‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 7 sur 76 · L'OMBRE · texte numérisé non relu

L'OMBRE

A Jean Hugo.

Il est tard... Ma fenêtre est ouverte à la lune,

Vénus met un point d'or dans la dentelle brune

Que font à ma croisée et pampres et raisins.

Je vois trembler les monts indécis et lointains

Où doit dormir, laissant l'ombre couler des urnes,

Le chœur aux bruns cheveux de ces heures nocturnes.

Un fauteuil à la nuit semble tendre ses bras,

On dirait qu'il attend et, comme je suis las,

Et que je m'assoupis dans la douceur aimable

D'un rêve, et qu'un portrait de Hugo sur ma table

Me fixe, je crois voir sous les pampres, entrer

Avec sa barbe blanche et son grand front sacré,

Et s'asseoir en riant l'ombre de ce vieux maître,

Dans mon fauteuil tout blanc de lune, à la fenêtre.

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