ma table et la croisée, Lisser ses beaux cheveux humides de rosée,
LES ISOLEMENTS IJI
Et poser ses rubans sur les cahiers ouverts Où lorsqu'elle le veut, je fais rêver des vers. Mais, je vous aime, ô Francis Jammes, car vous êtes Triste comme le sont les bons et vrais poètes; Que vous dites parfois ce que nul n'avait dit, Et que vous écrivez, lorsqu'en août, à midi, En buvant du vin frais dans une tiède auberge Qui sent le feu de bois, le cellier et l'alberge, Vous avez brusquement un souvenir d'amour. Jammes, la nuit descend ; sur une haute roche Une étoile s'allume et ma maison est proche ; Puissiez-vous comme moi finir en paix ce jour !