POUR D'ANCIENS AMIS
Je veux clouer ces vers au vantail de ma porte : a Ne frappez pas ici, car dans la maison morte, Nul ne vous répondrait que les échos du mur. Passez, ne cherchez pas à pénétrer l'azur De mes vitres afin d'apercevoir le maître De l'enclos, méditant au coin de sa fenêtre. Ne criez pas vos noms ; dans le gouffre d'oubli Où je sombre, aisément la mémoire faiblit. Ne montrez pas votre visage à mes croisées, Car mon cœur est pareil à ces glaces brisées Qui ne reflètent plus les choses qu'on leur tend. Nul ne vous reconnaît et nul ne vous attend. J'ai peut-être avec vous vécu quelques années... Tant d'heures sont depuis cette époque sonnées, Tant de moments chéris ont fui, qu'un souvenir Pèse bien peu quand tout se hâte de mourir Autour d'un délaissé qui n'a pour seule étude Que ses regrets amers et que sa solitude. Et je vous jetterais des pierres, étrangers, Si vous touchiez aux fruits qui chargent mes vergers. »
l86 LES ISOLEMENTS