‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 74 sur 76 · LE DERNIER SOURIRE · texte numérisé non relu

LE DERNIER SOURIRE

La clarté de mon jour se fonce et n'est qu'une ombre :

D'un orageux matin mélancolique et sombre

Voici, bleu, calme et pur le tiède soir venir.

Mon jour derrière moi n'est plus qu'un souvenir...

J'avais fini... Pourquoi ces dernières faiblesses?

Est-ce à cause d'un vol à l'horizon lointain,

Du printemps lourd d'odeurs et d'antiques mollesses ?

Est-ce à cause, ô mon cœur, de cette blanche main

Qui verse une eau d'argent à ces roses nouvelles,

Des rebords de mon toit gazouillant d'hirondelles ?

Je ne sais, me voici devenu plus humain ...

J'ai taillé ce miroir pour y pouvoir sourire

Avec un peu de gravité par ce beau soir ;

Pour unir mes pipeaux j'ai pris une autre cire,

Ayant sur un genou brisé mon roseau noir,

Loin des cyprès amers et des lauriers orphiques,

Fuyant les verts rameaux funèbres ou lyriques,

QO^

Sous les bourgeons de mai je suis venu m'asseoir.

Les faunes vont danser sur l'herbe de l'orée.

Haute vague de nuit, la montagne est dorée

De l'approche hésitant de la lune, et là-bas

Une étoile frissonne, il fait bleu, l'heure est douce,

Et suivi par les vents parfumés de lilas,

Je rentre à pas légers sur la naissante mousse.

Mai 190U.

2q8 LES ISOLEMENTS

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