‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 70 sur 76 · PÉGASE · texte numérisé non relu

PÉGASE

Un paysage aride et pareil à mon âme... Un horrible toit noir, un mouton qu'une femme Paît sous un mur croulant, des cimes, des rochers Qui paraissent ce soir des êtres ébauchés, Et sur cette étendue un jour gris qui recule, Encore un jour qui meurt, encore un crépuscule. La femme et le mouton vers la maison s'en vont, Et voici qu'au sommet d'un coteau sombre et rond, Apparaît lentement, risible et misérable, Un vieux cheval pelé qui regagne l'étable. Avec peine il gravit la rampe, et je crois voir Un Pégase fourbu, cheminant dans le soir, Sans ailes, trébuchant sur la tranchante arête De la colline en balançant sa lourde tête, Et marchant dans le soir hivernal et le vent, Vers la lune qui sort d'un nuage de sang.

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