‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 73 sur 76 · PORTRAIT · texte numérisé non relu

PORTRAIT

A M"e Léontine Ersaut.

Je suis debout dans le jardin où meurt le soir.

Haute est ma silhouette en mon long manteau noir,

Un arbre à mon front nu tend une branche sombre.

Je suis très grand; la lune au sol projette l'ombre

De mon corps jusqu'au puits où s'incline un laurier ;

Ombre de voyageur, de moine ou de guerrier,

A cause des plis durs de mon manteau rustique.

Le jardin familier, volontiers bucolique,

Est grave et noble de m'avoir au premier plan.

Malgré que le gravier soit de rayons tout blanc,

On ne voit pas mes traits, mais on sent que la vie,

Les regrets et l'amour, et la mélancolie

M'ont pour jamais sculpté quelque masque hautain

Et résigné. La nuit fait trembler la colline,

Et le bras replié, je tiens dans une main

Mon chapeau, mon bâton et mon vieux Lamartine.

ao6 LES ISOLEMENTS

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