‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 13 sur 102 · La question de la naturalisation · texte numérisé non relu

La question de la naturalisation

Après l'ordonnance de Saint-Cloud, les Israélites algériens restaient considérés comme des indigènes. Le duc d’Aumale, qui ne partageait pas les préventions de Bugeaud à leur égard faisait modifier le projet d'ordonnance du Conseil d'Etat relatif à l’organisation municipale, aui distinguait les Israélites des Musulmans, les uns et les autres devant, selon lui, être compris dans la population indigène (1). Le Gouvernement de Juillet n’envisageait pas d’en faire avant longtemps des citoyens possédant des droits supérieurs à ceux de leurs anciens maîtres, mais sa chute allait sensiblement modifier leur situation légale.

L'Algérie subissait alors une crise très grave. La conquête avait donné lieu à de vastes spéculations sur les terrains, les immeubles et les fournitures aux armées. Pendant plusieurs années on avait vécu largement, puis la pacification avait ramené les prix à leur niveau réel et une dépression économique sérieuse avait succédé aux opérations hasardeuses, Les milieux civils de la colonie en rendaient responsable l'administration militaire trop stricte et trop raide à leur gré. Les idées libérales et socialistes comptaient beaucoup d’adeptes parmi eux. Pendant la lutte contre Abd-el-Kader, les plus ardents réclamaient déjà le droit pour l'Algérie d’avoir des députés à la Chambre. Aussi, la proclamation de la République fut accueillie par eux avec un enthousiasme qui contrastait avec la mauvaise humeur de l’armée et l’affolement qui provoqua le départ d’un très grand nombre d'habitants craignant l'abandon de la colonie par le nouveau gouvernement (2).

Le 2 mars, le gouvernement provisoire dissipait ces alarmes en

(1) Arch, Nat. F. 80 1676.

(à) Dr LIAUTAUD, La Républivue de 1848 en Algérie.

déclarant « que la République défendrait l'Algérie comme le sol même de la France et que les intérêts matériels et moraux des habitants seraient étudiés et satisfaits ». Le 4 mars, le décret convoquant les électeurs pour l’assemblée nationale leur donnait une entière satisfaction. Le gouvernement provisoire était en plein accord avec les colons, lorsqu'il leur faisait dire par le ministre de la Justice, Crémieux : « La République veut l'assimilation de l'Algérie à la France (1).

Pour réaliser cette assimilation, on rattacha divers services algériens aux ministères français dont ils dépendaient, au lieu de conserver l’ancienne centralisation de toutes les affaires algériennes au ministère de la Guerre et au gouvernement général de l’Algérie. On put à cette occasion constater combien la politique israélite du nouveau régime différait de celle de la Monarchie de Juillet, La République séparait franchement les Israélites des Musulmans. Alors que l'administration de la Justice, de l’Instruction publique et des Cultes régissant les Musulmans continuait à dépendre du ministère de la Guerre, les cultes catholique et israélite étaient rattachés au ministère de l'instruction publique et des cultes et, justiciables des tribunaux français. Les Israélites dépendaient du ministère de la Justice pour leurs procès (2). Le grand rabbin du Consistoire algérien devait correspondre avec le ministre des Cultes pour tout ce qui concernait l'administration du Consistoire, mais cela n’apportait aucune modification à l’ordonnance de 1845.

Une réforme bien plus importante était envisagée : la naturalisation en masse des Israélites indigènes. Crémieux, président du Consistoire Central de 1843 à 1845, apôtre ardent de l'émancipation du peuple juif, n’était sans doute pas étranger à ce projet. Il avait été des membres de la commission de 1843 qui avait proposé de soumettre les Juifs algériens au code civil français, ce qui était une étape vers leur assimilation totale. Sa présence au gouvernement provisoire permet de croire qu'il fut à l’origine de cette initiative.

Un projet de décret de l’avocat consultant du ministre de la Guerre, Urtis, en date du 19 mai 1848, assimilait aux Israélites de la métropole les Juifs algériens, leur donnant les mêmes droits et les mêmes devoirs. L'auteur reconnaissait que les Israélites indigènes « à peine sortis d’une longue et abrutissante oppression n’avaient point eu le temps de se retremper tous complètement »., Mais « la souplesse de leur esprit, leur instinct des intérêts réels » faisaient croire que la

(1) CREMIEUX, Gouvernement de la Défense Nationale. Compte rendu des actes de la délégation à Tours et à Bordeaux, p. 72.

(2) Arrêtés du chef du pouvoir exécutif des 30 mai, 16 juin et 16 août, 9 sept. 1848. Arcihves Nat., F, 80 1676.

Page 1