‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 46 sur 102 · SÉ · texte numérisé non relu

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L'ANTIJUDAISME LATENT 24]

preuve d’une hostilité non déguisée contre l’armée et les officiers. A Constantine, deux Israélites osaient bousculer un général ; à Oran, un autre frappait le lieutenant qui commandait un piquet d'incendie. Quant aux rixes qui survenaient entre soldats faisant bombance dans le quartier israélite et habitants de celui-ci, elles se déroulaient avec une régularité désolante, sans que la population française y prêtât trop d'attention sauf lorsque, comme le 1" février 1894, il y avait mort d'homme (1).

Au moment où s'ouvrait en France l'affaire Dreyfus, et où l’armée était considérée comme une institution sacrée, cet antagonisme des Israélites et des militaires faisait crier à l’antimilitarisme. Dès lors, les Juifs devenaient, ainsi que le prétendait Drumont, les ennemis acharnés à la perte du pays qui leur avait donné l’hospitalité.

Cependant, chassés de toutes les organisations algériennes, les Israélites essayaient de montrer leur volonté de poursuivre l’œuvre d’assimilation en organisant des sociétés israélites sur le modèle des fraançaises. Les ciubs sportifs, où l’on pratiquait la gymnastique et li préparation militaire, avaient groupé de très nombreux jeunes gens, mais avaient écarté les Israélites (2). Ceux-ci formèrent alors des groupements spéciaux, où il recevaient une éducation militaire semblable à celle des Français. Mais entre athlètes français et israélites, la rivalité devait vite engendrer la haine. L'esprit sportif fut abandonné bientôt et Français et Israélites apportèrent toute leur ardeur à vaincre leur ennemi de race. Bientôt la lutte passait du gymnase à la place publique et provoquait de nouvelles bagarres. En 1892, des troubles éclataient à Alger, à la suite d’une manifestation hostile des jeunes gens de « la Patriote » contre leurs rivaux israélites de « l’Avenir » (3). Il y eut quelques crânes bosselés de part et d'autre, quelques boutiques mises à sac. En vain, les pouvoirs fédéraux de France essayaient de ramener les gymnastes à une plus juste compréhension de leur devoir, en décidant de ne pas tenir le congrès des sociétés de gymnastique à Alger, comme ils l'avaient fixé auparavant. Les antijuifs rendirent responsables de ce dommage les Israélites et on continua de part et d'autre à se détester cordialement (4).

Le langage de leurs aînés n’était pas fait pour calmer les ardeurs des gymnastes. Dans ces villes poussées trop vile où les distractions

(1) Echo d'Oran, 2 aoû. 1887, 8 juin 1868, 18 février 1894, 9 juin 1894, 4 février 1895, 97 novembre 1895, MEYNIE, 0p. cil., p. 83 ct seq. 9

(2) A Alger, « la Patriote », les « Francs-t reurs » ne recevaient pas d'Iisraélites, ceux-ci avaient fondé « l'Avenir algérien ». A Oran, « l'Oranaise », société française, avait pour rivale « la Concorde » ouverte aux Israélites seulement, A Sidi-bel-Abbès, rivalité entre « la Fraternelle » et la « Bel-abbes'enne »,

(3) Vigie algérienne, Petit colon, Ladical algérien, LDépiche algérienne, Echo d'Oran, 21 avril, 16 mai 1892, 14 juin 1892.

(4) tadical algérien, Vigie alyérienne, Dépêche algcrienne, Pelit colon, Echo d'Oran, 28 janvier 18:38.

élaient rares et où les habitants n'avaient guère de goûts intellectuels, les spectacles sportifs étaient particulièrement appréciés. On s'enthousiasmait pour les succès des athlètes de la ville, on les encourageait ef, de part et d'autre, on se piquait d'émulation pour surpasser la société rivale. C’est ainsi que « la Concorde » ayant paru plus brillante que “ l'Oranaise », les Français de la ville exhalaient leur amertume en ces termes :

« Spectacle plus douloureux encore. Tandis que dépérit cette agglomération de jeunes Français découragés, tandis que s’étiole cette yépinière de naissantes forces, la rivale composée de jeunes Israélites croît et prospère grâce à une solidarité soigneusement entretenue et à une émulation savamment encouragée... » (1).

Ces admonestations eurent pour efiet de réveiller les énergies défaillantes, et « l'Oranaise » ayant remporté plus de succès que sa rivale au concours de Férigueux, on la reçut avec solennité. Mais les Israélites, furieux de ces faveurs, manifestèrent au passage du cortège triomphal. C’en était assez pour déclencher la guerre. Espa- £gnols, Français et Arabes acclamaient ceux que les Juifs sifflaient, on échangeait des quolibets et des injures et tout finissait par une bataille rangée. Fendant plusieurs jours la ville se trouva agitée pour ces puérils prétextes. Les Israéliles attaquaient les étrangers lorsque ceux-ci se rendaient isolés dans leur quartier ; les antijuifs le leur rendaient ailleurs. Puis, comme toujours, ces excès incohérents lassaient les adversaires qui, fatigués, revenaient à la sagesse (2).

Evidemment ces querelles n'atteignaient jamais une très grande gravité ; la persécution ne prévoyait guère que des saignements de nez et les victimes n'avaient pas l'attitude de martyrs résignés. L'administration en faisait donc peu de cas. Les circulaires ministérielles ne lui recommandaient pas d'enseigner l'amour de son prochain, elle ne tentail donc rien contre la mentalité algérienne.

Ainsi se formait librement un état d'esprit de guerre civile.

{t) Fcho d'Oran, 9% janvier 1895.

(2) Rapports du Commissaire Central au Préfet d'Oran 10, 11 et 13 juin 1895, £ch@ d'Oran, Petit Africain, Petit fanal, 7 et 14 juin 1865.

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