IV. — Les élections de
Ces bruyantes démonstrations d’hostilité eurent encore un résultat : elles réussirent à faire l’union des Israélites autour de leurs chefs. Progressistes et vieux turbans — sauf quelques adversaires acharnés des notables au pouvoir — comprirent que tous seraient victimes de la tourmente et ils arrêtèrent momentanément leurs querelles. Aux élections législatives qui approchaient, il était fatal qu’ils donnassent leurs voix aux candidats modérés, les seuls qui ne les combattissent pas. Au cours de la législature qui finissait, Etienne, Thomson, Letellier et Mauguin avaient entretenu de bons rapports avec les Israélites de leur circonscription et même avec le Consistoire Central (2). Après les émeutes ils avaient accompagné les délégués du Judaïsme algérois auprès des ministres français (3). La situation politique des Israélites devenait nette de ce fait : en face des députés opportunistes que le gouvernement soutenait et qui leur étaient favorables, le parti radical se dressait hostile à leurs droits. Leur intérêt leur commandait d’écraser celui-ci.
Les Consistoires prirent position, en effet. Ouvertement ils recommandèrent à leurs clients de voter pour les candidats modérés. A Oran, une circulaire anonyme, mais dont on reconnaissait la griffe, imprimée en caractères hébreux, disait : « combien de services ont rendu MM. Etienne et Dessoliers aux habitants de la province en général et à certains Juifs en particulier ! Par les démarches qu'ils oné faites, bon nombre des vôtres ont été nommés huissiers, interprètes, ou bien dans les administrations. Le premier service (majeur) est celui dans lequel ils ont fait leurs efforts pour que vos enfants, au lieu de faire cinq années de service comme ceux de France, ils n’en fassent qu'une. Le second service est celui-ci : lorsque l’année dernière, quel-
(1) Temps, reproduit par l’Echo d'Oran, 15 novembre 1884. (2) Arch, Cons. Cent. 1er décembre 1884.
(3) Ibid. Séance du 28 juillet 1885.