LE DEPART
J'ai fermé les volets, la porte et la barrière.
Debout, faunes assis sur les marches de pierre !
Entre deux troncs de pins, je vois vers l'orient
Le disque du soleil monter déjà brillant.
Toi, prends ma lampe, et toi le plus vieux, prends ce livre ;
Prends la besace, toi qui toujours a l'air ivre,
Et toi, le satyreau, porte sans le serrer
Le grand coq de vermeil, le coq noir et doré.
Marchez comme des dieux sylvestres que vous êtes,
Ne tirez pas le poil des boucs, laissez les bêtes,
En traversant les champs ne volez pas les fruits,
N'effrayez pas les jeunes filles près des puits,
Avec quelque stupide et divine grimace,
Et si les femmes, sous les arbres de la place ,
Allaitent un enfant, n'allez pas, d'un doigt roux,
Toucher leurs beaux seins ronds, neigeux, veinés et doux,
Car leurs maris pourraient vous ébrécher les cornes,
Et vous rendre pensifs pour quelque temps et mornes,
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Et pleins du souvenir d'un bâton enragé. Vous, les muses, quittez cet abri bocager, Et sans vous émouvoir des farces et des rires Marchez à pas comptés derrière les satyres, Tandis que je suivrai près du cheval sacré. Dans l'infini frémissement de la forêt Enfonçons-nous, nous ferons halte à la fontaine. Mais, par Homère, encor cette ville est lointaine Où je veux vous montrer pour que l'on sache enfin Qu'il existe toujours des muses et des faunes, Et que j'ai ceint mon front non de laurier divin, Mais de feuillages morts, fragiles, secs et jaunes.
Un désert de silence autour de ma maison,
La lune et le nuage au fond de l'horizon ;
Une blanche clarté qui tremble sous ma lampe ;
Ma table, un vase d'eau, de la bruyère en fleurs,
Sur le papier taché la trace de mes pleurs,
Ma main tiède emmêlant mes cheveux à ma tempe.
Les rideaux de mon lit au vent froid de la nuit Agités doucement et se gonflant sans bruit, Gomme les voiles des navires dans les syrtes. Des regrets, des désirs, des rêves, du passé... Ah ! Poètes anciens au large front pressé D'un illustre bandeau de lauriers et de myrtes !
Je ne crois vraiment pas que devant l'infini, Vous ayez, comme moi, blotti dans quelque nid, Goûté l'inquiétude éparse sur les choses, Et versé comme moi des larmes sans motif, Pour un rayon de lune en écoutant, pensif, Un nocturne sanglot de source entre des roses.
Car ma mélancolie est la rançon des dieux, De la muse à la belle joue, aux larges yeux, Comme si chaque vers pour se fleurir de charmes, Exigeait tel un bois, avrils aux fraîches eaux, Et nuages errants accrochés aux coteaux, Et rafales de vent et bourrasques de larmes i
LES ISOLEMENTS l'JJ