‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 32 sur 102 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La crainte de l’insurrection arabe passée, le grand grief des Algériens contre la naturalisation des Israélites concernait leur participation aux élections. On craignait leur influence dans les grandes villes, où leurs communautés étaient noinbreuses et homozènes, et surtout, leur obéissance passive aux ordres de leurs Consistoires (1). Connaissant la structure de la société israélile on redoutait que ses notables en subventionnant les candidats français ne devinssent les véritables maîtres des municipalités, On se demandait si, confiants dans la docilité de leur clientèle de pauvres gens, ils ne seraient pas tentés d’utiliser leurs suffrages pour prendre eux-mêmes la direction des cités (2). Quant aux vieillards hirsutes et crasseux vivant des litéralités des Consistoires, aux boutiquiers qui auraient tout vendu pour obtenir quelque argent, comment avoir confiance dans leur civisme ? N'éluiltce pas un mot vide de sens pour eux ?

La Candidature de Crémieux à Alger et la façon dont s'étaient déroulées les opérations électorales justifiaient ces inquiétudes de la population française. L'ancien président de la délégation de Tours ayant été battu dans son ancienne circonscription de Chinon, les Israélites d'Alger ofifraient leur appoint au parti qui consentirait à le porter à la députation (3). Les candidats en présence ayant accompli en Algérie une grande partie de leur carrière avaient une position irès forte. Le docteur Warner, chef des républicains modérés avait participé aux luttes de la conquête et avait défendu pendant tout l'empire le régime civil avec une activité inlassable. Vuillemoz,

{1) Pétition du PBouzet. Le rapport de Fourtou donne les chiffres suivants :

Français Israélites Pro PA ER EE pro desole ner» 51.810 10.720 Province OPA ER RE Ten à dues à 35.697 14.754 Province de Constantine ...........,...... 34.582 8.478 8 A M RE ERREURS MO PPT RES PP PE PRET 8.953 5.658 EONSANDHNP 7 Trend ru ou secte 7.676 4.396 D PTE Os Re CR PR PPT PPT PORT 3.586 3.239 TALONS MO ARR de en no ny of n°8 0 « 650 760 AIR BOAT died season s à 437 503 Asnani MOUSE ele nereno essais es r 76 71 Bot BOoW ATTEND en rc cossrer 212 148

f) DU BOUZET, 0p. cit, p. 8 et 9, 13, Echo d'Oran, 29 juin 1871.

déporté de l'Empire, bâätonnier de l’ordre des avocats d'Alger, maire de la ville, jouissait d’un très grand prestige dans les milieux démocratiques. Bertholon, ancien représentant de l'assemblée nationale, Jui aussi ancien déporté de l'Empire, avait l'appui des radicaux extrémistes bien qu’il eût quitté l'Algérie. Les mérites algériens de Crémieux étaient bien minces aux yeux de l'opinion publique qu’avaient violemment mécontentée ses décrets de 1870. Son passé de démocrate cl sa valeur personnelle auraient pu constituer des titres suffisants pour le faire élire dans une des circonscriptions les plus nettement républicaines de France, mais il était le candidat des Juifs. L'idée que ce nouvel élément pourrait imposer sa volonté aux citoyens qui evaient souffert pour la république, révoltait les radicaux. Ils attaauèrent donc les Israélites avec une très grande violence, et allèrent jusqu’à demander leur radiation en bloc des listes électorales, pour, ensuite, abandonner ces exigences. Ges violences desservaient plutôt leur cause, mais les électeurs préfèrent voter pour les candidats qu'ils connaissaient. Le D' Warnier et Vuillermoz furent élus ; Crémieux venait en dernière position, malgré l'appui de ses coreligionnaires äont le zêle avait effrayé beaucoup d'électeurs (1). « C’est par animosité contre l'Israélitisme et pour lui faire pièce que d’autres noms ont eu la majorité » disait Isidore Cahen dans les « Archives Israéliles » (2). Il exagérait sans doute, mais l'hostilité envers l'influence électorale des Juifs sinon envers le judaïsme avait contribué sans doute à cet échec.

Après cette première expérience, l'inquiétude des milieux politiques algériens demeura vive. [ls avaient la preuve de la cohésion des Israélites : si à Alger, ceux-ci n'avaient pas triomphé, on pouvait redouter que dans les villes où ils étaient en plus grande proportion, leur influence déterminât la victoire.

Ces craintes grandirent lorsqu'on vit les Consistoires intervenir dans l'exécution du décret Lambrecht. Les Israélites, pour être inscrits sur les listes électorales, devaient faire la preuve de leur indigénat, soit en présentant un acte de naissance, soit sur l'affirmation par sept témoins qu'ils habitaient l'Algérie depuis dix ans au moins (3). 11 s'agissait, dans la pensée du législateur, de réduire le plus possible le nombre des électeurs Israélites, en éliminant tous les Juifs tunisiens ou marocains qui s'étaient mêlés à leurs coreligionnaires du pays. Mais les Consistoires, dont les préoccupations n'élaient pas nationales, mais religieuses, désiraient émanciper tous

(1) Vuillermoz arrivait en tête avec 6.721 voix, Warnier en obtenait 6. 6.089, Crémieux 5.431. Il y avait environ 1.500 électeurs israélites. nee A voue çaise, Moniteur de l'Algérie, Echo d'Oran, % juin, 13 juillet 1871. :

(2) Arch. 15., ir août 1871, page 164.

(3) Décret Lambrecht, art. 111. Arch. Gouv. Gén.

à Rd.

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