‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 16 sur 102 · LA U° RÉPUBLIQUE ET LES PREMIERS DROITS CIVIQUES · texte numérisé non relu

LA U° RÉPUBLIQUE ET LES PREMIERS DROITS CIVIQUES

propriété, la famille, qu’attaquaient les idées subversives : il mettait ses ouailles en garde contre « les orgies de la liberté », opposant l'amour de Dieu à celui du veau d'or (1). Cette attitude leur valut l'estime des autorités et de la « société » algérienne, On les encourageait à se faire naturaliser (2). Un notable oranais, membre du Consistoire, du Conseil municipal, et de la Chambre de commerce, Amram Sananès, étant mort, le préfet du département assistait luimême à ses obsèques avec l'élite de la population (3).

L’excellente tenue de cette aristocratie, la seule partie de la nation juive qu'on voyait hors du quartier israélite, faisait croire qu'une assimilation de fait viendrait rapidement unir la population israélite algérienne à celle de France ; « leur sort, concluait un journal, est désormais indissolublement lié au nôtre » (4).

Le coup d'Etat du 2 décembre les laissa indifférents. La République ne leur avait, en somme, apporté qu’un peu d’honneurs et beaucoup de maux. Le choléra, la crise économique dont l’acuité avait été croissante, avaient ravagé le pays pendant cette période. On n'aime pas un régime auquel rien ne vous attache et sous lequel on est malheureux. Les milieux d’affaires, auxquels appartenaient les chefs de la nation, préféraient un gouvernement fort qui défendiît la rente, è la République humanitaire qu'on avait essayé d'instaurer. La proclamation de l'Empire fut donc dignement célébrée dans les synagogues par la population juive et des $ecours furent distribués à cette occasion aux indigents (5). On en aurait fait autant pour tout autre régime d'ordre.

Les Israélites désiraient vivre et travailler en paix. Les grands principes, les droits et les devoirs civiques étaient des abstractions dont il ne se souciaient guère, qu’ils subordonnaient volontiers à leurs préoccupations matérielles.

Par là, ils auraient pu entrer en conflit sérieux avec les démocrates algériens si l’Empire, en suspendant les libertés municipales en Algérie, n'avait pas confisqué la pomme de discorde qui risquait de dresser les Français contre les Israélites comme cela devait arriver beaucoup plus tard.

(1) Jvid., p. 257 et seq., 1849.

(2) Echo d'Oran, 14 juillet 1849.

(3) Ibid., 5 janvier 1850.

{4) La Semaine, citée par l'Echo d'Oran, 3 mars 184? (5) Akhbar, Echo d'Oran, 15 décembre 1852.

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